LE TRAITE D*ANDRINOPLE
sances en paix avec la Porte : paiement d'une forte indemnité de guerre, etc.
L'article X, qui seul intéressait les Grecs, contenait l'adhésion sans conditions de la Porte aux stipulations du traité de Londres et au protocole du 22 mars 1829. Des plénipotentiaires turcs devaient être nommés pour procéder, avec les délégués des puissances, à l'exécution de ces stipulations.
Les ambassadeurs avaient demandé que cette adhésion fit l'objet d'une convention particulière, puisque la Russie avait eu soin de séparer depuis longtemps tout ce qui regardait la Grèce de son différend spécial avec la Porte. Mais Diébitch avait répondu que cette disjonction n'était qu'une question de mots. « C'était la victoire de la Russie, c'étaient les nombreux sacriBces consentis par cette puissance depuis plusieurs années, qui avaient amené la soumission de la Porte à la médiation en faveur de la Grèce : le Tsar entendait être à la récompense, comme il avait été à la peine, et conserver le mérite d'avoir obtenu personnellement le résultat le plus important de cette affaire (1). »
Par son article X, le traité d'Ândrinople se trouvait être le second des actes diplomatiques qui créaient l'État grec. Délimité, rendu viable par le protocole du 22 mars, il parvenait véritablement à l'existence le 14 septembre, et prenait rang parmi les États de l'Europe. Cette guerre turco-russe, qui avait causé une si vive inquiétude à plusieurs puissances, avait cette inappréciable conséquence de délivrer la Grèce, et de trancher par le glaive le nœud insoluble d'ititerminables négociations. En conséquence, quelles qu'eussent été l'initiative très active de l'Angleterre, la sympathie généreuse de la France, Tinfluence du sang versé en commun à Navarin, c'était à la Russie que les Hellènes étaient en première ligne redevables de leur libération. Le Tsar avait peut-être été mû par des considérations
(i) L*Angletcrre ne dissimula pas son dépit et se crut déshonorée, parce que la Russie avait obtenu seule ce que les trois cours avaient sollicité en vain. — Rapport de Mortemart, 22 octobre 1829, vol. 178, A. E.
plus personnelles et plus slaves que philhelléniques; la Grèce était peut-être sauvée, plutôt par contre-coup que par une bonne volonté directe, mais sans s'arrêter à Tintention, le résultat était patent : c'était la force brutale des armes russes qui donnait à Tintervention de l'Europe l'issue la plus décisive.