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LA LIBERTE ET L ASSOCIATION

L'associati-on pour le mieux. — Divagations des autoritaires. — Inatilité de récriminer sur le passé. — L'é- Tolution varie avec les conditions de départ. — Coordonner, n'est pas abdiquer. — Liberté n'est pas extravagance. — L'asservissement engendre le mauvais vouloir. — Généralité de l'état d'esprit anarchiste. — On no veut le pouvoir (jue contre les autres. — La peur de Tinconnu. — L'homme en revient toujours à lui-même. — L'apprentissage de la vérité.

Quelle que soit rorigine des sociétés, il est de toute évidence qu'elles ne furent qu'une union, toute spontanée, d'efforts en vue de tirer un plus grand profit, avec^une]dépense moindre de forces. L'idée de domination et d'exploitation ne pouvait se faire jour qu'au sein des groupes, au cours de leur évolution. Mais de

autres Jusqu'à ce qu'elles produisent des idées . nouvelles.

Ainsi, l'un des arguments où triomphent les défenseurs de l'ordre de choses actuel, c'est lorsqu'ils s'écrient : « Mais rien ne va sans raison dansla nature, l'évolution ne se faitque sous la pression de causes qui s'engondrent les unes les autres. Les phases par où a passé l'humanilé étaient nécessaires, inévitables, même; si l'espèce humaine les a suivies, c'est qu'elles lui étaient profitables, vous êtes des fous, des utopistes, de vouloir changer quelque chose à leur marche. »

A-t-il été utile à l'espèce humaine que ceux qni la composaient se soient dévorés les uns les autres, que la minorité ait asservi, exploité la majorité? a-t-il été profitable à l'humanité qu'une partie seulement de ses membres fût seule, à trouver la saliafactiou complète de ses besoins? que la possibilité ds développer toutes ses facultés fût réservée à un petit nombre au détriment des autres? Nous laissons aux thuriféraires du fait accompli le soin de l'affirmer.

BlTIDU ET LA SOCIÉTÉ

Nous ne perdrons pas non pins not,re temps à rechercher si cela aurait été mieux autrement: nous ne pouvons faire que ce qui a été ne soit pas. A (juoi bon récriminer devant le

fait accompli? Que ceux i|ui y sont intéressés justifient le pashé, ce que nous avons à chertîher, c'est à sortir du milieu qui nous opprime.

C'est ici que certains économistes plus ou moins teintés de la théorie de l'évolutiou, et des principes du déterminisme, viennent nous dire que, « l'hommi^ n'étant pas libre, n'agissant que sous la pression de causes extérieures» j quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, il sera toujorf le jouet des causes ambiantes; qu'il ne peâ en rien, modifier son évolution. »

Ces économistes ne savent ce qu'ils dlsed Si leur raisonnement était juste, pourtfC perdraient-ils leur temps à écrire de g lûmes pour défendre l'étal de choses existait qui se défendrait bien lui-même s'il était v qu'il fût une conséquence inéluctable du ( veluppement humain?

a Ceci engendre cela », c'est un l'ait positlH

Mais, dans un tir à longue portée, il suffit, au départ, dans la ligne de mire, d'une déviation de l'épaisseur d'un cheveu, ou que le vent qui souffle ait plus ou moins de force pour que l'écart du projectile se traduise, à l'arrivée, par une dilTérence en mètres; de même, dans le départ de l'évolution humaine, il eût suffi d'une cause infinitésimale dans l'établissement des relations des premiers êtres pour lancer l'humanité en une tout autre voie.

Nous n'avons nullement la prétention de faire que ce quia été ne soit; mais nous disons que, aujourd'hui, la volonté individuelle pouvant intervenir dans le processus de l'évolution de l'espèce, le devoir de chacun est de chercher à s'orienter vers ce qui lui semble le mieux, au lieu d'accepter passivement les choses qui lui semblent mauvaises.

Il est bien vrai que l'homme associé, s'il veut tirer profit de son association, doit subordonner son action à l'action de ceux avec les-

quels il s'est uni, voiJà la part de vérité contenue dans l'argumentation auloritaire; mais, où il y a erreur, c'est lorsque, arbitrairement, on en conclut que, du moment qu'il concerte et combine ses efforts avec ses semblables, l'homme abandonne unepart de son autonomie — qu'il ne posséderait, du reste, jamais complètement, d'après ces raisonneurs, puisque, n'étant pas libre de ne pas manger, s'il veut vivre, de ne pas dormir, de n'i'trepas Halle par certains parfums, incommodé pai- certaines autres odeurs, pas libre de ne pas être malade, pas libre de ne pas mourir, sans compter les mille et une autres nécessilés naturelles, il s'ensuivrait que la liberté ne doive jamais être pour lui qu'un mot. puisque, pour agir, il serait eiicoru forcé d'aliéner le peu ([ui lui reste.

L'argument est spécieux. Qu'est-ce que la I liberté, si ce n'est la faculté d'agir au mieux r de nos tendances, selon les besoins de uotei

individu physiologique et psychologique.

I moins d'être un déti-aqué de spiritualisîÉ

ayant la « vile matière » en dégoût, qui a j

^ais eu la prélenlion de s'affranchir des besoins physiques de notre corps?

Si, avec d'autres camarades, je m'attelle îi me voiture pour la mener à l'endroit où j'ai besoin qu'elle soit, il est de toute évidence que je n'irai pas tirer en arrière pendant que les autres tireront en avant; ici, le simple bon sens m'indique que jedois faire converger mes eflbrts avec ceux de mes associés pour aboutir le plus promptement possible au résultat dé-

w Et, alors, au nom de quelle logique pour- ■^ait-on en conclure que j'ai aliéné ma liberté parce que je n'ai pas chcrcbé à contrarier les efforts de ceux qui ont concouru au même but que moi? En quoi mon autonomie en serat-elle amoindrie parce que je n'aurais pas cherché à agir au rebours du sens commun?

Qui, en parlant de justice ou de liberté, a jamais prétendu alîranchii- Thomrae des nécessités de sa nature ? Et de ce qu'il est soumis à des nécessités physiologiques, en quoi cela istifie-t-il l'autorité que des semblables vou-

justi

di'aioul l'aire peser sur lui? — Je ne puis me

t passer de boire, manger et dormir, mais je me I passerai fort bien de l'autorité de celui qui ( vienl prélever la meilleure partie de mon tra- [ vail ou veut m'enipécher d'agir selon les nfl I cessités de ma nature.

Pour que des contradicteurs, qui ne sod I pas aveuglés pari'esprlt d'autoritarisme, puïâ , seul imaginer ou prendre au sérieux de sea

ilables objections, il faut qu'ils n'aient pu î t rivera abstraire leur pensée d'une société o^

tout étant imposte, contrarié, se fait mal et ed I rechignaut.

Comment veut-on que les individus ne { [ cabrent pas devant les besognes qui leurs 1 imposées et leur répugnent? Vous avez Tîi| [.société où, H chaque moment, les individu I sont entravés en leurs mouvements; foro< §do subir des cuntacls qui leur répugnent, i Ique leur infligent les nécessités sociales ! ■Juelles, il est compréhensible que rautoritS Fparaisse indispensable pour les forcer aux h les que repousse leur nature. Mais cett f-nécessité est artiiiûielle comme les causes c [.l'engendi'cnl, et ne veJiez pas nous ériger vos

tre ignorance comme but de l'évolution humaine.

Ayant toujours vu les relations sociales s'opérer sous la férule de l'Etat, n'ayant jamais fait acte d'être humain sans l'estampille ou le visa d'un pouvoir religieux, économique ou militaire, il est impossihle aux individus de nos sdiîiétés (le s'imaginer un état social où les relations pourraient librement s'établir d'individu à individu, d'individu à groupe, de groupe à groupe, sans autre sanction que leur seule volonté, sans autre sauvegarde que leur seule bonne foi, leur sympathie pour leurs semblables, le mutuel respect de l'initialive d'autrui, la conscience nette de ce qu'on vaut soi-même, de ce que valent les autres.

L'idée générale, qui prédomine h notre époque, est une diminution des attributions de l'Etat, une restitution, par conséquent à Fin-, dividu de la part d'autonomie qui lui a étfej ■ enlevée. Chacun— àpart quelques exceplions,-^ — veut être libre d'agir selon ce que bon lui, semble, personne ne désire être entravé en son évolution. L'idéal que l'un îUTive à se

\»0H i/inm)IVjdt; kt la société

r.'iin» du n bon goiivrTnernent » serait un ;?oti- M'iiHMiinii (|ni iM» so uu'\**ruit d^t rien, n»jiiï l;n^si'i;iil rnii'c nos jx'lilos allaires particiilitrii's. snns vrnir y lourrrr le nez «l'un fonctionn.'iii'<Mpn'l('on(|n(' ;on hNmj aurait pas le pouvoir an r.is (n'i il rn aurait l;i V(»llcit«}.

Ml on nr s"a|MM(:oil pas quo rirléal furmulé .'linsi ««si. liMil sinipItMurnl. ri(lt;al anarchiste. |ini »((n"nn;»:nnvrnirnHMit réduit à fvs proportion . n«' :;«'i';iil plus un ^Gouvernement, n'en srrnil plus(|ur rap|h'n-<»ncn; Tanarchiste- plus |o;'i«(n(». nr\«Mil, (Ml plus, que la disparition du luncliniin.'iin» avec ccllr de la fonction.

Il y ;i. rlhv riionini(\ di's vestiges de nieni- |)ri'^;nu .'ipp;n'«'ils alro])|ii(';s ((ui un luisontplus d".'iu<'un«» ulilih\ mais ix'uvcnt, en certaines i'niidiiinir; l'Irr |;i cmusc (h' tn''S j^raves maladi.v;. rnlr;nn;inl la niorl parfois. Du moment (|u«» l'on r«M'onn;n"l ((U(* les fonctions de l'Etat (loiNcnl rlr«M'r'dnihvs, mu |)oinl que, graduelhMUi'nl, i\u \o\\\ l«'s lui cnleviT toutes, ne laiss(His lirn suhsis|iM(l<» s('s fonctions, de crainte {\\u\ n'étant utih* à riiMi, il m» continue à être toujours un dan;j[er.

Ce qui aiTt'te les individus de tirer la courlusimi logiijuo de. leurs raisonnoraenls, c'est que, envisageant toujours la société actuellcj avec l'organisation antagonique des intérêts, ils ne voient pas sans terreur les individus livrés à eux-mêmes, sans pouvoir pondérateur. Ils se les imaginent que, sitôt délivrés de leurs chaînes, ils s'occuperont de s'en recharger mutuellement.

Pour nous imaginer une société ILbre.ilnous faut faire tahle rase des institutions actuelles, il faut imaginer un état social où les individus n'auront pas à disputer, à leurs voisins, le morceau de pain, on ils n'auront pas à déloger d'une position le concurrent qui leur obstrue la place. Loin d'avoir à redouter la concurrence de leurs semblables, les individus trouveront avantage à s'entr'aider.

Mais, pour se faire une conceplion nette de ce que pourront être les rapports entre les individus émancipés, il nous faut rejeter tout ce bagage d'erreurs, de sophismes, de préjujiiiious précuUfues qui n'ont cours

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flue [parce que, jusqu'ici, on les a admises

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sans contrôle. Nous les avons tellement entendues rabAcher depuis notre naissance que nous les avons acceptées comme vérités acquises, sanspenser î'i les analyser; ce n'est qu'avec de très grandes difficultés, après bien des luttes avec nous-mi'mes que nous arrivons à les concevoir autrement: Aussi, lorsque nousvoulons nous faire un tableau de l'état social futur, ce n'est qu'à travers les institutions actuelles que nous arrivons à nous en former une vague esquisse.

Du reste, l'honirae, quelle que soit son imagination, ne peut tabler que sur ce qu'il connaît. C'est pourquoi, même dans ses ri^ves de plus vague spiritualité, il n'a fait qnerééditer ce qu'il avait sous les yeux,etdonnersoncorps à ses plus vagues entités.

Absolument comme ceux qui, cherchant à se taire une idée de ce que pouvait être la vie sur les planètes que l'on suppose habitées, et ne voulant pas l'imaginer identique à la mitre — que rien ne force, eu etïet, à ftre semblable, — se sont mis l'imaginalion k la torture pourcréerdes formes nouvelles et u'ontabouti.

en somme, qu'à cancaturep les formes que nous avons sous les yeux.

Ils ont emprunté au règne animal sa queue, rSes cornes, ses ailes, ses plumes, ses écailles, ;pour ajouter à l'habitant qu'ils supposaient, lui ont donné des bras et des jambes en plus, lui ont semé des yeux un peupartout; ilsl'ont fait raarchei- sur les mains, à quatre pattes, voler en l'air, ont exagéré certains organes, en ont supprimé d'autres, mais en fin de compte n'ont rien trouvé que nous n'ayons sous les yeux.

Pour la société future cela ne se passe pas autrement- On retape les vieilles institutions, on ralistoleson organisation, on rajoute àl'une ■ce qu'on retranche â l'autre, mais impossible de se l'imaginer sans les pouvoirs qui, jus- "qu'à ce jour, nous ont semblé les régulateurs indispensables à tout état social.

Et pourtant, la société actuelle nous fourûit, déjà, des éléments d'appréciation sur cette entente mutuelle que l'on nous reproche de !)uger, à tort, si facile : il ne s'agit que de sai-Tûir les trouver sous l'amas de préjugés qui

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