‹ L'individu et la société (volume 2)Chapitre 10 sur 27 · L*ABUS DES LOIS DE L'ÉVOLUTION · texte numérisé non relu

L*ABUS DES LOIS DE L'ÉVOLUTION

Quand il n'y en a plus, il y en a oncoro. — EUns sont do plus en plus cyniques. — L'emboîtement des germes. — ' Les « emhoitements » de rhistoire. — Autres faits, autres causes. — Connais-toi toi-même. — Déterminisme. — Imprévu des causes déterminantes de la yolonté. — Jja volonté humaine et son arbitraire en l'histoire de l'évolution humaine. — A force de se répercuter à travers des inconnues, les lois évolutives sont loin d'aboutir à des résultats identiques. — La loi explique mais ne gouverne pas. — Encore la métaphysique. — Les résultats de l'évolution peuvent varier sans cesser d'être le fait de lois absolues.

Mais nos docteurs ès-science économique ne se sont pas arrêtés là. « Lois naturelles, lois inéluctables », cela étayait trop bien leurs affirmations, pour qu'ils n'essaient pas de nous faire entrevoir que tous le^ maux dont se

L'INDIVIDU ET LA SOCn'CTK

plaignait l'humanitû OLaient inévitables ; — d'aucuns ajoutent mi'nie nécessaires.

Aussi, depuis que la, 'théorie de l'évolution s'est implantée en histoire naturelle, tous les prophètes de l'économie politique voulant baser leurs théories sur une science dont ils ne connaissent que des mots qu'ils accommodent à toutes sauces, se sont empressés de décou- . vrir des tas de « lois naturelles » qu'ils essaient de fourrer partout. Or, comme le soulier de l'auvergnat, « cha tient de la plache », mais, au contraire de lui, le plus souvent, H ch'est très cliale », car cela ne tend qu'à justifier les infamies de la société capita-

II existait, autrefois, une Ihéorîe île « l'emboiteraent des germes a : c'est-à-dire que, selon la croyance en vogue, le premier être qui apparut sur la terre, contenait, en germes, toute sa descendance l'ulure; absolument comme ces sphères creuses, s'enfermant l'une dans l'autre et dont le nombre n'est limité que par la patience ou l'habileté du tourneur, et serait même infini si des possibilités exlérioures ne

l'empêchaient d'aller au delà d'une certaine limite tant en finesse qu'en arajileur.

Selon cette théorie, la géni^ration était hien Simple ; le preiuior chi'^ne, la première touffe d'herbe, apportaient, emmanchéales uns dans les autres, à l'état microscopique, mais avec leurs formes complètes, tous les clu'nes, toutes les toulles d'herbe qui allaient descendre d'eux, comme le premier hélier, le premier homme, portaient en le m^me état, les génétions à venir.

C'est cette théorie que l'on essaie maintenant d'appliquer à l'iiistoire. D'après ces nouveaux Darwin, l'Iiistuire des nations évoluerait.selon des « lois inuuuables »; le premier ■'événement contenant les événements uitéfîenrs; le premier acte de l'homme contenant en germe tous les actes de sa descendance. Le développement humain ne serait qu'une immense roue qui, Janssa rotation nous ramènerait alternativement tes mêmes scènes, sinon les mêmes personnages.

Lorsqu'il s'est agi d'expliquer l'évolution niorpliulogique des espèces végétales et animales, on avait sous la main des faits malériels qui servaient d*' points île repère penuetluiit tl"«limitier les caUMs d'erreur.

En t5tudiatit dessertes de squelettes ou jjuuvailsnivre reiicliaini'nient des e-spêces, ressouder, par la penst^.les chaiuonsnianqnants, avec iVspéraiic» de voir les conjonctures émises se continuer par les découv(>rtes paléonlologiques futures, Il y avait là des faits pour uinsL dire mi^caniqnes dont on pouvait suivre ta répercussion

Mais, lorsqu'il s'agit d'expliquer des faits psychologiques, i5uianant non plus d'un in^ . dividu, mais de niiltiurds d'i^lres dont la volonté répercutée des uns. sur Ja voloutû des autres. |H!Ul produire <les combinaisons A l'in- , Lorsqu'il s'agit d'interpréter des faits t nous ne connaissons pas l'origine, ui la ttion exacte, ccu\ iiui nous les rapportent î ayant vus qu'à travers leurs propres , on nous permettra d'être on ne iTplus sceptique qnant aux affirmations de

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ceux qnî prétendent expliquer les événements de l'histoire, l'évolution des sociétés, à l'aide des mOmes lois qui Régissent les organismes.

Or, c'est la maladie actuellement à la mode, chez les économistes, de vouloir « concréter » en « lois naturelles » aussi absolues que celles qui régissent la matière plastique, les faits d'ordre psychologiques, et, surtout, les aberrations de leur ceiTeau.

Quand il nous est impossible d'analyser nos propres sensations, de démêler, dans nos actes, les sentiments qui nous ont fait agir, il nous semble on ne peut plus prétentieux de vouloir démtMer, codifier les lois qui font agir des sociétés pendant des générations, où les causes d'erreur se multiplient par le nombre d'êtres qui les ont formées.

On m'objectera qne la volonté humaine n'étant déterminée que par des faits matériels extérieurs, ce sont ces derniers qui la régissent et que, par conséquent, il n'y a nulle hérésie â vouloir en déterminer l'évolution.

Les actes de l'homme sont déterminés par des circonstances extérieures; sa volonté n'est

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L'INDIVIDU Eï LA SOCIÉTÉ

les unes des autres, parfois; imperceptibles le plus souvent, et que c'est faire œuvre de présomption de vouloir rechercher des lois immuables dans l'évolution intellectuelle de l'humanité, et encore bien plus prétentieux de vouloir déjà les codifier.

Je suis de ceux qui ne croient pas aux hommes supérieurs préparant les événements au gré de leur stratégie ; mais l'humanité ayant été assez bête pour subir l'autorité de certaines individualités, leur fournir assez de puissance pour entraver son évolution, et la taire plus ou moins dévier, il n'en résulte pas moins que ces individualités, si minime que l'on veuille supposer leur intluence, ont une action quelconque sur l'évolution générale.

Que ces individus privilégiés soient plus ou moins entraînés, eux aussi, par les événements, cela est hors de doute; que leur iu- ^ fluence aille s'amoindrissant, cela est incontes- Ejtftble, et il est à espérer que jilus le niveau in*

tellectael haussera, plus ces indiTidaalilés perdroDt de leur iofloeDce.

Mais, somma tùate. cettâ inflaenca a,'t^ assez fait sentir pour contribuer à bâter e faire reculer réroIoUon biuuaiiie. à la faire dévier, pemlant qd certain temps, en an sens oa on antre. Nombreases sont, an conrsJ l'histoire, les personnalités qni, en scieDCCfl art. en politique, en religion > alors qœ c ci avait de l'intlueitoe sur les foules) onl t beoreuse ou néfaste, une action sur les g ratiotis.

Hais, nous l'avons tq, la volonté deO dividns, qui ont pesé sur l'évolnliou bor maiue, étant dépendante de causes intérieures, dépendant elles-mêmes d'autres causes qui, par leor nombre, ou les circonslances on elles pouvaient se produire, multipliaient leurs combinaisons à rinfioi, si inlinies que [ leurs résultats peuvent nous paraître tout à

,t arbitraires. Et c'est comme s'ils l'étaient, nous ne pouvons pas fsire la part meols qui entrent en eux.

(les foules, plus prépoudéraute

;core elle est, sur les événements qui remplissent l'histoire. Qm pourra jamais démêler les causes de leurs actes, l'aire la part de chamobile I

'elle foule, prête à accomplir un acte quel- BÔnque se trouvera arrêtée par une voix s'élevant (le son sein, et lancée à accomplir un acte tout dilïérent de celui pour lequel elle se mouvait primitivement. Or, il aurait pu se faire que l'inconnu qui l'a ainsi détournée, eût la colique ce jour-là, et ne fût pas sorti de chez lui. L'histoire eût été ainsi changée, sans que les événements accomplis cessent de s'enchainer, pourtant.

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u événement en engendre un autre; mais cette répercussion devaulyse faire à travers cerveaux humains, il en résulte des déliions impossibles à calculer.

Ce qui fait l'erreur des économistes, — et aussi de nombre de soi-disant évolutiounistes c'est qu'ils veulent que les luis qu'Us re-

cherchent ou prétendent avoir Irouvtes, aient été établies dès les débuts de l'apparition de la vie. D'après leurs raisonnements, la nature serait un être anlhropomorphique doué de raisonnement et de volonté et aurait, dans sa sagesse, décrété que l'évolution se ferait suivant telle ou telle règle dont rien ne pourri entraver la marche.

Or, il n'est rien de tout cela. La naluri l'ensemble de ce qui existe, sans personu; aucune, sans conscience, sans volonté pi conçue. Les matériaux qui forment l'univers ont des propriétés qui les font s'associer dans certaines conditions, se répuiser en certaines autres. Les associations de ces matériaux produisent des propriétés nouvelles qui agissent encore, et, en dos conditions particulières, donnent naissance à des combinaisons nouvelles qui, à leur tour engendrent de nouvelles propriétés, et ainsi à l'infini. Voilà ce qu'on nomme des « lois naturelles ». L'évolution de notre système solaire a ' .donné naissance à notre globe terrestre tel que nous le voyons. IMiiis il aurnil pu se faire

que les combinaisons produites, aient eu à se faire en des conditions autres qu'elles ne se sont faites, et donner naissance à un monde tout autre que celui qui est. Ce n'en serait pas moins la nature, et l'évolution n'en aurait pas été moins l'évolution. C'est que les « lois naturelles » nous expliquent bien les phénomènes, mais ne donnent pas les propriétés, ne créent pas les circonstances ou conditions de milieu, de temps et d'espace. Et s'il est si difficile de trouver les causes qui régissent la matière inerte, qu'est-ce donc alors qu'il s'agit de l'évolution d'êtres pensants?

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