M A RI VON
Mon cher, il m'est assez difficile de vous répondre. Vous savez combien j'aime Thérèse. En outre, j'ignore quels griefs vous invoquez l'un contre l'autre. Pour divorcer, il faut des motifs.
Je répondrai tout à l'heure à votre question. Mais avant tout, avant tout, je tiens à vous éclairer sur plusieurs faits. Je parle, bien entendu, à l'ami, et non à l'avoué, nous n'en sommes pas là. Mon Dieu, je n'adresse aucun reproche à Thérèse, sinon celui de ne m'avoir jamais compris. Nous sommes mariés depuis quatre ans, et, pendant ces quatre ans, je ne peux pas me vanter d'avoir vécu auprès de ma femme une heure de véritable intimité!... A quoi cela tient-il? Je l'ignore ! Le sûr est qu'elle m'a jugé de suite indifférent... bien mieux... ennuyeux; oui.
je me suis rendu compte que je Fennuyais, que chacune de mes paroles, chacun de mes actes, lui paraissaient dépourvus d'attraits... Elle ne m'aimait pas... elle ne m'a jamais aimé !
MARIVON
Thérèse n'est pourtant pas méchante.
VALANTIN
Non, elle n'est pas méchante, ni même sotte, Elle a de l'intelligence et du cœur. Quelquefois, en la regardant vivre autour de moi, si loin de moi... je songe qu'elle aurait pu rendre un homme très heureux, un homme qu'elle eût aimé... Tout est là! Moi, je vous le répète, elle ne m'aime pas.
MARIVON
Pourtant...
Non, vous comprenez, je ne me trompe
pas, je ne suis plus un enfant... je sens les choses,.. Et puis, dans ma vie de jeune homme, on m'a donné des preuves d'affection et de dévouement. Au fond, je crois que j'ai eu tort de ne pas suivre vos conseils... ces conseils que vous donniez à Thérèse.
(Geste de Marivon.) NoUS u'étioUS SaUS doute paS
faits l'un pour l'autre. Elle aimait surtout les artistes, son frère l'avait encouragée dans ce'tte voie; moi, je suis un autre homme... je vous le dis, je l'ai ennuyée... Et puis, peut-être n'ai-je pas assez perdu de temps avec elle, n'ai-je pas mis tous mes efforts à la conquérir... Peut-être ne me suis-je montré auprès d'elle, ni assez patient, ni assez convainquant ! Mais quoi il fallait bien que je fisse ma vie. J'avais trente ans, je ne pouvais perdre mon existence aux pieds d'une femme, bien qu'elle fût la mienne... J'ai donc travaillé... j'ai follement travaillé. Comme j'étais ambitieux, mon
ambition m'a servi, et j'ai aujourd'hui une grosse situation d'architecte, mais ce n'est pas le bonheur !...
AIARIVON
Croyez-vous que l'on puisse jamais atteindre le bonheur?
VALANTIN, il se lève.
Oui, aujourd'hui je suis heureux... je suis très heureux.
MARIVON
Je ne vous comprends pas.
VALANTIN
Voyons, mon cher, dites-moi la vérité, Vous connaissez foute ma vie.
MARIVON
Votre vie ?
VALANTLN
Oui/ ma vie en dehors de mon ménage ?
MARIVON
Vous avez une maîtresse, c'est vrai?...
VALANTIN
J'ai une amie, oui, une amie tendre, intelligente, dévouée, qui, elle, a su me comprendre comme je souhaitais d'être compris.
MARIVON
Voulez-vous me permettre de vous poser une question ? (Vaiantm acquiesce.) Vous vovez depuis longtemps cette personne ?
Oui.
MARIVON
Ah ! Et vous voulez quitter votre femme l)our vivre avec elle ?
111e faut.
VALANTIN
MARIVON
Il le faut?
VALANTIN
Oui. Oh ! je prévois tout ce que vous allez me dire. Je me le suis dit bien souvent à moi-même. Mais ce voyage que nous venons de faire en Italie avec Thérèse a mis fin à mes hésitations. Je dois agir! Ce voyage, je l'avais entrepris avec je ne sais quel espoir de réconciliation possible... Hélas! demandez à la petite Ovize qui nous accompagnait, à Morgan, quelle fut l'attitude de Thérèse?
MARIVON
Morgan, Louis Morgan?
VALANTIN
Oui, vous le connaissez, un garçon remar-
LINDISCRET 73
quablement intelligent. x4.h! ce voyage en Italie!... Et puis durant les derniers jours passés ensemble, certains incidents d'une nature particulière.