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LA DERNIERE INTRIGUE DE METTERNICH

ambassadeur d'Autriche à Paris, auprès de la Ferronnays. La proposition de réunir un congrès et de former une quadruple alliance contre la Russie fut faite sans ambifjuité à notre ministre. La Ferronnays resta stupéfait de Tignorance des hommes et des choses dont faisait preuve Metternich, en s'adressant à lui, le plus zélé partisan de Talliance russe, Tami de Pozzo di Borgo et de Liéven. Il ne cacha pas à Apponyi que tout le monde en France, même les ultras, même le Roi, était d'accord sur Futilité de Talliance russe (1). La campagne de 1812 n'avait pas laissé aux Français de désirs de vengeance : ils savaient qu'ils avaient été les provocateurs. Le Russe était le seul étranger avec lequel on n'avait jamais eu et on n'aurait jamais de sujet profond de querelle : la distance qui séparait les deux peuples, était (comme l'avait dit le Tsar Alexandre) (2) le lien qui les rapprochait (3). Au lieu que l'Autrichien et l'Anglais restaient les ennemis héréditaires, les voisins rivaux et jaloux dont on ne pouvait attendre aucun avantage, et qu'une communauté passagère d'intérêts sur un point donné pouvait seule réunir h nous. La Ferronnays éconduisit Apponyi et déclara quelques jours après à M. de Lebzeltern, qu'il ne se prêterait à aucune démarche officielle ou officieuse, si elle devait assumer le caractère d'un accord contre le cabinet de Saint-Pétersbourg (4).

Metternich essaya alors de nouer une intrigue de politique intérieure qui tendait à mettre au ministère des Affaires Étrangères de France, à la place de la Ferronnnays malade, le prince de Polignac, ambassadeur de France à Londres, avec lequel il était en relations courtoises. A son instigation, Polignac vint à Paris et s'informa auprès du Roi s'il était entièrement d'accord

. (1) Voir Albkrt SonsL, Essais tV histoire et de critique.

(2) Voir plus haut page 139.

(3) Dans la lettre si remarquable en date du 28 novembre, Pozzo énumère toutes les causes qui peuvent rapprocher la Rusnic de la France. Puis il passe en revue tous les Etats qui constituent Y amalgame européen^ et ju(;e avec beaucoup de sagacité quel est le fort et le faible de ch.icun. Martens, N. S, t. III p. 344.

(4) Dépèche trct réservée du 14 décembre 1828. Pozzo a Nesselrode. Martbns, N. S., t. III, p. 372.

avec la politique, toute dévouée à la Russie, de ses ministres. Le Roi lui donna les affirmations les plus précises à cet égard et lui déclara que, si TAutriche faisait mine d'attaquer la Russie, il ferait marcher son armée contre elle. Charles X avait tenu un langage identique, quelques jours auparavant, à Pozzo di Borgo, et Tavait assuré qu'il ne songeait pas à se séparer de M. de Martignac (1).

La combinaison de Metternich avait d'autant moins de chances de réussir en France, que l'opinion publique l'accusait à cette époque d'encourager le duc de Reichstadt à briguer le trône de Charles X : cette rumeur, bien que dénuée de tout fondement, excitait contre lui une profonde défiance de la part des Bourbons.

Par ses agents, par Liéven, par Pozzo, le Tsar eut connaissance de tous les agissements de Metternich. Il n'en conçut aucune inquiétude et ses ministres montrèrent par leur langage qu'ils envisageaient de sang-froid les pires éventualités : « Si nous devons avoir devant nous en 1820, disait Nesselrode, d'autres adversaires que la Porte, nous agirons en conséquence : nous savons tout ce que trame l'Autriche, et si ses armements prennent un caractère hostile, nous les devancerons par les nôtres. «

Nicolas fit prévenir le gouvernement français, par l'intermédiaire du duc de Mortemart, de se tenir sur ses gardes, et de n'ajouter aucune foi aux avances du chancelier d'Autriche : « Je vous avais averti à Varna, disait-il à à ce diplomate, des menées de l'Autriche. Elles ne se sont ralenties que parce que jetais devenu l'objet des attentions de cet homme-là. Il travaille à tout brouiller chez vous comme chez nous. Mais je n'attache plus la moindre importance à ce qui vient de lui. Que votre roi fasse de même. Ce serait lui faire trop de plaisir que de s'occuper de lui ; il veut sortir de l'oubli par des moyens coupables, que l'oubli le punisse (2) !»

(1} Dépêche citée du 28 no%'enibre. Marteks, !N. S., l. III, p. 350. (2) Rapport du 24 mar» 1829, vol. 177. A. E.

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