LA RENONCIATION DE LEOPOLD
ment s'avisait-il maintenant de reprendre cette attitude, dont on lui avait fait remarquer Tincorrection?
Le prince sentit lui-même qu'il avait été trop loin ; il remplaça le mot de conditions par celui d'observations {i)^ et devant cette modification, les puissances consentirent à lui Faire une réponse officielle, où, sans lui donner satisfaction sur tous les points, ou essayait de calmer ses appréhensions.
Par le protocole du 20 février (2), « les trois puissances protectrices manifestaient leur intention d'accorder à l'État grec la garantie que réclamait le prince, et elles s'efforceraient même d'obtenir l'adhésion des autres puissances à cette garantie.
« En ce qui concernait Candie et Samos, les alliés promettaient, sans toutefois prendre d'engagement spécial et formel, d'interposer leur influence auprès de la Porte pour assurer aux habitants de ces îles une protection contre les actes oppressifs.
tt Les alliés s'engageaient à garantir un emprunt grec de 60 millions (3), et à laisser les troupes françaises actuellement en Morée à la disposition du prince souverain (4) pendant une année.
u Mais ils opposaient une fin de non recevoir à la demande de rectification dé frontières, et ils passaient sous silence la question de l'approbation, par le peuple grec, du choix du souverain. »
La Turquie devait adhérer deux mois plus tard (5) à ces décisions, encouragée par une importante concession que lui faisait la Russie. Celte puissance, donnanl ainsi une nouvelle marque d'intérêt aux Grecs, consentait à une réduction d'un
(1; La seule lettre insérée dans les actes de la conférence porte le mot : observations, La lettre primitive a été détruite. Saist-Reré Taillandier, t. I, p. 212. (S) Prokbsch, t. VI, p. 213.
(3) La France et la Russie avaient, depuis plusieurs années, envoyé des sommes considérables à la Grèce. L'Angleterre seule se montrait très peu généreuse à cette époque, et consentit seulement à la garantie de l'emprunt de 60 millions.
(4) Ces troupes restèrent en réalité à Argos jusque vert 1833, avec les généraux Trézel et Gérard.
(5) Le 24 avril.
million de ducats (1) sur rindemnité de guerre qui lui était due en vertu du traité d'Andrinople, en échange de Tadhésion de la Porte aux protocoles concernant la Grèce (2).
Le prince de Saxe-Cobourg ne devait-il pas être rassuré sur le sort de sa principauté et sur la situation personnelle qui lui serait faite en Grèce? Il n'en fut pas ainsi: les préoccupations de Léopold ne diminuèrent pas, u la suite du protocole du 20 février, et les représentants des puissances se perdirent en conjectures sur les causes de cette inquiétude.
Les difficultés que rencontrait le mariage du prince avec la princesse d'Orléans, peu soucieuse d'aller régner en Grèce, n'étaient pas suffisantes pour expliquer son malaise moral. Il fallait donc en chercher les motifs dans l'intrigue que menait en secret Capodistrias. Le moment était décisif pour l'ambitieux Président ; il voulait, sans en avoir l'air, inspirer à Léopold de la crainte et de l'aversion pour son futur État, et le décourager subrepticement afin qu'il renonçât à s'embarquer pour la Grèce.
Les deux lettres qu'il envoya au prince, le 6 avril, furent un chef-d'œuvre de machiavélisme. Sous la terminologie la plus vague et la plus embrouillée, Capodistrias se plaignait a que la Grèce n'eût pas été réunie en congrès et consultée sur tout ce que l'Europe voulait faire pour elle, qu'on lui eût imposé des arrangements, au lieu de les lui faire adopter dans les formes légales, et qu'en désignant un prince souverain, les puissances n'eussent fait aucune mention des droits publies des Hellènes: ces droits seraient-ils concentrés dans la personne du prince, ou celui-ci les reconnaitrait-il dans une charte solennelle? Consacrerait-il les décrets du congrès d'Argos ou les modifierait-il? Adopterait-il la religion des Grecs? La solution de ces questions, disait-il, préoccupait vivement ses compatriotes et ils attendaient avec anxiété les réponses qu'y ferait le prince souverain, n
(i) i2 millions de francs environ.
(2) Voir sur la mission d'Orloff à ce sujet, une dépêche de de Boyer au roi de Prusse. PnoKKScu, t. VI, p. 232, et un rapport du duc de Mortemart (8 avril 1830), vol. iSO, A. E.