‹ L'individu contre l'étatChapitre 23 sur 41 · Wallace, A. R. Travels o · texte numérisé non relu

Wallace, A. R. Travels o

ï. Schooleraft. Expédition p. 177.

- ". Hartslicriii;. Fniiiiii/htly [Ir.riew, mars 1876. V. a r, Ceylon and the Cajionese, t. H, p. 219.

t-irt L'INDIVIDU CONTRE L'ÉTAT.

négatif qui lui donne un caractère éthique, dérive des conditions produites par l'agrégation sociale.

En effet, la création alléguée des droits par le gouvernement est si éloignée de la vérité que.au contraire, des droits établis plus ou moine nettement, avant que le gouvernement n'apparaisse, deviennent moins évidents à mesure que le gouvernement se développe parallèlement à celle activité militante qui, par la capture des esclaves et l'établissement de la hiérarchie, produit VÈlat; et la reconnaissance des droits, à son tour, n'acquiert de précision qu'autant que le régime militant cesse d'être permanent et que le pouvoir du gouvernement décline.

Si nous passons de la vie des individus à celle des sociétés, la même leçon en ressort.

Quoique le simple instinct de sociabilité pousse les hommes primitifs à vivre en groupes, cependant ils y sont portés surtout par l'expérience des avantages possibles de la coopération. A quelle condition celle coopération peut-elle naître? Évidemment à la seule condition que ceux qui unissent leurs efforts y trouvent individuellement profil. Si, comme dans les cas les plus simples, ils s'unissent pour exécuter quelque chose que chacun par lui-même esl incapable d'exécuter, ou exécuterait moins aisément, ils doivent le faire avec ce sous-enlendu : ou bien qu'ils partageront le hénélice (par exemple si quelques-uns d'eux prennent du gibier), ou b(en que, si l'un recueille à tel moment tout le bénélice (par exemple, si l'on construit une hutte ou si l'on défriche un petit terrain), chacun des autres. à son lour, recueillera un hénélice équivalent. Lorsque, au lieu de combiner leurs efforls pour exécuter une même œuvre, ils ont à en exécuter de différentes, quand nail la division du travail avec l'échange force des produits, l'accord implique que chacun, en retour de ce qu'il possède

1RA>'DE SUPERSTITION l'OLlTlyUE. 117 en excès, obtiendra à peu près l'équivalent de ce qui lui manque. S'il donne d'une main et ne reçoit rien de l'autre, il laissera sans réponse les futures propositions d'échange. On en reviendrai cet étal social absolument primitif où chacun fait tout pour soi. Donc la possibililé de la coopération dépend de l'accomplissement du contrat, tacite ou déclaré.

Or ces faits, qui se produisent nécessairement dès les premiers pas vers cette organisation industrielle, par laqoelle se soutient la vie d'une société, doivent nécessairement se produire, d'une façon plus ou moins identique, pendant touL son développement. Quoique dans une société organisée d'après le type militaire, avec son système de couli'iiinle L'ouvcrncmnitale résultent de la guerre permanente, les relations basées sur un contrat soient heaucunp moins apparentes, elles existent cependant en partie, Elles subsistent encore entre hommes libres et entre les chefs de ces petits groupes qui forment les unités des premières sociétés, nt. jusqu'à un certain point, elles sont maintenues dans ces petits groupes eux-mêmes, puisque leur existence, en tant que groupes, implique qu'on reconnaît à leurs membres, fussent-ils esclaves, le droit d'obtenir, en échange de leur travail, le nécessaire en aliments, vêtements et protection. Et quand la coopération volontaire remplace de plus en plus la coopération forcée, après que les guerres deviennent moins fréquentes et que le commerce se développe, quand la vie sociale, basée sur des échanges contractuels, suspendue pendant un Lemps, se rétablit graduellement, ce rétablissement rend possibles l'extension cl le perfectionnement de l'organisation industrielle par laquelle se soutient une grande société.

Lar, plus les contrats sont libres et leur exécution certaine, plus les progrès sont marqués et la vie sociale active. A puisent, ce n'est pas par l'un ou l'autre des

deux contractants que les effets pernicieux d'une violation du contrat sont ressentis. Dans une société avancée ils sont ressentis par de- catégories entières de producteurs et de vendeurs, qui se sont formées grâce à la division du travail; il arrive même qu'ils soient ressentis par tout le monde. Demandez à quelle condition Birmingham se voue à la manufacture de la quincaillerie, ou bien une partie du Slafibrdsliire à la fabrication de la poterie, ou bien le Laneaslnre au lissage du coton. Demande?, comment les populations des campagnes qui font, ici, venir du froment, là, paître le bétail, trouvent la possibilité de se consacrer à leur lâche spéciale, îles groupes ■■ •"■ peuvent séparément agir ainsi que si chacun obtient des autres, en échange de son propre excédant de production, une part convenable de leurs excédants. El ils obtiennent leur part respective des produits les uns des autres, non plus par échange direct, mais indirectement au moyen de la monnaie; et si nous recherchons comment chaque groupe de producteurs se procure la somme de monnaie dont i! a besoin, la réponse est : par l'exécution du contrat. Si l.eeds fabrique ries étoffes de laine et ne reçoit pas, grâce à l'exécution du contrat, les moyens de se procurer, dans les districts agricoles, la quantité rie nourriture qui lui esl nécessaire, il lui faut mourir de faim et cesser de produire des lainages. Si le pays de Galles fabrique de la fonte, sans recevoir un équivalent convenu qui lut donne le moyen d'avoir des tissus pour vêtements, il faut que son industrie s'arrête. El ainsi partout, dans l'ensemble et le détail. Celte dépendance mutuelle des parties, que nous constatons dans l'organisation de la société comme dans celle de l'individu, est possible seulement à la condition que chaque partie, tandis qu'elle exécute l'espèce particulière de fonction à laquelle elle s'est adaptée, reçoive sa part proportionnelle des matières néces-

LA GRANDE SllPERSNT.ION POLITIQUE, gaires pour se refaire et se développer, et que toutes les autres parties se soient unies pour produire, la proportion étant rétriée par accord, lin uulie, c'est par l'exécution du contrat que s'établit l'équilibre entre la production et les besoins, que l'on fabrique beaucoup de couteaux et peu de lancettes, que l'on sème beaucoup de froments et peu lie graines de moutarde. Ce qui prévient l'excès de production de chaque marchandise, c'es! qu'au delà d'une eerlaiue quantité, personne ne consentirait à eu prendre davantage, à la condition de donner l'exact équivalent en monnaie. Ainsi est prévenue une dépense inutile de travail pour produire ce dont la société n'a pas besoin.

Enfin, nous avons à noter le fait encore plus significatif que la condition unique à laquelle un groupe spécial de travailleurs puisse s'étendre, quand la communauté a besoin d'une quantité plus considérable de son espèce particulière de travail, c'est que les contrats seront libres et leur exécution garantie. Si au moment où, par manque de matière première, le Lancashire ne pouvait fournir la quantité ordinaire de tissus de coton, on s'était immiscé dans les contrats de façon à empêcher le Yorksliire d'exiger un prix plus élevé pour les tissus de laine qu'il pouvait fabriquer, puisque la demande en était plus forte, on n'aurait pas été tenté de placer plus de capitaux dans les manufactures de lainages, on n'aurait augmenté ni le matériel ni le nombre des ouvriers, ni la production de lainages, et, comme conséquence, la communauté aurait souHerl de ce que le déficit des tissus de coton n'eût pas été compensé par l'excédent des tissus de laine. <Juel tort considérable peut résulter pour une nation de ce qu'on empêche ses membres de contracter librement les uns avec les autres, on l'a bien vu par le contraste entre l'Angleterre et la France, relativement aux chemins de fer. En Angleterre, quoique les obstacles

150 L'IMBITIOB CONTRE L'ÉTAT,

aient d'abord été suscités par les classes qui prédominaient dans le parlement, ces obstacles n'ont pas pu empêcher les capitalistes de placer leur argent, les ingénieurs de fournir une habile direction, les entrepreneurs d'entreprendre les travaux; et le fort intérêt que les placements ont rapporte au débuL, les grands profits réalisés par les entrepreneurs, et les rémunérations considérables reçues par les ingénieurs, ont produit ce drainage d'argent, d'énergie et ij'habilelé, au profil de la construction des chemins de fer, quia permis de développer rapidement notre système ferré, et de donner à noire prospérité nationale un développement énorme. Mais quand M. Thiers, alors ministre des travaux publics, vint pour se rendre compte, et qu'après avoir été conduit partout par M. Vignoles, il lui dit : « Je ne pense pas que les chemins de fer conviennent à la France, » la politique adoptée en conséquence et contraire à la liberté des contrais retarda de huit ou dix ans le progrès matériel survenu en France après la construction des voies ferrées.

Que signifient tous ces faits 'Mis signifient que les industries, ies occupations, les professions qui pourvoient aux nécessités cl aux commodités' de la vie d'une société, pour s'exercer sainement et dans des proportions convenables, exigent, en premier lieu, qu'il y ail peu de restrictions à la liberté des contrais et, en second lieu, que leur exécution soit garantie. Comme nous l'avons vu, la limitation réciproque est la seule source des restrictions qui s'imposent naturellement à l'activité des hommes, quand ils se réunissent en société; il ne peut donc y avoir de restrictions aux contrats qu'ils font volontairement : s'immiscer dans ces derniers, c'est empiéter sur les droits à la liberté d'action qui reste à chacun, quand les droits des autres sont complètement respectés. Et alors, comme nous l'avons vu, la garantie de leurs droits implique la ga-

LA GRANDE S i: !'ER STITION POLITIQUE. 151 ran tic des contrats conclus, puisque la violation d'un contrai est une attaque indirecte. Lorsqu'un acheteur, placé d'un cùLé du comptoir demande au marchand, placé de l'autre côté, de lui donner pour un shilling de ses articles, et qu'au moment où le boutiquier a le dos tourné il s'en va avec la marchandise sans laisser le shilling qu'il est convenu tacitement de payer, son acte ne dîlïère pas essentiellement d'un vol. Dans chaque cas de ce genre, l'individu lésé est privé d'un objet en sa possession, sans qu'il reçoive l'équivalent convenu. Il a dépensé sa peine sans profit, il subit la violation d'une condition essentielle à l'entretien de la vie.

11 suit donc que reconnaître et garantir les droits des individus, c'est en même temps reconnaître et garantir les conditions d'une existence- sociale régulière. Dans les deux cas, il y a nécessité vitale.

Avant de passer aux corollaires qui ont des applications pratiques, remarquons cumulent les conclusions spéciales déjà tirées — si nous les examinons dans l'ordre inverse — convergent vers la même conclusion générale.

Nous venons de trouver que ce qui est une condition indispensable pour la vie Individuelle, cit. h ua double point de vue, une condition indispensable pour la vie sociale. La vie d'une -ucn ir. Qjsel que «oit celui des deux points de vue auquel on se place, dépend de la sauvegarde des droits individuels. Si elle n'est rien de plus que la somme des vies des citoyens, l'implication est évidente. Si elle consiste dans celle multiplicité d'activités varices que les citoyens exercent dans une dépendance mutuelle, celte vie composée el impersonnelle a plus ou moins d'intensité, suivant que les droits des individus sont garantis ou niés.

L'élude des idées ou des sentiments politico-éthiques

des hommes conduit à des cum.'l i.isîi'nis analogoes. Les peuples primitifs de types divers nous montrent que, antérieurement à l'existence des gouvernements, des coutumes de dale immémoriale reconnaissent les droits privés et en justifient le maintien. Les codes de lois, qui se sont développés indépendamment chez les difi'érentes nations, s'accordent à interdire certaines transgressions à l'égard des personnes, des hiens et des libertés des citoyens, et leurs concordances impliquent que la source des droits individuels n'est point artificielle, mais naturelle. Au Fur et à mesure du développement social, la loi formule avec plus de netteté et de précision les droits préétablis par la coutume. En même temps, le gouvernement se charge de plus en plus de les garantir. En devenant un meilleur protecteur, le gouvernement est devenu moins agressif; il a progressivement restreint son ingérence dans le domaine des actes privés. Enfin, de même qu'aux temps passés les lois étaient manifestement modifiées pour mieux les adapter aux idées courantes d'équiLé, de même à présenl les réformateurs de la loi sont guidés par des idées d'équilé auxquelles la loi doit se conformer, bien loin qu'elle leur donne naissance.

Ici donc nous avons une théorie politico-éthique, justifiée cl pav l'analyse et par l'histoire, tjue lui oppose-l-onV Une contre-théorie à la mode qui ne peut se justifier. D'une part, en constatant que la vie individuelle et la vie sociale impliquent toutes deux le maintien du rapport naturel entre le travail et le profit, nous constatons aussi que ce rapport naturel, reconnu avant l'existence du gouvernement, est allé toujours s'aflirmanl et se réaffirmant, toujours reconnu davantage par les codes de lois et les systèmes de morale. D'autre part, ceux qui, niant les droits naturels, en viennent à affirmer que les droits sont créés artificiellement par la loi, sont non seulement démentis

LA GRANDE SUI'EK S HT ION IHMITiQÏ lout nel par les faits, mais leur affirmation au déliait d'elle-même; quand on leur demande de la prouver, ils répondent par toutes sortes d'absurdités.

Ce n'est pas lout. I.e rétablissement d'une conception populaire vague dans une forme définie et sur une base scientifique nous conduit à une vue rationnelle du rapport entre les volontés des majorités et des minorités. Il devient manifeste que ces coopérations, pour lesquelles tous peuvent volontairement s'associer et pour la direction desquelles la volonté de la majorité doit prévaloir à juste litre, sont des coopérations pour le maintien des conditions nécessaires à la vie individuelle et sociale. La défense de la société dans son ensemble contre les ennemis du dehors a pour lin éloignée de maintenir chaque citoyen en possession des moyens qu'il peut avoir de contenter ses désirs, et de la liberté qu'il peut avoir d'acquérir d'autres moyens. Et la défense de chaque citoyen contre les ennemis du dedans, depuis les assassins jusqu'à cens, qui causent quelque détriment à leurs voisins, a évidemment la même lin, désirée par tous, excepté par les criminels et les gens de désordre. D'où il suit que pour la défense de ee principe vital, qu'il s'agisse de l'individu ou de la société, la subordination de la minorité à la majorité est légitime, tant qu'elle n'implique d'autres rcstriclions à a propriété et à la liberté d'un chacun que celles nécessaires pour la meilleure protection de celte liberté et de cette propriété. Eu même temps il suit qu'une telle subordination n'es! pas légitime au delà: en effet elle impliquerait une atteinte aux droits de l'individu plus forte qu'il n'est nécessaire pour le proléger, et qui entraîne une violation du principe vital qu'il s'agit de défendre.

Sous retournons ainsi à la proposition que le prétendu droit divin des parlements cl le droit divin des majoriLés qu'il implique sont des superstitions. Tandis

qu'on a abandonné l'ancienne théorie relative à la source ilf l'autorité de l'Étal, on a retenu la croyance à la non-limitation de cette autorité qui était un corollaire légitime de l'ancienne théorie, mais qui ne découle pliia de la nouvelle. Le pouvoir absolu sur les sujets, lui?i:|iifiN>'Ml départi à l'homme qui gouvernail, lorsqu'on le tenait pour un représentant de Dieu, esl attribué maintenant au corps qui gouverne, el dont personne n'affirme qu'il esl le délégué de la Divinité.

On nous opposera peut-élre que les discussions sur l'origine et les limites de l'autorité du gouvernement sont de la pure pédanterie. « Le gouvernement, diral-on, est forcé d'employer à accroître la félicité publique tous les moyens qu'il possède ou qu'il peut acquérir. Son but doit être l'utilité, et il est autorisé à userde toutes les mesures nécessaires pour accomplir des lins utiles. Le bien-être du peuple est la lui suprême, et les lëgi.slulcurs ne doivent pas être détournés de l'obéissance à cette loi par des questions relatives à l'origine et à l'étendue de leur pouvoir. » Peut-on s'échapper par là, ou n'est-ce qu'une issue facile à fermer?

La question essentielle soulevée concerne la vérité de la théorie utilitaire, telle qu'elle est généralement reçue, et la réponse à opposer ici, c'est que telle qu'elle estgénéralemenl reçue, elle n'est pas vraie. El parles traités des moralistes utilitaires, et par les acles des hommes politiques qui consciemment ou inconsciemment suivent leur direction, il est impliqué que l'utilité doit être déterminée directement par la simple inspection des faits présents et l'estimation des résultais probables;au lieu que l'utilitarisme, s'il est bien compris, implique qu'on se guide par les conclusions générales que fournit l'analyse expérimentale des fails déjà observés. • Ni les bons ni les mauvais résultais ne peuvent être accidentels; ils sont les conséquences né-

LA GRANDE SUPERSTITION POLITIQUE. 1S5 cessaires de la nature des choses; et c'est l'affaire de la science de la morale de déduire des lois de la vie et des conditions de l'existence, quelles espèces d'actes tendent nécessairement à la production du bonheur et quelles espèces à ia production du malheur 1 . « Les doctrines courantes des utilitaires, comme la pratique couranle des hommes politiques, témoignent d'une conscience insuffisante des rapports naturels de causalité. On pense d'habitude que, en l'absence de quelque obstacle manifeste, les choses peuvent être faites de telle ou telle façon, et l'on ne se demande pas si l'on est en accord ou en désaccord avec le cours normal des choses.

Les discussions précédentes ont, je pense, montré que les préceptes de l'utilité, et conséquemment les actes des gouvernements ne peuvent être réglés par l'examen de rails superficiels et par l'admission de ce qu'ils semblent signifier prima facîe, mais en raison el par déduction de faits fondamentaux. Les l'ails fondamentaux, auxquels doivent se rapporter tous les jugements rationnels d'utilité, sont que la vie consiste dans certaines activités el se soutient par elles; el que, parmi les hommes en sociélé, ces activité venant forcément à se limiter réciproquement, doivent être exercées par chacun dans les limites ainsi créées, el non au delà de ces limites : leur maintien devenant, par suite, la fonction des agents qui dirigent la sociélé. Si chacun, ayant la liberté d'user de ses facultés jusqu'aux limites fixées par la liberté semblable des autres, obtient de ses associés pour ses services aulanl qu'il mérite suivant eux par comparaison avec les services des autres; si les contrats universellement exécutés, procurent à chacun la part ainsi déterminée, et s'il est protégé, quanta sa personne et à ses biens,

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