ACTE I, SCÈNE I
LE VICOMTE
Ce n'est pas tout : mon père est hors de France ! Et contre lui nos lois ont armé leur vengeance ; Mais il est repentant ; et, dans cet heureux jour, Mon parent le rendra sans doute à mon amour. Quand j'appris que le duc entrait an ministère. Une voix me dit là ; tu vas revoir ton père.
GERBOIS
Monsieur !
LE VICOMTE
Ce n'est pas tout : un espoir enchanteur, Sous ces lambris dorés , fait palpiter mon cœur. La fille du ministre est aimable et jolie ; Et j'ai passé trois mois auprès de ( élénîe, Au fond de la Bretagne , an châter.u d'Erlonval, Riche propriété, bien patrimonial.
Que le duc acheta d'un ministre en disgrâce, Et qu'il va maintenant payer avec sa place ; Car le duc n'est pas riche; et soit dit en deux mots: Ce ministère-là lui vient bien à propos.
GERBOIS
]\^onsieur !
LE VICOMTE
Je vous parlais de sa charmante fille.
Sachez que j'ai l'espoir d'entrer dans la famille : J'en suis déjà, c'est vrai; mais, par un nœud plus doux! De Céléuie enfin je puis être l'époux.
Ce projet séduisant n'est encor qu'un mystère. Et vous m'obligerez grandement de vous taire ; Je vous ai confié tout ce que j'avais là...
GERBOis, à part.
Qui, diable, à ce monsieur demandait tout cela? A peine il nous arrive; et, sans nul stratagème. Je connais ses secrets aussi bien que lui-même ; Ce ne sera jamais un grand homme d'e'tat.
LE VICOMTE
Dans cet immense hôtel, quel luxe ! quel éclat ! Que ne suis^je ministre !
GEUBOis, avec ironie.
Oui, ce serait merveille; Tous les secrets du jour seraient sus de la veille.
LE VICOMTE
Pourquoi donc h ce rang ne parviendrais-je pas?
Un porte-feuille est-il un si grand embarras ?
Pour faire un bon ministre, il ne faut qu'être affable.
Juste j bon, pénétrant, surtout impénétrable j
Ce sont-la mes vertus : qu'on me nomme... et demain
Les affaires du roi seront en bon chemin.
GEEBOIS.
Sûrement.
Mais veuillez, a votre tour, de grâce, M'instruire franchement de tout ce qui se passe.
GERBOIS
Dans le royaume ?
LE VICOMTE
Et non ! dans cet hôtel.
GERBOIS, à lui-même.
Fort bien.