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LE TRAITE D'ANDRINOPLE

qui reprenaient la direction des légations française et anglaise à Constantinople, après une rupture diplomatique de dix-huit mois. En recevant de leurs mains le protocole du 22 mars, il avait paru reconnaître implicitement la médiation des trois cours. Mais il y avait encore loin entre accepter le principe de cette médiation, et adhérer aux propositions qu'elle impliquait.

Pertew-EFfendi ne pouvait être encouragé à céder,- ni par l'attitude de l'Autriche, cette traditionnelle conseillère de résistance, ni par celle de TAngleterre. Wellington se montrait de plus en plus jaloux delà Russie, et, tout en désirant sincèrement que la Porte accédât au protocole, il tournait le dos à ce résultat par la mauvaise humeur qu'il témoignait contre son alliée et par les aveux maladroits qu'il faisait à Metternich. Dans une dépêche adressée à son ambassadeur à Vienne, lord Cowley, le jour même de la signature du protocole, il prévoyait catégoriquement que la Turquie ne souscrirait pas aux clauses de cet acte: et il jugeait expédient de réduire les limites de l'État grec à la Morée, pour obtenir l'adhésion de la Porte sur les autres points (1). En outre, les réclamations qu'il adressait continuellement, sous Tinfluence du Parlement et des négociants anglais, à Saint-Pétersbourg, pour faire suspendre le blocus des détroits par les amiraux russes, devaient être aussi considérées par la Porte comme des démarches amicales pour elle.

Metternich ayant eu connaissance de ces faits, avait abondé dans le même sens et rédigé un mémoire : Points de vue sous lesquels une puissance amie de la Porte, et ne faisant point partie du triple traité^ pourrait envisager le protocole du 22 mars (2), où il engageait la Porte à ne pas accepter la frontière proposée, mais à exiger la réduction de la Grèce à la Morée et aux Cyclades. Il est vrai que le chancelier de Vienne, reconnaissant enfin qu'il était trop tard pour rétablir l'ancien état de choses, conseillait au sultan de faire contre

(I) PROKESOH, t. VI, p. 41.

(2) Ibid., t. VI, p. 48

fortune bon cœur, de s'incliner devant l'irréparable^ et de considérer le Péloponèse comme définitivement perdu.

Le Réis-Effendi ne prit dans ces conseils que ceux qu'il jugeait avantageux, c'est-à-dire la résistance à la délimitation des frontières. Il n'accéda pas à la Formation du Péloponèse en État vassal, et après avoir communiqué aux ambassadeurs plusieurs projets de firmans et de hatti-chérifs, où il promettait aux rayas rentrés dans le devoir de supprimer à l'avenir toute différence de traitement entre eux et les musulmans, il finit par refuser catégoriquement d'accéder au protocole de mars. C'était, depuis huit ans, la quinzième réponse négative que recevaient les puissances (30 juillej^ I82I9).

Les diplomates ottomans avaient confiance dans Tissue de la lutte engagée contre la Russie: s'ils étaient vainqueurs, ils avaient l'illusion de pouvoir refuser définitivement l'intervention européenne: s'ils succombaient, ils se soumettraient à la force brutale avec leur fatalisme oriental, mais ils n'auraient pas le regret d'avoir été vaincus dans une simple joute diplomatique. Tous les regards se fixèrent donc à cette époque sur les opérations de la guerre russo-turque, d'où dépendait, par contre-coup, la destinée de la Grèce.

Les Russes avaient mis sur pied,dcsledébutde la campagne, des forces imposantes s'élevant à près de 200.000 hommes ; le commandement en avait été donné à Diébitch, général plus jeune et plus expérimenté que Wittgenstein. Les Turcs n'avaient pu opposer à cette armée qu'environ une centaine de mille hommes, et leur chef, le Grand vizir Réchid-Pacha, n'avait pas acquis de\ant Missolonghi la réputation d'un général redoutable. Après un certain nombre d'opérations indécises, Diébitch remporta, a Kulewtscha (1 1 juin), une victoire importante, qui amena la reddition de Silistrie. Un mois plus tard, en Asie, Paskévitch s'emparait d'Erzéroum, place considérable au point de vue stratégique.

La première partie de la campagne, sans être décisive,

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