‹ L'individu contre l'étatChapitre 19 sur 41 · Burton, Mission to Gedàe, Kiaij of Dahome, t. I, p · texte numérisé non relu

Burton, Mission to Gedàe, Kiaij of Dahome, t. I, p

chose cl confère ensuite la chose à son propre créateur.

De quelque point de vue que nous la considérions, la proposition de Bentham reste incompréhensible. Le gouvernement, dit-il, remplit son office « en créant des droits >. Le mot * créer » peut être entendu de deux façons. Il peut signifier tirer quelque chose de rien, ou il peut signifier donner une forme, une structure à quelque chose qui existe déjà. Beaucoup de gens pensent que tirer quelque chose de rien ne peut être* conçu comme possible même à la toute-puissance; el personne probablement n'affirmera que tirer quelque chose de rien soit de la compétence d'un gouvernement humain. La seconde alternative est qu'un gouvernement humain crée seulement en ce sens qu'il façonne quelque chose de préexistant. Auquel cas cette question surgit : t Quelle est cette chose préexistante qu'il façonne? » Évidemment toute la question roule sur le mot t créer » qui fait illusion au lecteur. (tcnlhain était très méticuleux à l'endroit de la propriété de l'expression, et son livre des erreurs yBoolc oj Fallacies) conlienl un chapitre sur i les termes-imposteurs ». Il est curieux qu'il ait pu fournir lui-même un exemple si frappant de la perversion d'opinion que peut produire un terme-imposteur.

Mais laissons de côlè toutes ces propositions inintelligibles, et cherchons quelle est l'interprétation la plus, soutenable de l'opinion de Bentham.

On peut dire que la totalité des pouvoirs et des droits existait originairement à l'étal d'un tout indivis chez le peuple souverain, et que ce tout indivis est confié, comme disait Auslin, à un pouvoir gouvernemental désigné par le peuple souverain à l'effet d'opérer la distribution. Si, comme nous l'avons vu, celte proposition que l'on crée des droits est une simple figure de langage, le sens intelligible de l'opinion de Bentham est celui-ci : une multitude d'individus, qui individuel-

LA GRANDE SUPERSTITION POLITIQUE. 133 lement veulent satisfaire leurs désirs et qui ont, en lanl qu'agrégat, la possession de toutes les sources de satisfaction aussi bien que l'autorité sur tous les actes îles individus, nomment un gouvernement, et ce gouvernement déclare de quelle manière et sous quelles conditions l'activité individuelle peut se donner carrière et obtenir les satisfactions. Observons ce qui est impliqué par là. Chaque homme existe sous un double aspect. Comme homme privé-, il est soumis au gouvernement; cumme membre de la société, il est un membre du peuple souverain qui nomme le gouvernement. C'est-à-dire qu'à titre d'homme privé il est un de ceux auxquels on accorde des droits, et qu'à titre de membre de la société il esl un de ceux qui, par l'intermédiaire du gouvernement nommé par eux, confèrent les droits. Passons de l'abstrait au concret et voyons ce que comporte celte délinition. Supposons que la communauté consiste en un million d'hommes qui, d'après notre hypothèse, ne sont pas seulement les copropriétaires du pays habité, mais encore les copropriétaires de toutes les libertés d'agir et de posséder, le seul droit reconnu étant celui de l'agrégat sur toute chose. Que va-t-i! suivie'.' Chaque Individu, tout en ne possédant aucun produil île son propre travail a, comme unité dans le corps souverain, un uullionnième de la propriété des produits du travail de tous les autres. C'est là une conclusion inévitable. Comme le gouvernement, d'après Benlham, n'est qu'un agent, les droits qu'il confère sont des droits à lui conilés par le peuple souverain. S'il en esl ainsi, de tels droits doivent être possédés en bloc par le peuple souverain avant que le gouvernement, pour accomplir son mandai, ne les confère aux individus; et, s'il eu est ainsi, chaque individu a la millionnième partie de ces droits à titre de membre de la société, tandis qu'il n'a aucun droit, à litre d'homme privé. Ceux-ci, il les acquiert seule-

L'INDIVIDU CONTRE L'ÉTAT, ment quand les mires memhrcs du million s'unisseni pour l'en investir, tandis qu'il s'unit à eux pour en revêtir chaque autre membre du million.

Ainsi, de quelque façon que nous l'interprétions, la proposition de lientliam nous laisse dans un tissu d'absurdités.

Même dans l'ignorance de l'opinion adverse des juristes allemands, même sans une analyse qui démontre que leur propre opinion n'est pas soutenante, les disciples de Henluam auraient pu traiter moins cavalièrement la doctrine des droits naturels. En effet divers groupes de phénomènes sociaux s'unissent pour prouver que celle doctrine est bien fondée, tandis que celle qu'ils lui opposent esl mal fondée.

Des tribus, dans diverses parties du 'monde, nous montrent qu'avant la naissance d'un gouvernement délini la conduite est réglée par des coutumes. Les Beebuanas obéissent à « des coutumes reconnues de longue date ï. Parmi les Mol.li/u Lots Koiauna qui « supportent leurs chefs plutôt qu'ils ne leur ouéisent 1 , i quand les anciens usages ne s'y opposent pas, chaque homme semble agir suivant ce qui est le droit à ses propres yeux'< ». Les Araucans ne sont guidés par e rien de plus que des usages primordiaux ou des conventions tacites* ». Chez les Kirghises les jugements des anciens se basent sur « des coutumes universellement reconnues s $. Des DyaUs aussi Rajah lirooke nous

1. Burditill. \V. J. Travels iulo tht Intérim- of Southern Africa.l. I, p. 54*

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