‹ L'individu et la société (volume 2)Chapitre 14 sur 27 · LA MORALE · texte numérisé non relu

LA MORALE

CodiUcatiuii de la iiiorîilo. — La roligiuii s*oii mélo. — liitervoiitioii do la couscionco. — Timidité de l'esprit c^iti({lll^ — La moralité de riiomme. — (Jloiitradictioiis.

— Définition du bien et du m;»!. — Complications des sensations. — Képercnssion de nos actes. — Positivisme et idéalité. — La morale étant né(î, n'est (jue relative. — L'état social engendre la morale. — « Juste milieu ». — La morale en conflit avec le « bien » de l'individu. — Conflit entre la morale et l'individu.

— L'esprit métaphysique partout. — Les actes n'engendrent ni récompense ni châtiment ; ce sont des faits matériels qui engendrent des répercussions matérielles. — Lîi moralité se dessine en les conséquences de l'acte par rapjwrt à d'autres êtres. — La théorie ne suit que la prati<iue. — Ce n'est pas amoindrir son autonomie de sul)ordonner son action à la nature de son être. — L'enchaînement des êtres. — L'individu est sa propre fin. — Le bien de l'espèce découle du l)ien de l'individu. — Le bien immédiat n'est pas toujours un vrai bien. — Complexité des sensations. —

[ôsni'te les systèmes religieux, suivis de Lien près par les politiques, vinrent apporter . le poids de leur puissance, à cette œu\Te de codilicalion, avec cette aggravation, qu'avec la ' tradition et la coutume, les mœurs, sous rem* ipire des circonstances pouvaient se transfor- 'iner progressivement. Avec le code religieux ce '•fut la cristallisation de certaines conceptions, < avec défense d'évoluer, car la morale présentée comme étant d'essence divine, sacrilège était celui qui essayait de la modifier.

Cliaque être humain naissait à la lumière en portant gravés, au plus profond de son cœur, des enseignements qu'il devait suivre ^n toutes les circonstances de sa vie sous peine 'être poursuivi sans cesse, par les cris de sa conscience », personnage muet quoique ter- ■felement bavard, si on en croyait ceux qui it anthropomorphisé cette abstraction.

Après les divagations de la religion ou, pour plus juste, des religieux — vinrent les rades philosophes. Inutile de les passer revue, nomlireux sont les bouquins, pelits gros, qui out fait ce travail, laissons-les

dormir en pais. Il a fallu arriver au développement des sciences anthropologicpies qui, .

étudiant l'homme d'un peu plus près, ont vu un peu plus clair dans les manifestations de l'activité de la matière pensante.

Mais, même chez les anthropologues, persistent encore les préjugés de l'éducation première, et laplupai't n'osent aller jusqu'au bout des conséquences de 3a vérité entrevue.

On a reconnu pourtant que, contrairement aux assertions qui voulaient que l'homme fût primitivement: bon, selon les uns, mauvais, selon les autres, il n'était qu'un être déterminé par toutes sortes de conditions extérieures au- , tant qu'intérieures: conditions de milieu, sol, climat; atmosphère, liérédité, éducation, état de santé, etc. Ni bon, ni mauvais, par conséquent, mais obéissant aux mobiles du moment I qui l'impulsent.

Du coup, la question de morale se trouve légalement tranchée, l'homme n'étant, de sa ■aature, ni moral ni immoral, « amoral »

bout simplement: agissnnt. pour la plupart, du ■ temps, sous la pression de mobiles qui échap-

. pent à son contrôle.. La logique voulait que l'on conclût à son irresponsabilité.

Quelques-uns l'ont proclamée théoriquement, mais en continuant de préconiser dans la pratique tout le système judiciaire, pénitentiaire et répressif que Ton devait aux anciennes notions de morale. Seulement on a fait intervenir l'idée de défense sociale, restaurant ainsi, au pTofit de Tentité-société, la question de morale qui leur échappait en l'individu.

En somme, qu'est-ce que la morale?

De toutes les définitions données la plus nette, la plus précise est encore C(dle donnée par ce primitif Australien qui, au voyafçeur qui l'interrogeait, répondit:

C'est « bien » quand j'enlève la femme d'un autre, — c'est « mal » quand on m'enlève la mienne.

Or, si on scrute la morale, et toutes les définitions données, nous trouvons toujours, ^-^^ dernière analyse, que ce qui est (( moral »

pour chacun, c'est ce qu'il trouve aiien » c

.qui lui cause un plaisir, une jouissance;

« immoral » ce qu'il trouve « mal » ou lijj , cause un déplaisir, uoe souffrance.

Mais comme ce qui cause une jouissance | [ Pun, peut offusquer les sens d'un autre, est suivi que les notions de morale od

varié selon les foyers d'évolution.

Et ce sontces sensations debien^ou de m^

do plaisir ou de souffrance qui ont évolué aya

notre cerveau, avecnos connaissances, la Gori ' plexité de nos relations et que l'on a vonXa . codifier sous le nom de a. morale », mais doffl^ . la mobilité et sa facilité à changer selon Id|

conditions de la vie, dément l'origine saprs terrestre, dont l'évolution nie, à l'avance, too^

tentative de codification.

Née des premiers contacts dcl'^^treâpeuprôï

fc conscient avec le milieu extérieur, la notioij

flu bieu et du mal continuera d'évoluer avei

Mais la réponse de l'Australien, c'e fttemière sensation, tout à fait individuelle plus tard, en évoluant, sont venues se greP

fer les considérations de l'elationsindividuelles puis cellesd'ordre social, einbromllant la question en la compliquant.

11 a fini par comprendre que ce qui était

«bien» pour lui, pouvait être un «mal» pour

■un autre. Quand il a en à subir les représail-

E. les de celui auquel il avait enlevé la femme,

lil ï'est aperçu qu'un « bien immédiat » pou-

fvait Cftve suivi d'un « mal « plus intense,

Iquoique pins tardif, et ses notions de morale

s'en sont, trouvées modifiées.

D'autre part, l'autorité et la propriété s'étaî)iiflsant au soin de la société, elles ont modifié, 5 aussi, les conceptions de morale. L'orîre social, ou du moins ceux qui le représenifenl.étantonconllit permanent avecceux qu'ils tfiulent dominer, ils ont établi des notions de ^len et de mal absolument en désaccord avec »lles que possédait l'individu, en antagonisme [avec son propre bien.

Seuleiïient comme on ne pouvait, sous peine

e rébellion, imposer à l'individu la renoncia-

Bon complète à la satisfaction de certains

psoins, à l'oubli perpétuel de sa personualité

au profit (.le la société, les maîtres élaborèrent, une morale dite supérieure que l'on enseigna aux exploités. Idéal élevé à la réalisation du- ([uel devaient tendre tous leurs elîorts : morale supérieure qu'ils devaient essayer de pratiquer, quittes à faire inoins s'ils ne pouvaient la réaliser entièrement, La loi ou le bon plaisir du maître se contentèrent du minimum qu'ils pouvaient exiger de l'individusans éveiller les sentiments de révolte (jui dormaient chez lui. Seriné dès son enfance, l'individu se pliait aux exigences du niaîlre, on de la loi, sentant sa raison s'égarer sur les notions du bien et du mnl, acceplaiit ce qu'il hg pouvait é\i\jîY, honteux de son imperfection en songeant aux préceptes de morale « supérieure » que lui enseignaient les prêtres et les philosophes.

Mais cette morale soi-disant « supérieure yf, ioi-disant innée, n'a pas toujours fait partie ' intellectuel de l'homme. Comme î. les conuaissancosliumaines, elle a évo- [etant certains préceptes qu'elle avait comme moraux jusque-là. s'enrîaut de certains autres qu'elle n'avait pas

- t'INDIVIDU ET r,A SOCIÉTÉ

Bupçonnés. Les conceptions morales Immai-

ï se sont modiliéea suivant l'évolution des

Jiports d'individu à individu, d'individu i

"autorité, de groupement social à groupement

social.

Sur cette question, comme sur tant d'autres, on a discuté, ergoté, entassa» système sur système, élaborant des lois « inéluctables » que l^'îa moindre découverte réduisait ensuite à l'éâat d'erreur. On a d'abord pris les conséquen- 8 pour des causes, ânonné sur des faits que 1 prétendait expliquer sans en connaître la ise génératrice; et aujourd'hui encore, jis prônent ]amorale,les autres la nient sans 3 l'on soit arrivé à se mettre d'accord sur sa finition.

3 uns, les partisans de l'autorité, après ' voulu faire apporter par l'homme en laissant les notions de morale qui devaient " guider ensuite dans les péripéties de son dstence, prétendent, aujourd'hui, asseoir la poralité sur des conditions extérieures à son ividualité. C'est sur sa vie en société qu'ils ïrétendent étayer leur morale, et c'est en effet

LlNDIVlDU ET I,A SOCIÉTÉ

teairede quelqu'un, en retour on est sûrement

s réactionnaii'e de quelque autre. Cette digres-

^on faite, je reprends ma démonstration.

La morale sociale at^tuelle découlant de la

ïforme autoritaire, exigeant de l'individu des

ictes contraires à son intérêt immédiat, forcé-

thent, en est arrivée ii entrer en conflit avec

Bfes conceptions que l'individu se faisait sur

î qui lui est personnellement bien ou mal.

Tant que l'individu a accepté sans contrôle

s notions que lui inculquait l'autorité, il a

ÉAccepté cette dernière sans la di.scuter, mais

Mla n'empf'chait pas son cerveau de faire un

(eut et sourd travail de raisonnement qui a

Ramené ses conclusions en désaccord avec

Seélles que lui inculquait l'éducation.

Nous assistons aujourd'hui à la lutte aiguë, èais il est évident que, tout le long de son évofîution, il a opposé une sourde résistance, inansciente comme son raisonnement, le plus ©uvent, mais de tous les instants, pourtant, îont/'aint de se plier à des pratiques que son ti'O instinctivenientrepoussait, forcéde lutter fentre le besoin qui l'entraînait h accomplir

semblables; la métaphysique n'a rien à voir à cela.

Si l'iïtre était appelé à évoluer isolément, s actes ne seraient ni moraux ni immoraux.

11 en est ainsi, du reste, de beaucoup que Spencer dans sa Morale individuelle a baptisés ainsi, mais n'ont rien à voir avec ces épithètes. Ce n'est que par un restant de cet esprit métaphysique que nous rencontronsà chacun nos pas que l'on arrive à les classifier [■'de la sorte.

Certains actes sont utiles on nuisibles à

l'individu. Et lorsque ces actes lui apportent

plaisir ou peine, ce n'est ni récompense ni

châtiment, qu'ils lui infligent, mais tout sim-

ilemeut des conséquences qu'il aurait pu

frévoir si, au moment d'accomplir ces actes,

avait eu présent, en l'imagination, toutes

5 conséquences qui allaient être soulevées

son action.

n'est que lorsque nos actes commencent

à avoir des effets pour les autres qu'ils entrent dans le domaine de la morale.

Qu'un individu, par exemple, par gloutonnerie, s'empiffre de boustifailles, jusqu'à en attraper une indigestion. Nos moralistes viennent nous dire que cet individu a été « puni » de sa gourmandise, par l'indigestion qui s'en est suivie ; c'est une façon de parler, car s'il avait eu un estomac assez actif pour sécréter assez de sucs gastriques pour digérer tout ce qu'il a absorbé, il n'aurait ressenti aucun malaise de son acte qui serait resté la môme pourtant.

Jusque-là, il n'y a ni moralité, ni immoralité dans^son acte ; il subit tout simplement les eifets matériels d'un acte matériel, en contractant une forte indigestion s'il s'est empli la panse outre mesure.. Il n'a eu, tout simplement qu'un acte agréable — le plaisir de la dégustation — suivi d'un effet désagréable — rindigestion.

Ou l'acle commence à rcviHir un caractère moral, c'est ]ors(iue le monsieur s'est empif- IVé oulro mesure, tout eu sachant qu'à côté

de lui, il y avait d'autres êtres moaraut de besoin, n'ayant pas de quoi assouvir leur faim.

De même, pour l'ivrogne, en tant qu'il est seul à supporter les effets de son intempérance, la morale n'y a rien à voir; où elle commence à se dessiner, c'est par les etTets que peut avoir un alcoolisme invétéré sur la descendance d'un alcoolique. Mais ici, encore, ce n'est pas le l'ait de s'alcooliser qui serait moral ou immoral, mais le fait d'engendrer des descendants, tout en sachant qu'ils pourront apporter les tares de leur origine.

Mais comment établir nos responsabilités à l'égard de ceux qui n'existent pas, quand nous ne sommes pas encore fixés sur celles qui nous incombent à l'égard de ceux qui nous entourent.

Si, en accomplissant un acte quelconque, l'individu n'en récolte que des résultats heureux — ou qu'il considère comme tels — il . incité à les répéter et continuera à les répéter sans y apporter aucune idée de mo- !alïté ou d'immoralité, tant que k^s effets lui t personnels.

Mais si Vaclc, ne lui est favuraljle qu'en enlevant à d'autres les satisfartious qu'il lui procure ; si la répétition de cet acte est de nature à lui amener des représailles de ceux qu'il aura lésés, l'individu sura amené ainsi à modifier son action.

Ce n'est que bien plus tard, au cours deson développement, qu'il y ajoutera une épilhète; et qu'il sera indifférent, glorieux ou blâma- Lie d'accomplir tel ou tel acte. Dans l'évolution humaine, la théorie qui cherchait, à expliquer nos actes n'étant toujours intervenue qu'après que l'expérience les avait fait entrer en la pratique.

Tout ce que nous pouvons en conclure, c'est qu'il n'y a pas de morale absolue, et bien moins encore pcul-elle être (ixe ; puisqu'elle évolue avec nos connaissances, avec nos aptitudes, avec nos conceptions nouvelles de la vie.

De méuie elle nt; peut comporter aucune sanction que la satisfaction personnelle de l'individu. Ce qui est agréable à l'un peut être désagréable à l'autre; l'immoralité justement,

serait de se plier à accnin]jlir ce que l'on trouve mauvais, mal, « immoral » par conséquent.

■ lu

De plus, elle doit être sans « obligation », joutent, à la suite de Guyau — sans l'avoir lu, sans doute — les purs individualistes.

Cai-, eu parlant de noii-obligatiou, Guyau veut dire, sanscoercition, sans les obligations factices que nous imposent les préjugés, mais il ne nie nullement les obligations qui découlent furci-''inent d'une façon d'agir ou des rap- .ports des êtres enti'e eux. Les obligations ne iDvent nous être imposées que pai- notre raiuement, voilà tout.

lus logique que ceux qui visent à l'épate, ,yau tient compte des faits ; il démontre [ue, subordonné à son organisation physique, l'ôtre humain ne peut considérer comme des obligations les actes qui lui sont imposés par son organisation propre pour l'entretien de son activité, la conservation de la vie.

Ainsi, par exemple, ne pouvant maintenir son existence, ses forces et sa santé qu'en absorbant, chaque jour, telle quantité de nourriture et de boisson, ce n'est pas une restriction h sa liberté de se conformer à ce besoin de son organisme.

Etant appelé, de par son évolution, à vivre en société avec ses semblables, il est, [de même, absurde de venir prétendre que c'est restreindre son autonomie de s'abstenir d'actes pouvant être nuisibles à ses coassociés, et pouvant, par suite, amener conflit entre eux et lui.

Lorsque l'homme pourra développer toutes ses facultés, bien se connaître, il subordonnera ses actes aux nécessités de la vie en commun, cela se fera spontanément, parce que ce sera naturel chez lui d'agir ainsi, sans qu'il se sente en rien diminué en sa liberté d'agu\ Seulement qu'on le sorte d'un état social où, quoi qu'il fasse, n'importe de quel côté il se tourne, il se trouve immédiatement en coucurronco avec quelqu'un.

Où il y a amoindrissement de la personna-

lité, restriction à son autonomie, c'est lorsqu'une ligne de conduite lui est imposée par une volonté extérieure à la sienne. C'est à la disparition de cette possibilité de coercition que doivent tendre tous les efforts humains.

Nous l'avons vu en un chapitre précédent, l'individu n'est pas une pure abstraction ; c'est un être réel tiré à des centaines de millions d'exemplaires ; de plus, ces divers individus ne peuvent s'abstraire du milieu dans lequel ils vivent, ne peuveat s'isoler les uns 4es autres. Leurs actes ont des effets sur leurs semblables, les actes de leurs coassociés ont des effets sur eux.

s Engendré et engendreur, l'individu subit les effets des générations passées, comme les générations futures subiront les effets des actes qu'accomplit l'être actuel. Chaînon dans une chaîne sans fin, il tire ceux qui viendront après lui, conmie il subit la traction de ceux qui le précédèrent.

I autant, de conceplions iiiélapliysiques qui em-

\ brouillent la question et ne signifient rien.

jf L'individu agit en vue de son bonheur pro-

[ pre. S'il riSussit a se développer, à se fortifier,

l'espèce en profite, l'évolution de l'humanité

', on profitera, niais l'individu a agi d'ahord

pour lui, parce que cela Ini était agréable,

l'espèce et l'humanité n'en profitent que.par

HHÏfJCOchel^-

P^B'Si, aujourd'hui, nous n'cnsimnnes plus sur p^Jës notions de « bien et de mal », à la définition du « sauvage » citée plus haut, c'est que J l'expérience des générations passées nous a 1 démontré que, parfois, l'acte qui nous amenait un « bien » immédiat, pouvait Hre suivi ( d'effets ultérieurs nous causant un « mal » que ne compensait pas le « bien » dont nous , avions joui.

Après avoir trouvé très « moral » de s'accaparer les femmes des autres, le « sauvage « . duscL'iulaiici' ont fini par s'apercevoir

qu'ils n'étaient pas toujours les plus forts dans leurs agressions, et qu'il en cuisait quelquefois d.e gêner le voisin.

Ils comprirent que leurs rapts étaient suivis de retours offensifs de la part des spoliés et qu'enfin de compte l'état de crainte, de guet et de qui-vive perpétuel leur était plus insupportable que ne leur donnait de satisfactions le bien conquis.

Leurs notions morales se modifièrent insensiblement sur ce sujet, et ils arrivèrent à se dire que, parfois, il pouvait être aussi « mal » d'enlever la femme du voisin que le voisin de vous enlever la vôtre *.

Mais tous nos actes ne sont pas aussi tranchés que celui-là en leurs effets ; pour la plupart d'entre eux la délimitation est des plus difficiles, ce n'est que par ceux dont l'effet était immédiat que l'être vivant apprit à connaître la valeur de ses actes.

i. Modifiée! bieu plus eu apparence 'qu'en fait jusqu'ici; car si on n'enlève plus de vive Ibrce la femme du voisin, il est toujours de (( hou Ion » de le faire cocu, toujours mal d'ùtre cocu soi-môme.

Quelques-uns de ses actes pouvaient être indifférents à tout son entourage ; il a continue à les accomplir tant qu'ils ont répondu, pour lui, à un besoin, à une sensation. Certains autres pouvaient n'être agréables qu'à celui qui les accomplissait, absolument désagréables aux autres. Sur ceux-là Fauteur dut être bientôt édifié, et eut vite appris à en tirer la moralité.

D'autres, les plus nombreux, s'ils étaient indifférents à la plupart de ceux de son entourage, avaient une répercussion plus éloignée, mais agréable sur certains, désagréable sur d'autres. Ce sont ceux-là dont la moralité a été la plus longue à tirer, et n'est.même pas faite, puisque nous en sommes encore à discuter sur les questions de morale.

Ce qui- complique encore la difficulté, c'est que cette répercussion agréable ou désagréable, que font éprouver les actes, varie non seulement en qualité, mais aussi en intensité ; selon les milieux, selon l'éducation, selon les circonstances, selon l'état d'esprit et de développement de ceux qui la ressentent.

Tel acte qui fora riœ les uns — répercussion agréable — fera pincer les lèvres de tels autres — répercussion désagréable. Et cexit qui rient, comme ceux qui' font la moue, peuvent avoir également l'aisou. L'absurde c'est (l'avoir voulu codifier la morale, d'avoir voulu' la faire unique et invariable, les caractère» humains, les degrés de développement, les façons d'envisager les choses étant variés ù Tin fini.

Ce qu'il faut, c'est que l'état social perng aux individus d'évoluer selon leurs c lions, de se rechercher selon leurs affini de se séparer de ceux dont les manières d'^ de penser et d'agir sont antipathiques',!

leurs.

La morale doit être individuelle; ellé^ comporte pas d'autre sanction que la vo qui agit. L'individu qui n'agit que d'après la morale des autres est un t-tre fourbe, hyjj crite, M immoral » par conséquent.

Quand il sera arrivé à un développement plus grand, quand son cen-ean arrivera à prévoir au delà du résultat immédiat, à peser les conséquences ultérieures d'un acte, l'individu, de liii-uiéme n'accomplira que des actes sociables.

Et plus l'intelligence se développera, plus notre cerveau apprendra k scruter les fails, plus s'élèveront nos conceptions morales.

Tout en cherchant, avant tout, la réalisation de notre propre "bonheur, nous apprendrons à ne pas le séparer de celui des (?tres avec lesquels nous serons en contact.

Nous perdrons de notre agressivité pour adapter notre action à des faits ne pouvanl susciter aucune réclamation de nos.sembla- -;ble8. Cette fai;on d'agir s'înflltrant progressivement dans nos hablludes, nous arriverons insensiblement à subordonner notre activité à notre raison, i"! lui donner toute l'extension ipi'elle comporte sans entraver celle de nos voisins, sans que nous soyons pour cela moiridris dans notre aulononiie.

Page 1