‹ L'individu et la société (volume 2)Chapitre 21 sur 27 · RETOUR A LA SIMPLICITE · texte numérisé non relu

RETOUR A LA SIMPLICITE

a Non possuniiis ». — Eternels recommencements. — I/amour du merveilleux. — Les complications de l'esprit humain. — Ce n'est qu'à l'usage des choses que nous apprenons à les simplilier, sauf le gouvernement qui, lui, va toujours se compliquant. — Imperfection do nos sens. — L'ignorance engendre le merveilleux. L'esprit anthropocentrique. — Substitutions d'entilés. — Origine animiste de l'esprit religieux. — « Subjectivisation » de la matière. — Retour au point de départ. — Pauvreté de l'imagination humaine, malgré sa tendance à amplifier. — Première déviation de l'évolution. — Contribution de la littérature à l'erreur. — Tyrannie de l'habitude. — Les améliorations compliquent mais n'améliorent pas. — Un rêve. — Aveu de lâcheté. — Les petits effets peuvent en produire de grands. — Abdication de Tindividualilé. — :\lan(|ue d'initiative. — Notre action comporte sa propre sanction.

Toutes les critiques que Ton puisse faire

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soius et lies passions do l'être humain que nous voyons reposer la bonne marche de l'organisation sociale entrevue.

« Vos idées sont belles, mais ne sont jias réalisables! » nous répète-t-on.

Kt vous voilà forcé de reprendre an ;i un tous vos arguments, vous voilà revenu à volro point de départ, recommençant la discussion, absolument comme si elle n'avait- pas eu lieu. Ahl c'est que l'humanité a été tellement menée en laisse, tellement asservie, tellement habituée au mensonge, ù l'illusion, qu'elle croira plutôt au monde des fées, jï la puissance des dénies, des Djinns, des Elfes, des Korrigans, qu'à la possibilité de marcher un jour sans ses entraves.

Des hommes s'organisant entre eux, de fai;on h vivre sans les mille liens du formidable appareil social d'aujourd'hui. s'enti;iuianl récipruqui'iiieiit sans la masse d'inlérmédiairiL's parasitaires actuels, cela e&l bien trop simple pour notre entendement faussé. L'habitude des choses compliqaées est si bien ancrée en no- Ire cerveau, qu'il ne nous est plus possible

Uë peiisef , de priiue abord- anx choses sîmp] qui ne&QUs paraissent plus qn'eufaiiiiliagi à preuiière Tne. La \én\è sera là. sous n( yeus, les crevant par soa évidence m*>ine,c'ci au loin, en des explications «uchevétrêes qn nous allons'la chercher.

Et cette aberratioii est portée en loates branches de notre activité. Ainsi, en mécaiu que, lorsque se crée une invention, cela débuj par une machinerie compliquée de rouage multiples, pour lie produire, le plus souveni qu'nii travail inédioci-e, lent et avec uu yranile dépense de forces, gi-àce, justement, à* la complexité des rouagos.

Mais, peu à peu, lorsque la machine est entrée en la pratique, lorsque l'usage eu a l';iit connaître les défauts, lorsque, passant de mains en mains chacun y a apporté , une petite modilication, la débarrassant, ici d'un' rouagii inutile, !;^ de leviers compliquant sans profit sa inarche, le monstre grossier et compliqué s'allège, prend une marche plus régulit'iro, produit un travail d'autant plus pai-fait,

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exigeant d'autant moins de force, qu'elle est plus simple.

Il on est de nit-me pour les opérations intellectuelles: notre cerveau, en aucun ordre d'idoL^s. ne -conçoit primitivement les raisonno- Toent simples. Il va d'abord à l'abstrait, au confus, à l'exagération; oe n'est que par un énorme et lent travail de réflexion qu'il se débarrasse des aberrations, en rc\'ient aux explications rationnelles.

C'est qu'il est très difflcile à l'homme de voir les choses telles qu'elles sont, sous leur véritable aspect, de saisir les rapports qu'elles ont entre elles, d'en démêler chaque, élément. Ses sens, par lesquels il est en rapport avec le milieu où il s'agite, sont, déjà, des plus imparfaits; ce n'est que par une longue éducation qu'il arrive à s'en servir; ce n'est qu'en les exerçant continuellement qu'il arrive à les développer. Et, même au degré d'évolution l-attfiintpar nous et dont nous nousenorgueil-

uuQvolonté; après les avoir anthromorphisés.

Son intelligence s'élargissaiit, il arriva à concevoir plus rationnellement les choses :

mais qu'il est loin encore d'une explication absolument scientifique, débarrassée de tout esprit métaphysique!

Les entités divines s'étaient évanouies graduellement dans l'explication matérielle des faits, mais pour donner naissance à de nouvelles, en « faisant des petits ». Chassées d'un domaine, dépouillées d'une partie de leurs attributions, elles renaissaient sous d'autivs noms ou avec des frères et sœurs ayant hérité des fonctions qu'on leur enlevait. Une division du travail s'opéra dans l'Olympe au fur et î'unesure que s'élargissaient les conceptions humaines. Les Dieux s'idéalisaient, on cherchait à les débarrasser de leur gangue humaine, à faire oublier leur origine, mais comme il est impossible à l'homme de concevoir rien en dehors de lui, ces Dieux et entités eurent toujours dfs formes anthi-opomorphiques, malgré qu'elles devenaient moins nettes, moins précises, au fur el â mesure que

l'homme voulait les idéaliser. Lear origiin!

terrestre n'en resta pas moins toujours flottante en l'imagination humaine: Jupiter, Mars, Apollon, Vénus, et tous les habitants de l'Olympe ne devinrent plus que les directeurs des phénomènes terrestres, physiques ou atmosphériques qu'ils avaient incarnés primitivement, après avoir été les forces naturelles elles-mêmes. Il suffit d'analyser leur légende pour y retrouver leur identification avec l'animisme le plus grossier.

Plus tard, on trouva ces Dieux trop encoiuhrants, on voulut les hiérarchiser pour finir jiar mettre tous leurs attributs, toute leur puissance, eu la main d'un seul.

Dans son ignorance l'homme ne puuvait croire à son existence et à celle des choses, sans une volonté préconçue, directrice, sans an but à atteindre. Il pleuvait, il tonnait, C'ât^t l'oauvre de quelqu'un, en vue d'qbou- L un dessein prémédité i Et la fondre, -la pluie, les vents, après avoir été déifiés redevinrent, par sélection, simples manifestations de l'activité divine, I.fS partisans des causes

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finales tendent à en refaire des êtres. Tout en ■ se transformant, l'erreur reste toujours la même.

Oui, encore aujourd'hui, malgré que l'idée du supra-uaturel commence à disparaître malgré que s'efface l'idée de Dieu, combien qui, acceptant la théorie des forces matérielles, identifient encore inconsciemment ces forces enactivité à des entitésrégissantleurs propres , phénomènes. Pour combien encore la Nature, le, Transformisme, l'Evolution, la Sélection, sont des personnes qui conçoivent, veulent et dirigent l'application desforcesenniouvement.

Notre esprit est fauss6 par toute une métaphysique issue de notre ignorance, nous ne savons pas encore voir les choses sous leur véritable aspect. Nous nous débattons toujours au milieu de l'erreur et du préjugé I Notre esprit semble parcourir un long cycle où ayant égrené toutes les fausses conceptions, il revient à son point de dépai't. Heureusement que à force de recommencer ce petit manège, il finit toujours paréliminer définitivement quelque petite erreur, à acquérir quelque nouvelle

vérité. Mais que de travail encore, avant de noiis iHre débarrassé de tout notre bagage d'erreurs, avant de connaître la vérité complète.

En sociologie notre imagination ne s'est pas comportée autrement. Les sociétés ont bien commencé par les formes les plus primitives, l'autorité ne s'y montrant d'abord que très anodine, sous l'aspect d'obéissance à un chef qui dictait directement ses volontés. Ce n'est qu'au fur et à mesure du développement humain que s'est compliqué le système gouvernemental, que les fonctions se sont spécialisées en executive, législative, judiciaire, etc. ; que la pieuvre a développé ses innombrables tentacules qui ont nom : armée, police, enseignement, bureaucratie, etc.

C'est que, à l'origine, le cerveau de l'homme était trop pauvre de notions pour imaginer une organisation aussi compliquée que celle de nos jours, ce n'est que a progressivement» qu'il pouvait y ajouter un rouage nouveau;

i/ivnivinn et la socihité

mais n'était-ce pas déjà une complication sur la simplicité primitive que de se donner un maître. Et le premier pas fait, a déterminé les autres.

Une fois déviée de son évolution naturelle par l'intrusion de l'autorité en son soin, la société devait continuer fatalement à se hérisser do complications ; une institution devait en amener une autre , les hommes naissant ainsi au milieu d'une société compliquée par leurs prédécesseurs, renchérissaient sur ceus-cî, léguant à leurs descendants une organisation

plus lourdoencore. et chaque génération s'iiabituail ainsi à accepter l'état social de plus. en plus oppressif.

Celte façon d'envisager les choses ne pouvait qu'çmpirer sous l'influence de la litérature qui amplifiait encore les récits qu'elle avait recueillis sous forme de légende, aussi les humains s'évertuèrent -ils à chercher aux choses les plus simples des explications de plus on alambiquées. Et chaque génération ajoutait

^^Mîisi quelque rouage ii ceux déposés par les

^^Kiérations précédentes.

nemeiit du système actuel, tous s'accordent à en accuser la multiplication des rouages, mais lorsqu'ils sont parvenus à en démontrer l'inutilitL^, ils s'empressent de les rétablir sous de nouveaux nomsj et les systèmes se superposent ainsi les uns aux autres, redoublant le mal au lieu de le détruire.

Et l'idée d'une société où personne n'aurait à obéir, ou chaque lîtrc pourrait dé\eloi)per son initiative, sans avoir à en rendi'e compte à personne, n'ayant à accepter d'autres limites (]ue celles qu'il s'imposerait lui-mtoie, s'absteiiant d'empiéter sur le champ .d'activité de ses voisins,., afin que ceux-ci ne viennent pas entraver sa propre initiative, celte sociûté-lû, tout en étant admirée pai" la plupart, ils ne veulent l'envisager qu'il l'étal de rêve. — Un beau rêve lorsque, par excès d'amabilité, on veut bien nous.faîre des concessions — mais

fVotre idéal est beau, mai*L n'est pas réa-

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L'mDlVtDO ST L* SOCIÉTÉ

lisablr- h; et quand ou a dît cela on Ci-oif ootisfaté une réelle impossibUilé, nlovê qu n'est qu'aveu d'impuissance par apathie.

Le plas grand obstacle à la vision Jiell ce que peut la valoiit6, c'est que. p:ir suif l'oppression séculaire qui pèse sur eux, individus ne peuvent comprendre tout ce peut l'activité individuelle quand eJJe est service d'une volonté bien arrêtée.

Est-ce que les mœurs ne se transfonn pas sous la poussée des individualités q progressivement, abandonnent la manière vivre des ancfitres? Est-ce que les plus gra des transformations sociales ne sont pas produit de tous les petits changements in viduels qui s'opèrent cliaque joui- ?

L'individu se transforme insensiblement inconsciemment, le plus souvent— le nQ veau jour sous lequel il coui^oit les chô^ Ventraine, à son insu, à transformer ses ta ports avec elles et avec ses semblables. C'a l'accumulallon de ces petits changements gi jirtipare les bouleversements sociaux.

Alors, pourquoi se retrancher derrière cet;

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%^Q: « Ce n'est pas possible I » quand les Sis nous démontrent qae cette possibilité ne dépend que de la volonté de chacun. La transformation n'est lente que parce que les idées nouvelles passent en notre cerveau sans l'imprégner fortement, que parce que peu, parmi les individus savent se passionner fortement pour un idéal. Si l'on savait vouloir !

Ecrasés pai' le pouvoir de l'Etat, les individus n'ont pas encore compris que l'omnipotence de ce dernier est faite de l'abdicaMon ' de leur volonté; que la toule-puissance de l'ogre n'a d'action que-par l'aide que lui prêtent ses victimes en lui prêtant leur force; qu'il ne sera rien du jour où ils voudront être, eux t

On a tellement masturbé le cerveau des individus que l'on a tué chez eux l'esprit d'initiative. Lorsque quelqu'un a trouvé une façon d'agir plus conforme à ses désirs, au lieu de la mettre résolument en pratique, il s'inquiétera d'abord de ce que pourront en penser ses voisins; ce n'est plus sa volonté qui dicte sa conduite, mais l'opinion de ceux dont

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il ihî devrait pas avoir à s'inquiéter, sine pour obtenir leur concours s'il en a besoii mais en marciiant sans eux, en la mesurée ses possibilités, s'ils ne le comprennent pa Toujours, au lieu de chercher à réaliser ui chose juste on veut savoir, à l'avance, si !'( sera blâmé ou approuvé.

lié î bonnes gens, qu'avez-vous à vous i; quiéter de ce que les autres veulent ou i veulent pas? Que doit vous importer Topinic (hî coux qui se cantonnent dans les choses d passeV? Lorsqu'une idée vous parait belle, tr; vaiiiezdoncà la réaliser, —- dans la mesui (le vos moyens d'action, s'^entend, — mai dans la plénitude de sa conception et de v( tre personnalité.

Hé! certainement, si vous n'êtes qu'un pe tit nombre à opérer, vous ne transformerez pa instantanément la société; mais, par vos ef forts, vous en convaincrez d'autres. Agiî comme tu penses, selon la possibilité qu( t'en laisse l'organisation sociale dans laquelle lu te débals ; transforme tes propres mœurj et lo i)(Mi ([Mc toi. individu, tu auras fait, ei

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entraînera d'autres. Et, ainsi, graduellement, de transformation individuelle en transformation individuelle, tu auras aplani la voie, préparé la route aux transformations qui te paraissent les plus irréalisables.

« Que nous importe cela, » répondent certains, « si nous ne devons pas le voir! où sera notre récompense ? »

Dans le contentement d'avoir, autant que possible, mis vos actes d'accord avec vos pensées; la satisfaction d'avoir été utile à votre espèce, d avoir développé vos virtualités, d'avoir développé votre personnalité en élargissant vos facultés. N'est-ce pas déjà vivre son idéal de travailler à sa réalisation?

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