NE CRAIGNONS PAS LA VÉRITÉ
T. a création de Dieu. — C'est la crainte qui donne naissance aux concepts divins. — Après avoir ctcmî Dieu, riionune en arrive à douter de son existence. — Il le démolit pour en créer d'autres. — Transposition d'attributs. — L'homme n'est qu'une quantité négliçfeable en l'univers. — L'humanité n'est qu'une abstr.iction. — Les leçons de l'état social actuel. — Développons notre individualité. — L'âme. — La matérialité de sa conception. — Relativité de l'immortalité. — L'effroi de la mort. — Le doute a détruit toute rénovation religieuse. — Notre idéal.
Comme nous avons eu maintes fois l'occasion de le constater au cours de ce volume, ce qui a surtout contribué à ravaler, chez Têtre humain, le sentiment de son individualité, ce sont toutes les entités, sorties de Timagination humaine.
ToQS les phénomènes cosmiques atmosphériques et physiques que l'homme voyait se déruuler sous ses yeux- sans pouvoir s'en expliquer la raison ni le mécanisme, lui doniièirnt rillusion d'une volonté cachée, supérieure îi la sienne.
Soumis à leurs effets, ils devinrent p^jur lui les actes d'un être supra-terrestre doué d'une gnindt' puissance, puisque sa volonté se traduisait eu actes d'une grandeur terrifiante parfois.
Les éclairs, le roulement du tonnerre, la pluie, le vent, les tempêtes, furent les signes de l'activité d'êtres invisibles manifestant jiirisi leur existence à l'homme terrifié. Et coriinie l'homme ne donne essor à son activité qu'en vue d'un but déterminé, l'action de ces êtres inconnus ne pouvait avoir d'au- \rr mobile que de nuire à l'homme, puisqu'il était sensible aux manifestations de leur activité! Il fallait donc les calmer ou se les rendre.* propices.
(]() ne fut que par une autre évolution encon;, que chaque élément fut anthropomor- .
phisé et devint une entité abstraite, le commencement d'une Divinité qui prenait place en l'Olympe qui se développait en l'imaginatiun humaine.
Et l'esprit religieux de l'homme a évolué ainsi d'une absurdité à l'autre, variant ses dieux, ses conceptions. Nous avons effleuré, en passant, le mal qu'il accomplit dans l'évolution humaine.
Mais l'homme prenant de plus en plus la conscience exacte des forces qui l'entouraient. Dieu eut, à son tour, à suhir les attaques de la critique, sur ses attributions d'abord, puis finalement sur son existence.
Seulement, tout en attaquant l'existence de 'Dieu, l'espritanthropomorphisateurde l'homme ne pouvait disparaître ainsi, brusquement. Dieu n'existait pas, cela fut entendu; mais la Nature, les Forces, la Matière, les Lois Naturelles, toutes les attribnlions do la Divinité
ifunte héritèrent chacune d'une part de son nipotence et devinrent autant d'entit(5s,
lissant et voulant, se substituant aux aulo-
ilé mortes en le cerveau de l'homme, s'y
.llrallii.- ,-, lliïrl.-r ,|ll ^nS, l'I II' |:ii'^-;:iil IDIII ;lll-i^i r^cl
,nill(.Jj,Li iiui .T.n:nl s-,.|ivlil„'.,v! I
' ^''1" "'•'■ -'■ l'r"l"'sr .vl!
Tel but^J^ffmnliilr ' » — » l,r^ I.nis iiatuR' Mit. (VJKté telle r:rn.]ii il'i'lir! ( i'rsl coiilr; ,n,«T^.,l:,,i,-,|,.|,.||,.f,,,n,M, "l,.i TOière^^^fti. !.■- l'nnvs ilisoiU cel^ |.~ . i|.l9 devenaient am-i (li'sr;iiisi's; ^'l. i Jniir-.- I homme s'afjiMtniiilhiil iIim-miiI les Du (|ii"il .■»v;iil ^os!
'lli' rcl i's[)i'il iiiL'l:i|iliysiqn('. ce qu'il ;il ^. {':iii '!>' iiril ;i I liiiiiciiiilé ! Aiijuiii'd'hiii. enct^^H |..niiii niix iiin ;uvr|,l,.iM li'xplicmion ^'a^^J l>>niii-l<' >{r riiniM'!'^ I>irn riivi>^;igen^H|
V^phllr 1 |-:v.i|lllinli r ,1,'srllrS vlvfil HB
llrllllllTh,lllh[ll';iV.rilllr\n|olllr|VlUVllif.V
i(tiliiil(|i'|i'nMin<i.i|.'.;r.'l:iiil|..^,nHnlilintis(r liviJ.' ili- Iti iiKili.MV nii Uni ilViirtn
1,1 l'iiiin;uiiiiil('ii-.>iic.un'.il siiriiUlécnr
1,1 II. 1 lliiiii,ilii[i\;i\'r. iiNf r;ij)i(;il(' puur qu'
'■ -' ■ bonni mes e grecg tête ceinte' /.'
-~ iil
L'INDIVIDU ET LA SOCIÈTfc Sef,
tre fait le centre de tout, Thoninie. ne peut consentir à se confondre avec la matière en l'espace ; qu'on lui accorde au moins, une transmission vague de sa pensive j'i travers le temps et l'espace i
Eh bien, non. Quelqne décevant que cela soit pour notre înfatuation. quelque mortifiée en suit notre vanité, il faut en rabattre de cette prétention qui, à toute force, veut faire graviter l'univers autour du genre humain.
Ce que nous voyons, ce que nous sentons, ce que nous entendons, ce que nous découvrons, existe parce que des forces en contact ont donné naissance à tel ordre de phénomènes qui, ayant trouvé des conditions d'évolution favorables à l'éclosion de ce que nous constatons, l'ont poussé en cette direction.
Mais, si les forces en présence avaient été autres, si les conditions d'évolution avaient été modifiées par la présence d'agents nouveaux, cet ordre de phénomènes que nous constatons aurait pu être tout dillérent, sans que riiarmnnie universelle en fût bouleversée, l'homme aurait pu ne pas naître, sans que
lii marche du système solaire en fût inodifiée I.'huïiianité — sans grand H — n'est dfjiic qu'un accident des forces naturelles, elle ntt marche vers aucun but défini. Son évolution n'est que la résultante des individualittîs qui la composent, et, pour celles-là, le bnt c'est de s'accommoder de leur miens aux coiidilhins prfeeiites de la vie Et la vie vaut assez par elle-mi!me, pour que ceux qui en jouissent . cherclient à se la rendre la plus agi-éable possible, essaient de la d^ban-asser, en la mesure de leurs forces, des entraves apport<^es l'ignorance géni5rale.
« Alors, » nous dira-t-on, o c'est la lutte ' pour la vie en toute son horreur que vous proclamez, c'est le déchaînement dos appétits les .plus grossiers, la mort de tout idéal? »
Pas le moins du inonde, la société actuelle, ^produit séculaire de l'égoïsme étroit qui, l n'ayant en vue que la satisfaction immédiate,, r sans s'occuper des conséquences nltérieurei
nie '-"H
cherche à se satisfaire, même s'il est nécessaire', au détriment d'autrul, nous montre que les individus ont suivi une mauvaise voie pour trouver le bonheur sur la terre.
Elle nous démontre qu'un bien présent peut avoir pour conséquence un mal futur plus . grand; elle nous enseigne que la satisfaction égoïste, isolée, d'un besoin, au détriment d'un semblable peut en empoisonner le souvenir enînotre^mémoire alors que le besoin est passé et nous n'y trouvons plus qu'amertume. Les faits nous apprennent que, pour être complet, le plaisir ne doit pas être pris au détriment de ses semblables, mais être partagé avec eux.
Anneaux d'une chaîne ininterrompue, les individus subissent l'impulsion de ceux qui les ont précédés, comme ils impulsent ceux qui leur succéderont. Notre activité, nos actes, voilà ce qui nous rattache à ceux de notre espèce et fait, avec des individualités éparses, un tout continu.
Si nous voulons nous survivre, faire que notre souvenir ne meurej pas avec notre individualité, faisons quelque cbose d'ulile à nos
semblables, faisons en sorte que notre existence ait été utile à l'espèce, et la meilleure façon de lui être utile est de développer nos virtualités.
Chacun de nos actes se répercute dans notre milieu, sur les actes de ceux qui nous entourent, modifiant les conceptions de ceux qui nous survivront, et ainsi de suite en l'espace et le temps, absolument comme les ondes que fait vibrer la pierre jetée à l'eau. Pour que ces ondes se multiplient, que leur cercle s'élargisse à notre œil, il suffit de multiplierje jet des pierres à leur centre. Que notre action se répète et se multiplie de façon à laisser une empreinte durable.
Ainsi, nous nous rattachons aux générations; plus nos actes utiles, à nous et aux autres auront été répétés, plus vivace restera notre souvenir, plus d'espace il embrassera.
Mais écartons, une bonne fois pour toutes, ces fantasmagories métaphysiques, produit de
L'iNDlVlniJ lïT LA SOCIÉTÉ
^^H# pas de même. 11 faut que cqux qui partici- ^^^nei'ont à la révolution aient la conscience ^^Klaire de ce qu'ils veulent eux-mêmes, et ce • n'est que la compréheusion nelte d'un idéal ■ qui jjcut la leur donner. C'est donc à fourrer s idées dans la tête des individus que courte la véi'italtle besogne révoluliunnaire.
En temps normal, c'est la niasse ignorante impose ses volontés, retarde l'évolution et iïavaiUe au maintien des vieilles institutions. i suffrage universel, ce recruteur de médio- , est bien l'instrument approprié au nV
Mais, au sein de cette masse, se créent des
Centres d'agitation qui, graduellement, ai-ri-
L lui communiquer une partie de leurs
ÈF^pidations, à l'entraîner dans leur orbe. C'est
, où la minorité intelligente prend sa re-
nche sur l'ignorance, en l'entraînant, mal-
fté elle, au progrés et â rafrranchisseraent.
, Si l'évolution avait le temps de s'accomplir,
t révululioii sarait fécorideeii résultats; mais
By adescirconstances politiques, compliquées
L'INDIVIDU KT hk SOCIËTâ
venir plus sobtiie. Et comme celte dernière, elle a passé par tontes les métamorphoses. De chose vague, imprécise, confnse, se ilégageairt (l'an vague sentiment de crainte, elles étaient devenues entités subjectives ans contours arrêtés. Attaquées par la science qai démon- Ire leur irréalité, elles s'atténuent, redeviennent flou, imprécises, sans contours ni consistances, impalpables, jusqu'à ce qu'elles s'eiivolenten la fumée dont elles sont fonnées. Et comme cette création de notre cerveau nous échappe, on voudrait aujourd'hui les retrouver en une vague conscience de Vhumanitéensonévolntion ; tout cela c'est un besoin fie notre espril ruttapliysique, et rien de plus. L'humanité disparaîtra lorsque disparailxont les causes qui assurent son existence. Xotre ■système planétaire disparaîtra un jour, lorsque disparaîtra l'équilibre des forces qui l'ont produit.
Les matériaux dont il est formé se désagré- , gsrout pour former de nouveaux systèmes.
rMais avanl que s'éteigne la vie sur notre pla^vf [ Hùli^, nnusavfiiis. pnrail-il. encoredes mniioj
t'INDlVinO ET LA SOCIÉTÉ 271
d'années devant nous. K'es-t-ce pas snffisant pour contenter encore bien des ambitions?
Que savons-nous de ceux qui vécurent il y a cent mille ans? Nous ont-ils laissé le nom de quelque individualité? Nos souvenirs ne vont pas au delà de dix mille ans. Qn'avez-vous dune besoin d'immortalité!
« Il était consolant pour l'homme, nous (lit-oti: d'espérer revivre en une autre vie où il retrouverait ceux qu'il avait aimés! Pourquoi lui enlever cette illusion qui lui faisait accepter les misères de la vie sans murmurer, alors que nous n'avons rien à lui offrir en place? »
Parce que le catholicisme nous a inculqué un elTroi incompréhensible de la mort ; parce que, trop iufatués de l'importance de notre espèce, nous ne voulons pas accepter ce que nous appelons une déchéance, il nous faudrait ■ donc respecter les illusions nées de notre imagination? Pourquoi? Le doute les a atteiiites.
■: quVlJi-. --niil l'iMiniuni M' iiMu^;
TplusT^liiiil <\w. \\\ (■('■;ililL-? alui 'l''llnitive nous n";iiiîvniis nn'iiir ji;!.-! l'iiii'^r. Çomiiir iMiii ,v (lui \il. l'I
V 'nrf. .■!! l.-iiil rru-inilividii. v
i II'
Ixniii'til 11 -r iuiiihiiiniL ni Ay miuv ^<iL'î,iiii(iis (jni III' jti.rtiMLl iiiK-iiiie Ir. CMiii|,iiiiii^^nii-.ri!H.-riruivs ; telle est laj -M:iis cfl.il rlioiiuniolfo snil' d'éternité viiiiilriniis |iiT(luivf- nous survivre, el '■■■niMH ;i rivr luiili.' ui'tli' raiitiisiiia,
i.iiw-. A |.|v-, (IMiiirs <'\ iresprils.
■ ■' ■ ■ . ■ . ■ ilivriil,;. ,U.s 1
co, lé à \h lulion lôrf
mi^ »*** I
Nous voulons de l'idéal? — La vie sociale ne compurte-t-elle pas assez de grands siîntiments pour nous y tailler des idéaux assez grands encore pour dépasser nos forces, et que nous restions longtemps encore au-dessous de leur réalisation ? Alors que nous vibrons de jeunesse, que le sang circule impatient en nos veines, allant activer nos cerveaux, u'avonsiious pas assez de la vie telle qu'elle est, pour l'airaer et la vivre sans avoir besoin de chercher au delà? Sachons donc rester toujours jeunes.
Nous voulons que. après notre mort, il s«Lsiste quelque chose de nous ? — Sachons nous rendre utiles à nos semblables en la vie.
Soyons gi-ands par le ca'ur, soyons forts par notre action sur noire propre individualité pour l'être sur celle de nos semblables; soyons utiles par le peu de beau et de bien ipie nous iiouvous accomplir, et alors notre individualité ne disparaîtra pas complètement ; nous nous survivrons par l'iiiOuence de ce que nous aurons fait par l'exemple donné.
Notre souvenir surnagera d'autant plus long-
274 L'INDIVIDy ET LA SOCIÉTÉ
temps que notre action aura été plus pj fonde.
Ceux qui viendront après nous, plus < moins influencés de l'impulsion que nous a rons pu produire, nous rattacheront, par leu œuvres, aux générations qui les suivron N'est-ce pas là la véritable survivance de l'e prit plus que ce grossier spiritualisme qu tort un qualifie ainsi, puisque, en fait, il n'e que la matérialisation de nos concepts, et qi Ton n'a jamais pu nous le représenter qu'hî bille de cette « vile matière » tant conspuée
xvn