TUB
même s'il en est ainsi, chaque membre de la communauté considéré comme individu serait l'esclave de la communauté dans sa totalité. L'ne telle relation a existé habituellement dans les communautés militantes, même sous des formes de gouvernement quasi populaires, llans la Grèce ancienne le principe était admis que le citoyen n'appartenait ni à lui-même ni â sa famille, mais qu'il appartenait à sa cité; la cité étant chez (es Grecs l'équivalent de la communauté. Et celte doctrine, appropriée à un étal où la guerre est permanente, le socialisme la réintroduit insciemmenl dans un étal qui doit être purement industriel. Les services d'un chacun appartiendront; 1 ! la totalité; et ces services seront payés par l'autorité comme elle le jugera convenable. De sorte que, même si l'autorité esl aussi bienfaisante qu'on nous le promet, l'esclavage, quelle que soit sa forme mitigée, sera nécessairement le résultat de l'organisation.
Voici ma deuxième réponse : l'administration ne restera pas longtemps telle qu'on nous la promet et l'esclavage ne sera pas léger à supporter. La spéculation socialiste esl viciée par une supposition semblable à celle qui vicie les spéculations du politicien «pratique*. On suppose que le fonctionnarisme opérera comme on désire qu'il opère, ce qu'il ne l'ait jamais. Le mécanisme du communisme, comme le mécanisme social actuel, est nécessairement constitué par les éléments de la nature humaine existante, dont les défauls produiront les mêmes maux, dans un cas que dans un autre. L'amour du pouvoir, l'amour-propre, l'injustice, la déloyauté, qui souvent, en un espace de temps relativement court, causent la ruine d'organisations privées, amèneront inévitablement, là où leurs elle la s'accumulent de génération eu génération, des maux bien plus grands el moins faciles à guérir, puisque l'organisation administrative, vaste, compliquée el pourvue
de toutes les ressources, une fois qu'elle sera développée et consolidée, deviendra nécessairement irrésistible. Et comme preuve que l'exercice périodique du droit électoral n'empêcherait pas ce résultat, citons le gouvernement français. Populaire dans son origine, et soumis au jugement populaire à de courts intervalles, il l'ouie néanmoins aux pieds la liberté des citoyens à tel point que les Anglais, délégués an récent congrès des associations ouvrières, disent: < C'est un déshonneur pour une nation républicaine et une anomalie dans une République. »
Le résultat final serait un retour du despotisme. Une armée disciplina de fonctionnaires civils, comme une armée, de fonctionnaires militaires, donne le pouvoir suprême à son chef, pouvoir qui a souvent conduit à l'usurpation, comme dans l'Europe du moyen âge et encore davantage au .lapon : bien plus, qui y a conduit, rln-7 nus voisin», à notre propr»' époque. Les mn fessions récentes de M. de Maurepas ont montré avec quelle facilite un chef constitutionnel, élu par le peuple entier qui lui accorde sa confiance, peut, avec le concours de quelques auxiliaires sans scrupules, paralyser le corps représentatif cl se rendre maître absolu. Mous avons de bons motifs pour croire que ceux qui se seraient élevés au pouvoir dans une organisation socialiste ne reculeraient devant aucun moyen pour arriver à leurs lins. Quand nous entendons le conseil de la fédération iléinocralique dire que des actionnaires, qui, gagnant quelquefois mais perdant souvent, ont créé notre réseau de chemins de fer et ont ainsi contribué à ce grand développement de la prospérité nationale, s ont mis la main i sur nos voies de communication, nous pouvons en inférer que ceux qui seraient à la tête d'une administration socialiste pourraient fort mal interpréter les droits des individus et des classes placées sous leur autorité. El quand plus
L'ESCLAVAGE FUTUR
loin des membres du même conseil prétendent que 1 "lïï tal devrai l prendre possession des chemins de fer « avec ou sans compensation », nous pouvons présumer que des considérations d'équité n'empêcheraient pas les chefs de la société idéale tant désirée de suivre n'importe quelle politique qu'ils croiraient nécessaire, politique qui s'identifierait toujours avec leur propre suprématie, il sul'liniil d'une guerre avec une société adjacente, ou de quelque mécontentement intérieur réclamant la répression par la l'orée, pour transformer d'un seul coup une administration socialiste en une " tyrannie éerasanle, semblable à celle de l'ancien Pérou. Sous celle administrai in ri la masse du peuple, gouvernée par une hiérarchie de fonctionnaires, et surveillée dans tous ses actes intérieurs et extérieurs, travaillait pour maintenir le corps organisé qui exerçait le pouvoir, tandis qu'il ne lui restait que les moyens de traîner une existence misérable. Et ensuite reviendrait complètement, sous une forme différente, ce régime d'État, ce système de coopération obligatoire dont l'ancien torysme représente la tradition affaiblie, et vers laquelle le nouveau lorysme nous ramène.
c Mais nous serons en garde contre tous ces maux ? nous prendrons des précautions pour détourner de pareils désastres s diront sans doute les énergumènes. Que ce soient des politiciens « pratiques » avec leurs nouvelles mesures réglementaires, ou des communistes avec leurs projets de réorganisation du travail, leur réplique est toujours la même : < 11 est vrai que des plans d'une nature analogue ont échoué par des causes imprévues ou des accidents malheureux ou par suite des méfaits de ceux chargés de les exécuter; mais celte fois nous profiterons des expériences passées et nous réussirons ». Il semble impossible de l'aire entrer dans la tête des gens celle vérité qui, cependant, est assez évidente, à savoir que la prospérité d'une société
et la pari de l'équité dans son orçtuiisaliou dépendent au fond du caractère de ses memhres; et qu'aucun progrès ne peut avoir lieu sans en progrès dans le caractère qui résulte de l'exercice d'une industrie pacifique sous les restrictions imposées par une vie sociale bien réglée. Non seulement les socialistes, mais encore les prétendus libéraux, qui leur préparent la voie, croient qu'avec de l'adresse les défauts de l'humanité peuvent être corrigés pur de bonnes institutions. C'est une illusion. Quelle que soit la structure sociale, la nature défectueuse des citoyens se manifestera dans les mauvais effets qu'elle produira. Il n'y a point d'alchimie politique à l'aide de laquelle on puisse transformer des instincts de plomb en une conduite
1. Depuis nue l'iirlicli: précédent h été publié, :V'V.\ réponses y ont été fïiiles | ■: 1 1 - îles -.icialisles : - - S<i-:iti.ii<)ii/' et li$rla>.-ti<jrpar H. M. Hyndman el Herbert Spencer sur le Socialisme par Frank Kairman. .le dois me borner Ù dire ici qu'ils m'allrilmeiit, sel un l'Iinliilihlo îles adi'ersaircs, des u|iiriiniis que je ne professe pas. De ce que je désapprouve le socialisme, il ne s'en
suit pi'IS llé'. , i.:-s.iili'IIL(. , lll. Ci.'lllllli: 11. Hïtlil Il ii' [n'f'Lrlli], i|UF
j'approuve l'oi^niusiiLiiiii m'Iuelle. Hicu des choses qu'il blâme, je les hlàme autaul i|ue lui ; mais je u'aihnels pus sou remède. La personne qui écrit sous le pseudonysme de e Frank Fairmon » me reproche 'le n'avoir plus les iiiéiues 'minions qu'su moment où j'ai écrit dans la Statique social/: colle défense sympathique îles liasses laliui'icuses ; mais je n'ai uullemenl conscience île ce clian^eineiit. I.'iudulijenm pour les gens qui méneiil une lie dure n'irii[ilii[ue nullement de la tulérauce pour
Que ce soit vrai ou non, que l'Iiomme csl composé l'iniquité) cl conçu dans le péché, il est incontestable
5 le gouvernement est né de l'agression et a été engendré par l'agression, flans les petites sociétés primitives, où une paix complète a régné pendant des siècles, il n'exisle rien de semblable à ce que nous appelons gouvernement; il n'y a aucune organisation coereitive, il y a seulement une suprématie honoraire, quand une suprématie existe. Dans ces communautés exceptionnelles, qui ne sont pas agressives et qui, pour des causes spéciales, ne sont exposées à aucune agression, la véracité, l'honnêteté, la justice et la générosité sont si bien pratiquées qu'il y suffit que l'opinion publique puisse de temps en temps s'exprimer dans une assemblée d'anciens, convoquée à des intervalles irréguliers. Au contraire, nous trouvons des preuves que
B6 L'INDIVIDU COHTRE L'ÉTAT
l'autorité d'un ehe.l, reconnue d'abord lemporaii'eraent pendant une guerre, s'élablil d'une façon permanente si l'état de guerre se prolonge, et se fortifie là où une heureuse agression aboutit à la soumission des tribus voisines. Ensuite, des exemples fournis par toutes les races mettent hors de doute celle vérité, que le pouvoir coercilif du elief, devenu roi, et roi des rois (titre fréquent dans l'ancien Orient) grandit à mesure que celui-ci étend ses cnnrjiiStcs et i|uj! réunil-sous son sceptre un plus grand nombre de nations. Les comparaisons nous révèlent une autre vérité, que nous devrions toujours avoir présente ïi l'esprit, i savoir que le pouvoir dirigeant devient d'autant plus agressif audedans d'une société qu'il est agressif au dehors. De même que pour former une bonne armée, il faut que les soldats des dilférenls grades obéissent à celui qui les commande; de même, pour former une forte communauté guerrière, il faut que les citoyens obéissent au pouvoir dirigeant. Il faut qu'ils fournissent le nombre de recrues exigé, et qu'ils livrent toutes les propriétés qu'on leur demande.
La conséquence évidente est que la morale gouvernementale, originairement identique aux coutumes de la guerre, doit longtemps se modeler sur elles, et ne peut s'en éloigner que dans la mesure on les activités et les préparations guerrières diminuent. Nous eu avons des preuves constantes. A présent sur le continent le citoyen est seulement libre quand il ne sert pas dans l'armée, et pendant le reste de sa vie il peine beaucoup pour entretenir l'organisation mi lilaire. Même chez nous, une guerre sérieuse, en rendant la conscription nécessaire, suspendrait les libertés d'un grand nombre el diminuerait les libellés des autres, en leur faisant payer par des con tri billions les dépenses nécessaires, c'est-à-dire en les forçant à traviiillei'un certain nombre de jours pour l'Étal. Inévitablement le code de
LES l'ÉCHÉS DES LÉGISLATEURS.
la conduite iln gouvernement dans ses rapports avec les citoyens es! modèle sur le code de la conduite des citoyens les uns à l'égard des autres.
Je ne vais, dans cet article, parler ni des violations de droit ni des représailles exercées; la plus grande partie de l'histoire est composée du récif de ces faits; je ne veu\pas non plus retracer les iniquités intérieures qui ont accompagné les iniquités extérieures. Je n'ai pas l'intention de cataloguer ici les crimes dos législateurs irresponsables, en commentant par celui du roi Kliul'u (les pierres de sa vaste tombe furent posées dans la sueur sanglante de dizaines de mille d'esclaves qu'on fit travailler â coups de fouet pendant de longues années); en continuant par ceux des conquérants égyptiens, assyriens, persans, macédoniens, romains et autres; et en finissant par ceux de Napoléon qui, pour satisfaire son ambition de voir le monde civilisé prosterné à ses pieds, fit périr au moins deux millions d'hommes*. Je ne me propose pas non plus d'énumérer ici ces [léchés des législateurs responsables inscrits dans la longue liste des lois faites dans l'intérêt des classes dominantes. Dans notre pays cette liste va jusqu'à celles qui maintinrent longtemps l'esclavage et la traite des esclaves, soumirent à la torture à peu près 10 000 nègres par année en les entassant au fond des vaisseaux pendant une traversée sous les tropiques, et en firent périr une forte proportion. Elle est close par les lois des céréales qui, dit Sir Erskinc May « pour élever le prix des fermages, ordonnèrent à une multitude innombrable de souffrir la faim s.
Sans doute un exposé des méfaits principaux des législateurs responsables el irresponsables ne serait pas inutile. Il servirait à plusieurs fins. Il montrerait
l.Lanfrey.'Y.'Vi.'iaiis-i Stmly n) s<</:inltiqii,\i. ϱ,?A l'appendice 2. ComtUvUonal Ilislonj of England,t. 11, p. 617. H. Spencer. — L'individu. !>
IVIDU CÛNT1IE L'ÉTAT, clairement comment cette identité de la morale gouvernementale et des coutumes do la guerre, qui existe nécessairement dans les temps primitifs où l'armée est simplement la société mobilisée et la société l'armée au repos, se maintient pendant de longues périodes et exerce même de nos jours une grande iniluenee sur notre procédure et notre vie quotidienne. Après avoir montré, par exemple, que, chez de nombreuses tribus sauvages, la l'onction judiciaire du dirf n'e\isle pas ou est nominale, et que 1res généralement pendant les premières époques de la civilisation européenne, chaque individu devait se défendre lui-même et faire valoir ses droits du mieux qu'il pouvait; après avoir montré qu'au moyen-âge le droit de la guerre privée entre tes membres de l'ordre militant a été aboli, non pas parce que le chef suprême croyait de son devoir de soumettre les différends à sou arbitrage, mais parce que les guerres privées diminuaient la force de son armée dans les guerres publiques; après avoir montré que, pendant les âges suivants, l'administration de la juslice manifestait encore son caractère primitif dans les combats judiciaires soutenus en présence du roi ou de son représentant eu qualité d'arbitre, — combats maintenus jusqu'en 1X10 sous la forme du duel, — nous pourrions faire voir que même de nos jours le combat judiciaire subsiste sous une autre forme, les avocats étant les champions et les bourses les armes. Dans les procès civils le gouvernement ne s'inquiète guère plus qu'autrefois de faire rendre justice à la partie lésée; en pratique, son représentant veille seulement à ce que les règles du combat soient observées; le résultat dépendant moins de l'équité de la cause que de la supériorité d'une bourse bien garnie et de l'habileté de l'avocat, fiien plus, le gouvernement se soucie si peu de l'administration de la justice que si, dans un combat légal livré en présence de son représentant, les b
i combattants ont été épuisées, et si, sur appel nterjeté par l'un d'eux, la décision est réformée, le Combattant qui succomba est obligé de payer les rreurs du représentant actuel ou de son prédécesseur, , bien souvent, l'individu lésé, qui sollicitait une iroleclion ou une restitution, meurt pécuniairement en sortant de l'audience.
"il était bien fait, un tel tableau des méfaits des mvernemenls, dans leurs actes et leurs omissions, en rouvant qu'une partie du code de murale encore en igueur remonte et convient à l'état de guerre, callerait peut-être les espérances de ceux qui travaillent à étendre le contrôle gouvernemental. Après avoir observé que non seulement les caractères mais encore les principes de celle structure politique primitive, produite par le militarisme chronique, continuent de subsister, le réformateur et le philosopha seraient peutêtre moins ardents à attendre un si grand bien de l'intervention universelle du gouvernement et seraient peut-être disposés à avoir plus de confiance dans les organisations non gouvernementales.
Mais laissant de côlé la plus grande partie des vastes questions comprises sous le titre de cet article, je me propose ici de m'occuper seulement d'une partie relativement petite, à savoir de ces péchés des législateurs qui ne sont pas le fruit de leur ambition ou des intérêts de classes, mais qui proviennent de la négligence de celte étude à laquelle ils son! moralement obligés de se livrer pour se préparer à leur tâche.
Supposons qu'un élève pharmacien après avoir écouté la deseriplion de certaines douleurs qu'il croit à tort Être causées par la colique, mais qui en réalité sont causées par une inllammalion du Ciccum, proscrive une forte purgalion et tue le malade ; on le déclarera coupable d'homicide par imprudence. On n'admettra pas
l'excuse que son intention était bonne et qu'il espérait l'aire du bien. Il ne pourra pas se justifier en disant qu'il s'est simplement trompé dans son diagnostic. On lui répondra qu'il n'avait pas le droit d'exposer la vie du malade en se mêlant d'une matière dans laquelle il avait des connaissances tout à lait insuffisantes. Il ne pourra pas plaider le fait qu'il ne savaii pas lui-même combien il était ignorant. I! est implicitement admis que l'expérience commune à tous aurait dil lui apprendre que même ceux qui ont étudié la médecine, à plus forte raison ceux qui ne l'ont pas étudiée, commettent des erreurs dans le diagnostic des maladies et dans les remèdes à prescrire : puisqu'il a négligé l'avertissement donné par l'expérience commune, il est responsable des conséquences.
Les responsabilités encourues par les législateurs pour les maux qu'ils peuvent causer sont mesurées avec beaucoup d'indulgence. Dans la plupart des cas, loin de penser qu'ils méritent d'être punis pour avoir amené des désastres par des lois rendues par ignorance, nous pensons à peine qu'ils méritent d'être blâmés. 11 est admis que l'expérience commune aurait dû apprendre à l'élève pbarmacien, peu instruit, à ne pas s'ingérer de la médecine ; mais il n'est pas admis que l'expérience commune ait dû apprendre au législateur à ne pas se mêler de légiférer avant qu'il se soit instruit. Quoiqu'il ait devant lui dans le recueil des lois de notre propre pays et des autres pays une multitude de faits qui devraient lui faire voir les maux immenses causés par une mauvaise législation, il oust point condamné pour avoir néglige ces avertissements contre une ingérence trop prompte. Au contraire, on regarde comme un acte méritoire de sa part quand, peut-être sorti récemment du collège, peut-être possesseur d'une meute de chiens qui l'a rendu populaire dans son comté, peut-être fraîchement arrivé d'une ville de province où il a acquis
«ne grande fortune, peut-être sorti du barreau où il s'est l'ail un nom, il entre au parlement et qu'il commence immédiatement à faciliter ou a empêcher, d'un cœur léger, tel ou lel moyen d'opérer le corps politique. En ce cas il n'est pas nécessaire de plaider pour lui l'excuse qu'il ne sai! pas combien il csl ignorant ; car le public, en général, est d'accord avec lui pour penser qu'il esl inulile d'en savoir plus que ce que les débals sur les mesures proposées lui auront appris.
Et cependant il suffit de jeter les yeux sur l'histoire des législations pour voir combien les maux causés par des léirislaleurs iscnonuils si.nil. plus nombreux que ceux, causés par des ignorants qui se sont mêlés d'adminislrer des remèdes. Le lecteur me pardonnera si je lui rappelle quelques exemples familiers. Un siècle après l'autre, les hommes d'État ont continué de rendre des lois contre l'usure, qui ont empiré la situation du débiteur : faisant monter le taux de l'intérêt i de cinq à six quand ils avaient l'intention de le réduire à quatre, comme sous Louis XV ; ( et produisant indirectement une quantité de maux imprévus, en empêchant, par exemple, l'emploi productif du capital disponible, et i en imposant aux petits propriétaires une multitude de charges perpétuelles ». De même les essais pour arrêter l'accaparement, continués en Angleterre pendant cinq cents ans, et ayant empêché en France, d'après le témoignage d'Arthur Young, « d'acheter sur le marché plus de deux boisseaux de froment », ont pendant plusieurs générations successives augmenté la misère et la morlalilé résultant de la cherté. En effet, comme tout le monde le sait, la fonction du négociant en gros, qui est traité dans le statut De Pistoribus c d'oppresseur public du pauvre peuple « consiste simplegaliser les approvisionnements sur le marché
. Ucky, Rationalitm, l. II, p. SU3-2M.
en empêchant une consommation trop rapide. Telle fut également la mesure qui, en 1815, pour diminuer la famine, prescrivit le prix des aliments ', mais qui l'ut rapidement abrogée après qu'elle eut fait entièrement disparaître du marche certaines denrées, et telles aussi les mesures, appliquées pendant on plus long espace de temps, celles par exemple d'après lesquelles un magistral devait déterminer les béiirjircs raisonnables des marchands de comestibles. Les tentatives J'ai Les pour lixer les salaires furent conçues dans le même esprit et curent, les mêmes cffels désastreux. Elle commencèrent par le statut des ouvriers sous Edouard III, cl cessèrent seulement il y a soixante ans, quand, ayant lorifihmijis galvanisé dans le quartier de Spilalfields une industrie en décadence, et entretenu là une population misérable, les lords elles communes renoncèrent enfin à faire décider par un magistrat quel serait le salaire d'un tisseur en soie.
Ici on m'interrompra probablement avec impatience : « Mais nous savons tout cela; l'histoire est vieille. Les maux causés par les ingérences dans les questions industrielles et commerciales, mil. été rebattus à nos oreilles jusqu'à satiété, et il n'est pas besoin de nous répéter la leçon ». Ma première réponse est que la leçon n'a jamais été convenablement étudiée par la grande majorité, et qu'elle a été oubliée par un grand nombre de ceux qui l'ont apprise. Car les prétextes mis en avant de nos jours pour édicler des prescriptions pareilles, ne sont-ils pas les mêmes que ceux d'autrefois? Dans le statut 35 d'Edouard III, dont le but était d'empêcher l'augmentation du prix des
1.DaTocqueville.fc'l«l de la société m France ara) volution, p. *2i.