‹ L'indépendence grecque et l'EuropeChapitre 71 sur 94 · LA DERMEUE INTRIGUE DE METTERNICH · texte numérisé non relu

LA DERMEUE INTRIGUE DE METTERNICH

matique d'où le bon sens était exclu, et il n'était pas étonnant que le sultan ne put s'y reconnaître, puisque les États civilisés ne le comprenaient pas eux-mêmes (l) ».

Wellington exprima hautement sa surprise et son regret de voir le Tsar ressaisir cette qualité de belligérant sur mer, qu'il avait authentiquement répudiée à la face du monde. Il estimait pour sa part que, malgré Navarin et l'expédition de Morée, l'Angleterre et la France n'avaient pas rompu ia neutralité. Cette interprétation très large du mot « neutralité n autorisa le Tsar à répondre aux observations de Wellington, que le blocus des Dardanelles ne romprait pas plus la neutralité que ne l'avaient fait la bataille navale du 20 octobre ni le débarquement du général Maison (2).

Le ministre anglais soutint que le blocus des détroits serait très préjudiciable aux intérêts commerciaux de l'Angleterre en Orient. Le cabinet de Paris lui-même demanda au Tsar de renoncer ù sa proposition : quels que fussent les liens qui l'unissaient à la Russie, la Ferronnays était désireux de ne pas se brouiller avec Wellington, et craignait de voir celui-ci augmenter les effectifs de son escadre dans la Méditerranée (3).

Nicolas ne céda pas, et la conférence de Londres dut consentir à ce que communication du blocus fût faite à la Porte (4). Mais, tout en ordonnant à l'amiral Heyden de croiser devant les Dardanelles, Nicolas lui recommanda de croire sur parole les commandants européens, quand ils lui affirmeraient qu'ils ne portaient pas de contrebande de guerre (5).

Tel fut l'incident dont Metternich essaya de tirer parti.

(1) Metternich à l'interDonce, 13 octobre 1828. PnoKK.scH, t. V, p. 323.

(2} M Jamais, disait ce souverain à M. de fiourguin^*, la fiction de la neutralité n*ctt devenue plus outrée. » M. de Bourgoing, chargé d'affaires de France, remplaçait le duc de Mortemart, alors en déplacement à Paris. Rapport du 16 décembre J828, vol. 175, A. Ë.

(3) Instructions au duc de Mortemart, octobre 1828, voK 175, A . E.

(4) Prokksch, t. V. p. 320.

(5) Les objets d'alimentation furent compris dans la contrebande de guerre. L'amiral autrichien Dandolo ayant fait passer des aliments par les ports de Macédoine, la croisière de Heyden fut étendue aux cotes de cette province, Rogdaro- ▼ITCB, p. 189.

Mais le refroidissement qui s'aggrava à celte époque entre la Russie et TÂngleterre, n'aboutit cependant pas aune rupture. Alors Metternich, apprenant au mois de novembre la retraite des Russes en Moldavie, changea de tactique.

11 répandit les bruits les plus exagérés sur la situation des Russes, présentant leur échec comme un véritable désastre, analogue à la Bérésina, sans les ressources de Napoléon pour le réparer. Puis il Bt signer des ordonnances d'armements à Tempereur François, et annonça l'intention de concentrer des forces formidables sur la frontière de Serbie. Il se défendait de vouloir la guerre, mais il prétendait que le moment était venu d'interposer une médiation entre la Russie et la Porte. Cette médiation, il faisait offrir aux cabinets de Londres, de Paris et de Berlin de l'entreprendre de concert avec lui, et de conclure dans ce but une quadruple alliance.

En même temps, l'internonce agissait à Constantinople sur l'esprit du Réis-Effendi et le poussait à réclamer l'intervention des quatre puissances, pour mettre un frein aux prétentions exorbitantes de la Russie, et pour fonder le rétablissement de la tranquillité en Orient sur les décisions d'un nouveau congrès de Vienne (Ij.

Mais la Porte n'était nullement disposée à participer à des assises européennes où la question grecque tiendrait évidemment une place importante. L'établissement des Français en Morée lui causait le plus vif déplaisir, et lui faisait craindre une ingérence permanente des puissances dans ses affaires intérieures. Elle avait une confiance absolue dans l'issue de la seconde campagne qui s'engagerait au printemps prochain. Le Réis-Effendi ne se prêta donc aucunement aux vues de l'internonce, M. d'Ottenfels.

Wellington avait commencé par prêter l'oreille aux insinuations du chancelier d'Autriche (2). Il avait écrit, le 20 septembre, à Stratford Canning pour modérer les écarts de langage que

iV Happorl de M tle lluszar. 8 novembre 1828. PnoKESca, t. V, p. 339. .2^ Kn iiiênie temps qu*il desservait la Russie auprès de Wellinfrton, Metternich lui dénonçait les préparatifs que faisait la France en vue de la conquête d'Alger.

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celui-ci se permettait souvent vis-à-vis de Metlernich : a Aucune puissance continentale, écrivait-il, ne nourrit à notre égard des dispositions plus cordiales que TÂutriche, et ne désire plus sincèrement assimiler son système politique au nôtre (1). » Mais ces protestations orales d'amitié n^avaient pas abouti à une entente ferme entre l'Autriche et la Grande-Bretagne. 11 y avait deux hommes en Wellington; le diplomate, l'homme politique hésitant^ timoré, attaché au passé et à la stabilité gouvernementale, pouvait s'entendre avec le chancelier de Vienne : mais le grand capitaine, le soldat loyal et rude, le duc de fevy ne pouvait condescendre aux faux-fuyants et aux trahisons auxquelles l'aurait si volontiers convié ce compromettant partenaire. Après quelques hésitations, le soldat l'emporta sur le diplomate.

Il écrivit donc à Vienne (2) pour repousser la proposition qui lui avait été faite d'entrer dans une quadruple alliance : a La médiation proposée lui semblait impossible à faire prévaloir. En admettant même que la Russie eût perdu cette réputation d'invincibilité qu'on lui avait trop gratuitement accordée, il ne fallait pas en conclure que ses pertes fussent irréparables; tout portait à croire que Nicolas était aussi désireux de tenter à nouveau la fortune des armes que le sultan lui-même. Un autre obstacle s'opposait à ce qu'il accueillît l'offre de l'Autriche. Le roi de la Grande-Bretagne désirait l'indépendance de l'empire turc, mais le maintien de son propre honneur lui tenait encore plus au cœur : et aussi longtemps que les obligations du traité de Londres subsisteraient, Sa Majesté ne cesserait de les respecter. C'était donc uniquement en essayant d'arranger les affaires de Grèce, que le cabinet d'Au-

(1) Metternich plaidait de son c6té la cause de l*An{>leterre auprès de ceux qui l'attaquaient : t On veut faire croire, disait-il, que TAnfrleterre tend ù 8*approprier toute l'industrie de l'Europe : que ses ministres ne sont que des marchands décorés de cordons, qu'elle place ses subsides comme un usurier, à cent pour cent. Ces assertions ne sont que la répétition des opinions (|ue professait >'apoléon, quand il était de méchante humeur. » — Rapport de Krasinski, 8 juin 1829. MariKtia, N. S., t. III, p. 418.

(2) Le 26 décembre 1828.

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triche pourrait travailler à une pacification générale (1) ». Renvoyer Melternich à l'affaire de Grèce, c'était opposer une fin de non recevoir à ses avances. L'Angleterre et la France étaient, il est vrai, sur le point de prendre une décision propre à le satisfaire, à savoir de rétablir leur ambassade à Gonstantinople, mais elles entendaient exécuter ce projet sans l'Autriche et avec la Russie. C'était une nouvelle preuve de l'indissolubilité de l'alliance de Londres, et Melternich aurait dû se tenir pour battu^ mais une dernière chance lui restait : voyant qu'il avait fait fausse route en s'adressant à l'Angleterre, il se retourna vers la France.

Profitant du passage à Vienne du duc de Mortemart, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, il lui posa des questions sur l'armée russe (ce diplomate avait assisté à toute la campagne). Le trouvant moins pessimiste qu'il ne l'espérait, il lui reprocha de se laisser éblouir, comme tous les Français^ par des apparences, de faux rapports : « Les pertes des Russes sont immenses, lui dit-il; leur force est maintenant toute d'apparat. En attendant les événements, 1 Autriche se croit forcée à prendre ses précautions et à établir son armée sur la frontière serbe. » — Mortemart répliqua froidement : « En ce cas, chacun aura raison de se porter sur sa frontière et d'observer celle qui l'avoisine. Il en arrivera ce qui pourra (2) v .

Une démarche plus directe fut tentée par le comte Apponyi,

(I) PnoKËSCii, t. V, p. 367.

^2) Dépèche très réservée de Pozzo di Borgo, 28 novembre 1828. Martkks «. S., t. III, p. 363.

£t pourtcint M. de Mortemart n'était pas, mal^jré ses fonctions, aussi russophile que la plupart de ses compatriotes. Un de ses rapports exprime des idées prudentes, mais peu conformes aux tend.inces françaises de l'époque : ■ La Russie, écrivait-il de Varna le 31 août, n'a pas les forces qu'on lui suppose : ce colosse du Nord ne pourrait actuellement mettre en ligne plus de 200,000 combattants. La France, amie fidèle de la Russie, doit aussi penser à ses intérêts Quel secours ponrrune-nous jamais attendre de forces si éloignées et si précieuses à leur maître. Il faut donc plus que jamais chercher à conserver notre union avec d^autres puissances (rAngleterre\ dont les hostilités nous seraient plus fatales que toute l'amitié russe ne pourrait nous être utile. • — Rapport du 31 août 1828, vol. 174. A. E.

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