LA RENONCIATION DE LEOPOLD
avaient fondé un journal très mordant, T^/^oZ/on (I), quijoignit ses attaques contre le Président aux attaques non moins acerbes du Courrier de Smyrne (2).
Bref, en 1830, la Grèce était partagée en deux camps hostiles, et les ennemis de Gapodistriasavaient peut-être dénoncé, par lettres ou par messagers, les projets ambitieux du Président au prince de Saxe-Cobourg. Mais ces dénonciations présentaient ce danger, d'étaler aux yeux du prince les divisions d'une Grèce prête à retomber dans la guerre civile. Léopold craignit d'être obligé de s'appuyer sur un parti pour combattre l'autre, au lieu d'être le chef incontesté de tous les Hellènes. Il envisagea l'avenir sous un aspect très sombre, et brusquement, le 21 mai, cédant aux suggestions de ses amis, les whigs, qui voulaient le garder auprès d'eux, il adressa à la conférence de Londres sa renonciation au trône de Grèce, ttll avait eu la preuve, écrivait-il, parles observations des principaux magistrats de la Grèce, que sa nomination et les clauses qui l'accompagnaient, n'étaient pas acceptées librement par l'unanimité des Grecs: il ne pouvait entrer dans sa pensée d'employer des mesures coercitives -pour se faire reconnaître souverain de ce pays, ni d'apparaître au peuple mécontent comme un simple délégué des alliés, chargé de maintenir par les armes la pacification de ce pays. Il renonçait donc au but sacré et glorieux qu'il avait espéré un moment pouvoir réaliser, et qu'il ne saurait remplir d'une manière satisfaisante pour son honneur, le bien des Grecs, et l'intérêt général de l'Europe » (3).
Capodistrias avait entièrement réussi dans l'intrigue qu'il avait fomentée. 11 restait, pour un temps indéterminé, le seul détenteur du pouvoir suprême en Grèce.
(J) La devise de ce journal était : Assembtée nationale, — Constitution, — Le parti constitutionnel avait son centre à Hydra.
(2) Capodistrias, pour se défendre, forma une association secrète de ses partisans, le Phénix f où entrèrent Colocotronis et Canaris. (Thiersch, De l'état actuel de la Grèce, t. I, p. 25.)
(3) PROKEsca, t. VI, p. 226,
Le refus du prince de Saxe-Cobourg excita un vif mécontentement en Europe. On ne sut pas, ou on ne comprit pas les motifs auxquels il avait cédé. Wellington et Aberdeen ne lui cachèrent pas qu'ils désapprouvaient sa conduite et qu'ils l'at* tribuaient à des vues ambitieuses sur l'ouverture d'une régence en Grande-Bretagne. En Ffance, le fils de Charles X s'exprima assez vertement sur son compte, qualifia son acte de « sottise et de platitude » , et ne voulut pas qu'on répondit à la lettre par laquelle il annonçait et justifiait sa renonciation. Les représentants de la Russie à la conférence de Londres, Matuchevitz(l) et Liéven, Taccusèrent, non seulement d'irrésolution, mais de mauvaise foi. « Il valait mieux, disaient-ils, qu'il ne fût pas allé en Grèce, il aurait trahi les intérêts des puissances (1). w
Le mécontentement des puissances était presque aussi vif contre la Grèce que contre Léopold. Si la nation hellénique ne consentait pas à devoir son roi à la décision de l'Europe, il fallait qu'elle le déclarât franchement. Les chargés d'affaires en Grèce, M. Dawkins, le comte Panine, le baron Rouen, eurent mission d'amener Capodistrias et le Sénat à manifester leurs vœux d'une manière précise et sans ambiguité.
Quand les Grecs virent qu'ils s'aliénaient les puissances protectrices, en acceptant de mauvaise grâce leurs décisions, ils changèrent d'attitude et signèrent des adresses sympathiques à Léopold. Le président du Sénat exprima tout haut son regret de l'envoi des Obsei^ations^ et, le 4 août 1830, cette assemblée déclara solennellement que : « pleine d'une confiance illimitée dans la haute sagesse des augustes protecteurs de la Grèce, elle attendait leur détermination comme un arrêt
(1^^ Recueil de documents dîptomatiffucs^ p. 610 et 619.