ALTERNANCE DES RE6RES ET PROGRES DE LA PENSÉE
Les réclamations commencent à se préciser. — Ghassécroisé d'arguments. — Et la question s'embrouille en s'éclaircissant. — On peut demander la disparition de TEtat tout en restant fortement autoritaire. — « Le sel de la terre ». — L'aristocratie intellectuelle aide à la démolition do Tautorité. — Pas plus de la sienne que de toute autre. — Les bourgeois eux-mêmes veulent détruire l'Etat. — Action et réaction. — On dépasse le but lorsque l'effort n'est pas mesuré. — Entité contre entité. — Sainte métaphysique î — Conception nette.
Mais cet avilissement de l'individu que re • ligions et sociologues ont, de tout temps, voulu justifier, n'allait pas sans soulever des protestations.
L'iNPIVIDi: Kï I,.\ SOinÉTÉ
Certains socialistes qui, eux, -voulaient arileniment transformer la société actuelle, au profit des exploitée ; qui voulaient que l'organisation sociale assurât à tous, le Lien-i5tre, en leur Iburuissant les moyens île se dévelop- IKTpliysiquemeuletintellecluplieinent, étaient lombes aussi, en ce travers: la société primant sur l'individu. Ils réclamaient dn pnnvoic 11- iionheur pour tous.
Les économistes, défenseurs du capital, se f^'iMidarinérent contre ccttfe prLHenliou de vouloir faire servir les rouages gouvernementaux ;i l'iillVanobissenienl de la classe qui produit. Ils furout amenés à nier à l'Etal, certains droits, certaines possihililésd'agir, .Après l'avoir fait le maître de tout, ils en vinrent à lui l^ontester toutes les attributions dont il s'était emparé. Aujourd'hui, les économistes veulent la disparition complète de TEtat. Tou-
s ses fonctions: perception de l'iiiipôl, police,
B,juslice,etc., devraient se transformer en
feprises capitalistes, se chargeant à leurs
ses et périls de fournir aux consomma-
î les services que l'Etat leur fait rendre
l'individu KT la SOGIÈTft
aujourd'hui. De sorte qu'ils peuvent se réclamer de la liberté la plus absolue. L'Etat, puis qu'il n'existerait plus, ne pourrait plus inter- J?enip en les relations entre salariés et salal^iants.
Mais comme ils conservent toute l'organisa- Uon économique, comme l'argent, loin d'iîlre
Jàétruit, lui, serait la seule force de leur état tocial, on peut se demander ce qu'y auraient Stagné les travailleurs, La police ne serait plus 'ée par un budget prélevé sur tous. Ce se- "ait une compagnie financière quelconque qui
^l'entretiendrait, la solderait de ses deniers, la louant à ceux qui en auraient besoin. L'agence Pinkerton des Etats-Unis, nous prouve que (Dur ne pas être officiels les soldats de cette ;ence privi'e n'en sont pas moins féroces lorsqu'on les lance sur les grévistes, et que si le mode de Ibnctionement en est changé, les résultats en sont les mêmes.
Donc, l'idée de l'Etat est combattue aujom-d'hui. par certains économistes défenseurs du Capital, pendant que d'autres cherchent de nouveaux^argumcnts pour le fortifier; de même
L'iNDIVmU ET LA. SOCIÉTÉ
■ parmi ceux qui veulent la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme, lesuns veulent s'empai'er de l'Etat et de sa puissance, les autres veulent sa disparition complète, mais, de plus que les économistes bourgeois, veulent le retour à la société, la mise à la libre disposition de tous, du sol et de l'outillage mécanique qui ne sont, aujourd'hui, que les instruments d'exploitation. Et c'est ce qui ajoute à la confusion des idées, de celui qui ne sait pas, de voir des individus, semblant vouloir la même chose: l'atlranchissement des travailleurs, se combattre comme ennemis, étant divisés sur la question principale, l'Etat.
Comme on s'est révolté contre le pouvoir
personnel, on s'Insurge aujourd'hui contre
l'autorité sociale. Mais les idées vont vite à
.notre époque. Aussi, après avoir épuisé tous
Iles arguments, les partisans de l'autorité ca-
^tallstc, en sont acculés à revenir à l'afflrma-
flion purn f'i simple qu'étant «l'aristocratie, »
E se
isélection intellectuelle de l'humanité, c'est "eux que revientle droit de la guider dans son évolution ; et que pour pouvoir tranquillement accomplir cette mission, il leur faut courlier masse sous leur exploitation.
Pour que les classes supérieures puissent se développer intégralement, il Tant les soustraire à la nécessité des « basses » besognes, il faut, par conséquent, une masse astreinte à l'accomplir servilement: pour que ces privilégiés puissent acquérir les connaissances vouis leur permettant de diriger l'humanité, il it que la multitude reste condamnée a l'i- ;orance. Voilà ce que, aujourd'hui, certains nt affirmer au nom de la science. Après )ir passé par toutes les formes de la démo- .tie, voilà comment la pensée eu revient à laoiutisme, au droit divin.
S'il n'y avait que les tliuriféraires de l'ordro
capitaliste pour soutenir ce raisonnement, cela
( serait rien, mais ces idées de domination
;"8i l'individu et la société ^|
1 se font également jour chez beaucoup d'arli^^^ tes, de littôraleurs qui clamt'nt contre 1p «pli^H listin » contre le « Lourgeois, » contru ^H Tègnede l'argent, mais ont, au fond, un égal d^^H dain de la « vile multitude » dont la raison d'^H tre, selon eux- serait de peiner et suer pour Ï^H «sel delaterre »,qu'ilsontla prétention d'étr^J
Comme les bourgeois, ils se croient « l'élite » fle l'humanité ; conitiie eux, ils se croient trop îiristoci-atiques pour pi-endre part aux «basses» ■Jjesognes de l'humanité. L'ouvrier qui produit de ses mains devant se trouver très heureux de leur produire le luxe et l'oisiveté. ^M Ce sont eux qui ont commencé à se pl^^H au-dessus du pouvoir, delà morale couranle )t des mœurs ; Elite 1 ils ne relevaient que d'euxjiêmes. Selon eux. le pouvoir devait se borner à refréner les appétits de la classe servile, k contenter de prélever les impôts pour les épartir en grasses rentes aux « intellectuels » fin de leur permettre de donner libre cours ,leiir imagination, à leur iiriginalité, pourle^-, seltxe â m<?me de n'avoir à .s occuper que ^É fa^touBjtf Uuls- iatailigeuce. ^fl
li'iNDiVinU ET LA SOClÊfê
► Encore, aujourd'hui, il faut les entendre vi- Bpéver coittri! « l'immonde » société qui lu^ Bit pas récompenser le talent, lorsqu'un des leurs ne meurt pas avec trois cent mille francs , B rente. Leur haine du bourgeois ne provient Be de ce qu'il ue les accepte pas, eu parasi- \ sa lal>]i'.
Mais tout cela n'allait pas sans donner de ; Coups aux. institutions. En niant au ■pouvoir le droit d'opprimer « l'ai'istocratie intellectuelle », en réagissant contre l'oppres- , siou de ses iiividualités, en proclamant pour ,
B siens le droit d'évoluer selon leur nature, ^tte aristocratie ouvrait la brèche à ceux qui, fans s'embarrasser « d'intellectualité, » vou- . lient les mêmes possibilités pour tous.
La vérité ne s'est pas fait jour d'un seul ioup ; c'est progressivement que, ce que l'on féclaraait pour les uns, on est arrivé à com- ^ prendre qu'il fallait l'étendre à tousj non seulement au point de vue d'une justice plus ou \
jnant pour l'tître humain, l'autonomie la plus camplète, les taisait raisonner comme si cet tUre, cet individu, existait seul eu l'univers, armé, par conséquent, de tous les droits, de toutes les possibilités, n'ayant à tenir compte d'aucun autre é.lre ni des droits et possibilités de ras autres iMresI
L'individu-eutite est le fruit de cet esprit métapliysique de l'homme qui le pousse à-antliropomorphiser lescréations de son cerveau, ou les idées abstraites, qu'il n'arrive à se représenter qu'eu les affublant d'un corps et d'une volonté faits à son image, mais qui, après lui avoir servi à combattre l'erreur, 1 traînent vers d'autres absurdités.
Celle façon d'envi sager l'individu soiis d'entité, ramène ([u.; ■ i ■';■ i..
nement jusqu'en m l'antagonisme socliii .,.1. {..ji iivec l'organisation hnL'iale nclii reiir des invidiialiU':; j l;i fiii;i> Mackav, Ti!
r/INDlVlDI' ET LA snciftTfc
cratique, dérivé lui-mèine, de l'aiithropocen-
trismc qui a toujours hanlé l'imagination des
iommes, leur faisant toujours ramener cha-
e chose à Ifur personnalité, ne pouvant s'i-
lagiuer que quelque chose puisse exister qui
%nl une utilité à leur intentiou.
! est difficile à l'homme d'avoir une piT-
tïon nette des choses, de penser juste, de
:S autres et lui-m(?mc, ;'i leur vali'ur res-
iclive.
Lorsqu'il ne s'aplatit pas devant les entités 3 crée son imagination, devant les idoles isse son ignorance, c'est pour sehausr lui-ratoe sur les écliasses que lui fournit 1 orgueil, son « moi »; il le dresse en toute Ptconstance, mais c'est alors un « moi » détesuré augmenté de tous les «moi b qui ayant hr valeur respective, t'ont que la réalité somî encore une fois devant l'entité.
3 n'est que lorsque l'individu sera arrivé I, comprendre que, s'il ne vaut pas moins i'uii autre, il ne vaut pas davantage, que i droits ne dépassant pas sa possibilité à i réaliser, il doit tenir compte des autres
possibilités qui, sur sa route, demanderont à à se réaliser que, revenu à une perception plus nette des choses, il se gardera des écarts d'imagination qui lui font adorer les idoles sorties de ses mains, lorsqu'il ne s'adore pas lui-même.
maa
l'écrasement de l'individu
Bonne composition de Thomme. — Défauts du manque de culture. — Gêne matérielle et gène morale. — L'esclavage commence à Tenfance. — La vie végétative de l'ouvrier. — L'alcoolisme. — Esclavage éternel. — La nature inconnue du serf de l'usine. — La souffrance croît avec sa connaissance. — Supériorité de l'état de la brute. Le riche n'est pas le « sel de la terre ».
Malgré tout, il faut qu'il soit une bien bonne bote, rhomme, pour ne pas être devenu enragé depuis qu'on l'exploite.
Dès l'enfance, le travailleur fait l'apprentissage de ce que sera plus tard la vie pour lui.
Tout autant que le bourgeois, l'ouvrier aime sa progéniture ; mais, plus rude, inoins
L'iNnivini: kt la société
affiné en ses sentiments, surtout en sa façon de les exprimer, il lui échappe, dans ses relations de famille, des marques d'impatience, des observations injustes moins bien déguisées, des fautes de tact que le manque d'éducation propice lui empêchera de remarquer, di-s coups de colère, plus fréquents, par suite de la situation pire où il se trouve ; c'est la ■ femme et l'enfant plus faibles, qui en souffrenl.
S'il est de bonne Imnieur, le père, jouera avec l'enfant; mais s'il est agacé, énervé, si lui-mi^me a eu à souffrir d'une injustice à l'atelier, si le travail ne donne pas, il sera grognon, de mauvaise humeur, l'enfant devra se réfugier en un coin du logis, y rester coï, s'il ne veut pas attirer l'orage sur sa tête, orage qui se traduit par de sèches injonctions ; rester tranquille, des gifles s'il se le fait 'épétor trop souvent.
Le bourgeois, lui, s'il esl de mauvaise hut s'isoler en un coin de ses appari, défendre qu' (>.„ \e dérange ; ordinai- ;n a une pièç^^ ^«^daV «4 \^.s enfants
peuvent s'ébattre en toute liberté. Dans les logements d'ouvriers Impossible de s'isoler ; on est enlassé les uns sur les autres ; c'est dans la mâme pièce qu'est habituellement forcée (le se tenir toute la famille, ce qui multiplie journellemeut les occasions de s'énerver et de s'impatienter. Continuellement, l'enfant est tarabusté, puni, frappé, sans raison plausible : tout simplement parce que les parents sont de mauvaise humeur, se sont disputés ensemble, ou ont éprouvé un désagrément quelconque.
Entre temps, il faut qu'il aide aux soins du ménage, garde les frères et sœurs plus jeunes, s'il y en a, U voudrait jouer, courir, s'agiter, s'ébattre et remuer, il lui faut rester immobile en un coin parte qu'il n'y a pas d'espace pour cela, parce que le' bruit pourrait gêner les voisins, parce que; les parents, étant mal disposés, cela leur casse la tête.
arrivé à l'-^ge de douze ou treize ans, un
peu plus tôt parfois, guère plus tard généralement, il lui faut quitter l'école et prendre le chemin de l'atelier.
Enfermé de dix à duuze heures par jour dans des locaux le plus souvent mal appropriés à leui" destination, il lui faudra trimer sans relâche, tout eu subissant les engueulades du contre-maître ou du patron ; les rebuffades des ouvriers dont il devient le domestique et le souffre-douleur
Cela ne l'empêchera pas, le soir, rentré à la maison, dccuiitiiiueràcontribuer aux soins du ménage. Les commissions chez les oûmmerçaiits, la vaisselle, chercher l'eau, avec, en plus, punr la fille, d'aider la mère à l'entretien du linge de la maison, l'accompagner le dimanche, au lavoir. A côté de son rôle d'esclave social, celle-ci fait, en sus, l'apprene de son rôle d'esclave de la famille.
Kn prenant de l'âge, lejeune homme devient un peu plus indépendant, Il sort avec les camarades, va an concert, paîise les nuits à boire
là courir les bastringues, lait «sa vie de gai--
»I II s'amuse I arrivant ainsi jusqu'à l'heure où le réclame le service militaire.
On connaît ce que peut produire le militarisme : l'ccrasemtiufc le plus complot de l'individualité, l'abaissement des caractères, la destruction de toute initiative, l'habitude de l'obéissance passive, voilà son œuvre. Inulilc
î s'y appesantir.
^yant quitté le métier militaire, celui qui a pu îiapper à l'avachissement complet, reprend graduellement les habitudes de la vie civile, sans jamais arriver pourtant à se débaiTasser de l'empreinte que luiaura imprimée la vie de caserne. 11 se marie, vient ensuite la fa mille, et alors, c'est la lutte pour l'existence, dans toute son âpveté qui commence pour lui, LevÉ le matin dès cinq heures, il lui faut se hâter de courir à l'atelier pour y rester de dix à douze heures, avec une heure de relâ che .seulement pour le déjeuner. Et des treize el quatorze heures en certaines régions in-
dustrielles. Ayant, parfois près d'une heure de chemin pour se rendre à l'atelier i s'il ne s'en trouve pas éloigné à plus de vingt minutes, il vadéjeunerchez lui, il a alors quarante minutes démarche, sur les soixante d'eutr'acte que lui accorde la munificence patronale.
Pendant ces dis, douze, treize ou quatorze heures de présence à l'atelier, il lui faudra, sans parler, sans lever la tête, Iravailler, toujours travailler parce que pèse sur lui le regard du contre-maitre, ou que l'entraîne dans sa course vertigineuse le volant de la machine dont il est Forcé de suivre le mouvement, et qui, elle, ne s'arrête jamais.
Rentré à la maison, vers les sis, sept et mâme huit heures du soir, harassé de fati- ' gue, il mange et se couclie sans avoir eu le temps de penser à rien. S'il éprouve le besoia lie savoir, si l'activité de son cerveau le pousse à connaître, h cltercher une nourriture intellectuelle, il ne pourra la satisfaire qu'en rognant sur son repos, sur son sommeil. Mais On comprendra qu'il faut être exceptionnelle-' ment doué pour résister à la compression et
î pas so laisser aller à l'acLion déprimantu du milieu.
Et il en sera ainsi jusqu'à la lin de s«s jours, moins que, du samedi au lundi niatiU: il ' courre d'un marchand de vin à l'autre, Wchant, dans l'alcool, l'oubli des tracas ibituels, une surexcitation Factice contre la ^pression qui l'enveloppe peu àpeu. A moins encore, comme cela se passe en beaufeap de naâticrs, il ne travaille le dimanche ^qa'à midi, ou pis encore, n'ayant plus ii'UDe journée de sortie par mois, ce qui lait a*il n'a juste de repos que pour sentir da- &ntage la fatigue.
' Et, semaine après semaine, mois après mois, année après aimée, il en sera ainsi jusqu'à la fin de son existence, à moins que les privations, le surmenage ou les risques professionnels, ne l'aient fourbu avant l'âge, ou que l'âge lui-mi^me. ne l'ait rendu incapable de subvenir plus longtemps aux Irais de son existence, il ne vienne échouer — s'il a des protections — en un de ces hospices de la vieillesse où, assure:, il est vrai, de la pStée,
il reprendra la vie de caserne. Mais s*il est dépourvu de protection, ou s'il lui répugne de se soumettre à la réglementation de l'hospice il ne lui restera alors d'autres ressources que la mendicité, les asiles de nuit jusqu'à ce qu'il tombe sur le pavé. On lui fera alors la grâce d'un lit d'hôpital pour y mourir.
Et des millions d'hommes, génération par génération passent ainsi leur existence, arrivant à la mort, sans avoir seulement pensé à se demander quelle place ils avaient tenue sur la terre, encore bien moins en l'univers.
Le printemps, périodiquement, fait éclatai* les bourgeons en frondaisons teintées des verdures les plus claires et les plus variées ; la sève circule, ch^irriant la vie à pleins canaux ; Tété fait éclore les fleurs à foison, aux couleurs les plus éclatantes, les plus diverses de teintes et de tons; la campagne, les bois, se parent des couleurs les plus belles, des ramures aux teintes les plus harmonieuses; les
^^^Keaux modulent leurs chants les plus enj^^^anteurs; les ruisseaux, les rivières coulent,
semant la fraîcheur sur leur passage, assourdissant le glûu-glou de leurs flots, en glissant sur le gravier do leur lit, des foules innombrahles d'êtres humains, auront, toute leur vie, ignoré celg, ne connaissant des fleurs que les spécimens étiolés que leur vend l'horticulteur aux fêtes patronales, n'ont jamais vu des bois que les coins où, le dimanche se préci- - jjite la foule, n'ayant jamais entendu que le aage des oiseaux élevés en cage, triste emfeme de leur propre existence.
Et encore, pour les citadins, combien n'ont ï franchi une fois par an le mur d'enceinte.
1 ne sont que les privilégiés qui, une demi- Buzaine de fois l'été, peuvent se payer le Ste d'une « promenade » à la campagne, en Tamille; promenade qui, lorsqu'il y a des en' fants, n'est qu'une fatigue ajoutée aux autres, car les moyens de transport coûtant cher, on ne peut aller loin, et il faut faire la meil- , leure partie du chemin à pied; les gargotiors feant k faire en un jour, le bénéfice de toute
L'IN'DIVIDU ET LA SOi^IÉTÉ
la semaine et en trois mois, celai de toute l'année, il fant, pour économiser, emporter ses rivres, l'homme porte les gosses pendant qne la feomie charrie les provisions, ce qui, le plas souvent, amène, à la tin de la journée, de la mauvaise humour de part et d'autre, heureux encore quand la « pahie de plaisir »
n'engendre pas une occasion de sf disputer.
Inutile de dire que la mer, les montagnes, les chefs-d'œuvre de la nature comme ceux de l'ai-t, les trois quarts ne les connaissent que par les chromos s'étalant à la devanture des libraires. Et puis, il faut bien l'avouer, la vue de ces merveilles ne leur manque même pas.
Combien peu sauraient les apprécier ? Est-ce que le travailleur a le temps de s'occuper de ces fadaises I
Où donc trouverait-il le temps d'en prendre connaissance? Peines, misère, privations, douleurs et fatigues, voilà toute sa vie- Il n'y a pas, là, place pour les sentiments artis- , tiques, pour les spéculations philosophi- (jues, pour le besoin de culture intellectuelle. Comment pourrait-on penser à la beauté d'une
cliute d'eau, à la grâce d'une statue de Praxitèle, s'enquérir de la diiFérence d'un Puvis de Chavaone- et d'un Greuze, alors que l'on ne sait pas si, le lendemain on aura du pain à donner à ses enfants? Comment pourraiton ressentir le manque des connaissances intellectuelles, quand toutes vos facultés sont absorbées à garder la place qui vous 'fait vivre, vous et les vôtres, ou quand, pis encore, il, faut larechercher. Et lorsque, malgré tout. Je cerveau du déshérité se hausse à la conception de toutes ces choses, ce n'est alors qu'une souifrance de plus, car ce sont des besoins nouveaux qu'il éprouve encore plus difficiles à satisfairL'. Et s'il îirrive à la conception philosophique de la solidarité des êtres, ses souffrances s'augmentent encore, car.
inôme, au milieu d'une situation privilégiée, il souiïre alors de la douleur des autres. Seulement, alors, il se révolte.
Et c^est à cette vie qu'est condamnée la
plus grande partie des êtres humains. Vie, je ne dirais môme pas de brute, caria brute est libre dans ia pampa, la forCt, la jungle, la savane ou le steppe. Elle va, vient, court, bondit en toute liberté, humant l'air libre, allant aux quatre coins de son aire d'habitat, s'arrôtant lorsqu'elle se sent fatiguée, marchant quand elle en sent le besoin, mais libre I libre et ayant ses grilTes et ses crocs, son adresse ou son agilité pour se défendre contre ses ennemis.
Si, parfois, la lutte pour l'existence est dure; si la proie est rare ou pas à portée chaque fois que s'éveille la faim ,>si les ennemis, en certaines occasions, supérieurs en nombre ou eq force, contraignent l'animal ^ défendre sa vie pu son territoire de chasse, il If 'est pas, (Ju moins, asservi par ses sem- Jjlaljles qui l'esploiteiit, le forcent à galoper^ alors que les bois oijibreux riqcitent au repos, à rester immobile alors que son système nerveux excité par le sang qui bouillonne en ses artères, ne demande qu'à dépenser l'excédent
de l
i qui rimpijlse.
C'est la loi du plus fort en toute son hor" reur. Soit 1 Du moins c'est la lutte, la lutte avec les armes que vous tenez de l'évolution de votre espèce. Il n'y a pas de conventions préétablies, pas d'institutions vous mettant la camisole de force de leurs lois ai-hitraires, vous livrant pieds et poings liés à vos adversaii'es, lorsqu'elles ne procèdent pas ellesinilmes à votre égorgement. C'est la lutte, mais la lutte contre les espèces dissemblables et non entre individus de la même espèce.
Non, ce n'est même pas la vie animale que vit le travailleur, c'est la vie végétative, presque inconsciente du mollusque qui s'attache au premier rocher venu, s'y fixe, y mange, s'y reproduit et mem't n'ayant rien connu du grand Océan où il a vécu, exposé sans défense aux attaques de ceux qui se repaissent do sa substance.
Arrivé ignorant dans un état social qui s'onorgueillit de sa science, le travailleur s'en retourne sans s't^tre rendu compte de la place que son espèce tient dans l'Univers, sans savoir de quoi il esl composé, sans connaître
L'IN'DIVIDU ET I.A SOmÉTli
en verlu (te qu.'lles forces il Si' meut: Travailler, manger, boire, dormir et prucréer, voilà son lot. D l'accomplit sans même se demander pourquoi il l'accomplit.
Et pour le réconforter de son abjection quelles consolations a-t-il ? Voir les privilégiés couler leurs jours dans l'oisiveté et Tabondance, ne sacbani, la plupart, comment tuer le temps, crevant d'ennui et de satiété, se traînant d'un lieu à un autre, mais trop blasés pour pouvoir jouir de la beauté des sites entrevus.
Tous les plaisirs, toutes les distractions, toutes les jouissances, sont à leur portée, ils n'ont que l'embarras du clioix, mais ils en sont saturés, le plaisir ne leur dit plus rien. Ils n'auraient qu'il étendre la main pour cueillir tout ce qu'ils pourraient s'assimiler des connaissances humaines, eux non plus n'eu éprouvent pas le besoin.
Les arts, les sciences leur ouvrent leurs trésors, le nombre eu est minime de ceux qui éprouvent le besoin d'apprendre. Coiubien, sous un vends superliciel d'apparente ins-
truction, cachent l'ignorance la plus crasse, le cerveau le plus vide I
Et c'est pour ce résultat négatif que les trois quarts de l'humanité sont voués à la misère, à l'ignorance.
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