LE ROI OTHON
provisoire, présidé par Condouriotis, fut formé et essaya de maintenir Tordre, malgré une prise d'armes de Colocotronis, le dernier représentant du parti russe.
La malheureuse Grèce présentait un triste spectacle, et les patriotes sentaient le besoin pressant d'être gouvernés par un roi qui se mettrait au-dessus des partis, au lieu d'être seulement^ comme Gapodistrias l'avait été, le chef de la principale faction. Une adresse fut envoyée à la conférence de Londres pour qu'elle se hâtât de choisir un souverain.
Les graves événements politiques qui s'étaient succédés en Europe, la prise d'Alger, la révolution de Juillet, le soulèvement de la Belgique, l'insurrection de la Pologne, avaient plus préoccupé les puissances dans les années 1830 et 1831, que l'organisation définitive de l'État grec. Cne seconde conférence de Londres, moins restreinte que la première, avait été formée par le directoire européen pour régler la question belge, et la question hellénique avait été momentanément laissée de côté.
Mais quand les affaires de Belgique Furent en bonne voie de résolution, et quand, h la même époque, on apprit le meurtre de Gapodistrias, l'ancienne conférence de Londres reprit ses séances, ne voulant pas laisser le malheureux pays grec sombrer dans l'anarchie dès sa naissance.
Depuis la renonciation de Léopold, deux princes restaient seuls qualifiés pour recevoir le don de la souveraineté : Tun, Frédéric, prince des Pays-Bas (l), parent de la Tsarine, palroné par la Russie, l'autre, Othon de Bavière, déjà proposé par la France en 1829. C'était lord Palmerston, chef du Foreign Office dans le nouveau cabinet libéral de lord Grey, qui pouvait départager M. de Liéven, soutien du Hollandais, et le prince de Talleyrand, avocat du Bavarois. Depuis le changement de régime en France, les cabinets de Paris et de Londres s'entendaient entre eux mieux qu'avec le cabinet russe. Palmerston donna
(1' Lettre «le Liéven au grand-duc Constantin (^30 juillet 1830^. fiecueii do documenls^ p. 63ô — Rapport de Mortemart, 25 décembre 1829, vol. 178 et 180, passim. A. E.
*lî L'INDEPENDANCE DE LA GllECE — 1832
donc sa voix au candidat français et, le 13 février 1832(1), un protocole établit Taccord des trois cours sur Télection d'Othon de Bavière.
Le 7 mai 1832, la convention qui clôturait définitivement les affaires de la Grèce fut sîjjnée à Londres (2) par lord Palmerston, le prince de Talleyrand, le prince de Liéven, MM. Matuchevitz et Cetto (ce dernier représentant la Bavière). C'était un véritable traité entre les puissances protectrices et le roi de Bavière, qui acceptait la couronne de Grèce pour son fils.
«Le prince de Bavière prendrait le titre de Roi. La Grèce formerait un État monarchique indépendant, sous la garantie des trois cours (3). Celles-ci s'emploieraient à faire reconnaître le roi de Grèce par les autres cours de l'Europe . Le jeune prince serait jusqu'à sa majorité (1" juin 1835), sous la tutelle d'un conseil de trois régents. Il renonçait à tout droit sur le royaume de Bavière. Il pourrait contracter chez les trois nations alliées un emprunt de 40 millions. Il pourrait amener avec lui, de Bavière, un corps de 3,500 hommes. »
Enfin le protocole stipulait que les limites de la Grèce seraient modifiées, conformément à une convention conclue entre les puissances et la Porte. Cette dernière clause était le résultat de négociations engagées récemment, en vue d'accorder aux Grecs la rectification de frontières qu'ils réclamaient à grands cris depuis deux ans. Lord Palmerston avait envisagé la question des frontières grecques sous un autre jour que Wellington. Au lieu de souhaiter la réduction de la Grèce à des proportions exiguës, pour qu'elle ne fût pas une alliée puissante pour la Russie, il avait compris qu'il fallait au contraire agrandir la Grèce pour qu'elle pût se suffire à elle-même et ne plus être tentée d'appeler les Russes à son aide.
Il avait amené sans peine les deux autres cours à ses vues. La France était consentante à tout ce qui pouvait être utile
(1) De Clercq. Recueil de traités, t. IV, p. 169.
(2) Ibid,, t. IV, p. 176. ~ PnoKEscB, t. VI, p. 316.
(3} La forme monarchique de la Grèce était garantie, mais non Tordre de succession dynastique, qui faisait l'objet d'un article spécial.