CHAPITRE XI
LA DÉLIMITATION DB l'ÉTAT GREC.
LE TRAITÉ d'aNDRINOPLE
(Novembre 1828-tepteinbre 1829^
1.'^ Là bBtiNiÊii£ irthiodb de Mettbunicb. — 11 veut rompre la triple allianoe et édifier éne quadruple alliance contre la Russie. Il se sert de I» proposition russe de bloquer les Dardanelles. Il exagère les pertes de la Russie. Réponse loyale de Wellington . — Tentatives de Melteroich sur la Ferronnays et Charles X. L'alliance franco-russe. Intrigues de M. de Polignac. — Metternîch dévoilé foiit des excuses au Tsar. Mission de Ficquelmont.
II. — Lb protogolb du 22 mars 1829. — Les puissances placent sous leur garantie la Morée et lesCyclades (protoi^ole du 16 novembre 1828^. — Mécontentement des Grecs. Le protocole de Poros (12 décembre). La forme monarchique de gouvernement. La question des frontières. — Discussion sur la reprii*e des négociations entre les puissances et la Porte. La Russie consent à être représentée par les ambassadeurs français et anglais. — Le protocole du 22 mars. I^a formation de l'I^tat grec.
III. — Lb tbaius d'Ardrihople. — Gapodistrias refuse d'adhérer au protocole et d'évacuer la Roomélie. Attitude du chargé d'affaires anglais Dawkins. L'opinion en France. — L'impression à Gonstantinople ; effet produit par les réserves de Wellington et les conseils de Metternich Le dernier refus de la Porte. — Deuxième campagne de la guerre turco-russe. Ruiewtscha, passage des Balkans, Stivno, prise d'Ândrinople. Consternation en Europe. Projets théoriques des diplomates. MiifHing et l'intervention de la Prusse. Le traité d'Andrinople (14 septembre 1829). L'article X : l'adhésion de la Porte au traité de Londres et au protocole de mars.
Depuis que la Russie était en guerre avec la Porte, M. de Metternich ne se préoccupait plus de l'indépendance grecque autant que parle passé. Le péril rus.se, c'est-à-dire la crainte d'un démembrement de Tempire ottoman au profit de la puissance slave, était la première et la plus lancinante de ses
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inquiétudes. Il avait fini par prendre son parti de la naissance d'un nouvel État dans la Méditerranée : ce fait était bien un coup porté à ses principes sur la souveraineté, un échec à tout ce qu'il avait fait depuis sept ans pour défendre la Porte, mais les intérêts autrichiens n'en recevraient qu'une médiocre atteinte, si le nouvel État devait son indépendance à l'Angleterre et à la France autant qu'à la Russie, et ne formait pas une nouvelle excroissance du slavisme. Il surveillait donc plus attentivement les événements du Danube que ceux de la Morée, et, quand il eut connaissance de la retraite des Russes en Moldavie, sa joie fut profonde (1).
Profitant, avec une confiance absolue en lui-même, de tous les retours heureux que lui réservait la fortune, et réédifiant de nouvelles intrigues dès que surgissait un événement favorable à sa politique, il tenta un suprême effort pour tirer parti du succès de la Porte. S'il pouvait obtenir, en diplomatie, un avantage analogue à celui que les Ottomans avaient remporté par les armes, rien n'était désespéré, et cette longue crise de la question d'Orient pouvait encore se dénouer dans un sens conforme à ses intérêts.
Son parti fut bientôt pris: il fallait remplacer la triple alliance formée contre la Porte pour sauvegarder les intérêts grecs, par une quadruple alliance formée contre la Russie pour sauvegarder l'équilibre européen. Il voyait déjà la Turquie consolidée, la Russie privée de son influence en Orient et renfermée dans ses frontières. Bien que cette intrigue fût dirigée contre la Russie, le danger qu'allaient courir les Grecs de ce chef, était visible. Leur sort dépendait de la plus ou moins grande solidité du traité de Londres, et, avant d'édifier sa quadruple alliance, il fallait que Metternich commençât par saper la triple alliance de 1827.
C'est du côté anglais que l'alliance était le moins solide sur sa base, c'est donc de ce côté que Metternich fit porter sa première attaque. Il savait que Wellington avait, à l'encontre
(1) Novembre 1828.
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delà Russie, une défiance presque égale à celle qu'il professait lui-même: ce ministre venait d'être froissé par des propos assez durs, tenus sur son compte par le Tsar en présence de lord Heytesbury, ambassadeur d'Angleterre à Saint-Pétersbourg (I). Au même moment, la Russie avait repris une proposition déjà émise Tannée précédente, et que TAngleterre avait toujours considérée comme préjudiciable à ses intérêts. Le cabinet de Saint-Pétersbourg manifestait Tintention d'établir un blocus des Dardanelles et du Bosphore. 11 ne réclamait pas pour cette mesure la coopération des puissances, mais il entendait faire exécuter ce blocus par Famiral Heyden, bien qu'il eût formellement retiré à cet officier la qualité de belligérant (2). Il prétendait (3) avoir réservé, lorsqu'il avait fait cette déclaration de neutralité pour sa flotte, le cas où Topiniàtreté (lisons : les succès) des Turcs dans la guerre, l'obligerait à combiner une action navale avec l'action continentale. En réalité, cette réserve n'avait pas été faite, et l'amiral Heyden ne devait sortir de sa neutralité qu'en cas d'attaque directe de ses vaisseaux par les Ottomans. La résistance si courageuse des armées turques rendait utile pour les Busses la coopération de leur flotte, inutilisée dans l'Archipel, et le dessein d'affamer Constantinople était de bonne guerre, mais il constituait une violation des promesses faites par le Tsar.
Metternich fit ressortir avec esprit aux yeux de Wellington tout ce que la situation juridique des trois alliés de Londres présentait d'incohérent et de contradiètoire. «La Russie, belligérante sur un point, était en même temps médiatrice sur un autre : la France avait des troupes en Morée, et faisait profession d'être amicalement hostile : enfin l'Angleterre était en même temps amie de la Porte, neutre, médiatrice, et alliée aux pires ennemis du sultan. La Porte se trouvait avoir à la fois des ennemis avoués et des ennemis amis. C'était un imbroglio diplo-
(1) Aberdeen à [leytesbury. Pbokesch, t. V, p. 308.
(î) Voir page 338.
(3) Nesselrode à Liéven, 28 août 1828. Prokesch, t. V, p. 304.