‹ L'individu et la sociétéChapitre 12 sur 27 · NE CRAIGNONS PAS LA VERITE · texte numérisé non relu

NE CRAIGNONS PAS LA VERITE

La crôation de Dion. — GVst la crainto qui donno naîssancG aux concepts divins. — Après avoir créé Dion, l'homme en arrive à douter de sou existence. — Il le démolit pour en créer d'autres. — Transposition d'attributs. — L'homme n'est qu'une quantité négligeaJile en l'univers. — L'humanité n'est qu'une al)Straction. — Les leçons" de l'état social actuel. — Développons notre individualité. — L'àme. — J-a matérialité <Xo sa conception. — Relativité de l'immortalité. — L'effroi de la mort. — Le doute a détruit toute rénovation religieuse. — Notre idéal.

Comme nous avons eu maintes fois l'occasion de le constater au cours de ce volume, ce qui a surtout contribué à ravaler, chez l'être humain, le sentiment de son individualité, ce sont toutes les entités, sorties de l'imagination humaine.

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Tous les phénomènes cosmiques atmosphériques et physiques que l'homme voyait se dérouler sous ses yeux, sans pouvoir s'en expliquer la raison ni le mécanisme, lui donnèrent l'illusion d'une volonté cachée, supérieure il la sienne.

Soumis à leurs effets, ils devinrent pour lui les actes d'un être supra-terrestre doué d'une grande puissance, puisque sa volonté se traduisait en actes d'une grandeur terrifiante parfois.

Les éclairs, le roulement du tonnerre, la pluie, le vent, les tempêtes, furent les signes (le l'activité d'êtres invisibles manifestant ainsi leur existence h l'homme terrifié. Et comme l'homme ne donne essor à son activité qu'en vue d'un but déterminé, l'action de ces êtres inconnus ne pouvait avoir d'aiitre mobile que de nuire h l'homme, puisqu'il était sensible aux manifestations de leur activité! Il fallait donc les calmer ou se les rendre i)ropices.

Ce ne fut que par une autre évolution encore, que chaque élément fut anthropomor-

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phisé et devint une entité abstraite, le commencement d'une Divinité qui prenait place en rOlympe qui se développait en l'imagination humaine.

Et l'esprit religieux de l'homme a évolué ainsi d'une absurdité à l'autre, variant ses dieux, ses conceptions. Nous avons effleuré, en passant, le mal qu'il accomplit dans l'évolution humaine.

Mais l'homme prenant de plus en plus la conscience exacte des forces qui l'entouraient, Dieu eut, à son tour, à subir les attaques de la critique, sur ses attributions d'abord, puis finalement sur son existence.

Seulement, tout en attaquant l'existence de Dieu, l'esprit anthropomorphisateur de l'homme ne pouvait disparaître ainsi, brusquement. Dieu n'existait pas, cela fut entendu; mais la Nature, les Forces, la Matière, les Lois Naturelles, toutes les attributions de la Divinité défunte héritèrent chacune d'une part de son omnipotence et devinrent autant d'entités, agissant et voulant, se substituant aux autorité mortes en le cerveau de l'homme, s'y

livrant à une sarabande échevelée qui empêchait ce dernier de voir bien clair en ses conceptions, et le laissait tout aussi esclave que la veille, lui qui croyait s'être libéré l

(( La Nature veut ceci, se propose cela,- a tel but pour iiiobile I » — « Les Lois naturelles ont décrété telle façon d'être I C'est contraire aux Lois Naturelles d'agir de telle façon ! »— «La Matière dit ceci, les Forces disent celai » les effets devenaient ainsi des causes; et, toujours, l'homme s'agenouillait devant les Dieiix qu'il avait créés !

Oh! cet esprit métaphysique, ce qu'il aura fait de mal à l'humanité I Aujourd'hui, encore, parmi ceux qui acceptent l'explication trans- ' formiste de l'univers, combien envisagent la Nature, l'Evolution comme des êtres vivants, ne marchant qu'avec une volonté réfléchie, vers un but déterminé, décrétant les conditions d'activité de la matière au lieu d'en être la résultante. Pour combien, encore, il suffit d'écrire la Loi, l'Humanité, avec une capitale pour qu'ils les voient instantanément se transformer en bonnes femmes en robe grecque, la tête ceinte

de laurier conduisant l'homme par la main, vers un ciel que, seules, elles connaissent!

Ils ont chassé de l'Empyrée le bonhomme à barbe blanche deç anciennes croyances, mais ils ne peuvent accepter que l'évolution de la vie ne soit qu'une opération chimique due aux hasards des combinaisons, ne subissant d'autre inipulsion que celle donnée par les conditions premières qui lui ont donné l'existence, modifiées par les combinaisons nouvelles qu'elle traverse. Evolution qui suit le cours que lui impriment les propriétés des combinaisons dont elle est issue, mais où il n'y a rien de voulu, rien de préconçu, les forces agissant selon leurs propriétés, et non parce que cela serait plus conforme à un but déterminé.

Lorsqu'ils admettent l'intervention du hasard, ce n'est qu'en attribuant une personnalité à ce dernier. Ils font la chasse à la divinité, mais pareille aux annelés qui, coupés en deux

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repoussent à chaque tronçon tête de ci, queue de là pour former un être à chaque morceau, les entités sourdent de toutes parts en l'imagination humaine pour combler le vide laissé par la destruction de l'idole.

« Il est absurde, » nous dit-on, de « penser que l'humanité va ainsi aif hasard, que nous naissons et disparaissons sans un but supérieur nous rattachant aux générations passées et futures; il serait peu consolant de penser que les hommes auront passé sur la terre pour disparaître un jour sans laisser plus de trace, au milieu des mondes assistant indifférents à la disparition du nôtre. A quoi bon tant de luttes, tant d'effort, tant d'intelligence dépensée, pour que cela, en définitive, aille se perdre en le chaos ! »

Toujours la théorie des causes finales I « Cela existe parce que cela a été créé en vue d'une utilité quelconque! » La superbe de l'homme ne peut se faire à l'idée qu'il n'est qu'un accident de forces en mouvement ; il lui faut, par dessus tout, une thoorio qui lui laisse l'illusion d'une survivance quelconque. Après s'ê-

tre fait le centre de tout, l'homme ne peut consentir à se confondre avec la matière en l'espace ; qu'on lui accorde au moins, une transmission vague de sa pensée à travers le temps et l'espace I

Eh bien, non. Quelque décevant que cela soit pour notre infatuation, quelque mortifiée en soit notre vanité, il faut en rabattre de cette prétention qui, à toute force, veut faire graviter l'univers autour du genre humain.

Ce que nous voyons, ce que nous sentons, ce que nous entendons, ce que nous découvrons, existe parce que des forces en contact ont donné naissance à tel ordre de phénomènes qui, ayant trouvé des conditions d'évolution favorables à l'éclosion de ce que nous constatons, l'ont poussé en cette direction.

Mais, si les forces en présence avaient été autres, si les conditions d'évolution avaient été modifiées par la présence d'agents nouveaux, cet ordre de phénomènes que nous constatons aurait pu être tout différent, sans que rharmonio universelle en fût bouleversée, l'homme aurait pu ne pas naître, sans que

la marche du système solaire en fût modifiée. L'humanité — sans grand H — n'est donc qu'un accident des forces naturelles, elle ne marche vers aucun but défini. Son évolution, n'est que la résultante des individualités qui la composent, et, pour celles-là, le but c'est de s'accommoder de leur mieux aux conditions présentes de la vie Et la vie vaut assez par elle-même, pour que ceux qui en jouissent cherchent à se la rendre la plus agréable possible, essaient de la débarrasser, en la mesure (le leurs forces, des entraves apportées par l'ignorance générale.

« Alors, » nous dira-t-on, « c'est la lutte pour la vie en toute son horreur que vous proclamez, c'est le déchaînement des appétits les plus grossiers, la mort de tout idéal ? »

Pas le moins du monde, la société actuelle, produit séculaire de l'égoïsme étroit qui, n'ayant en vue que la satisfaction immédiate, sans s'occuper des conséquences ultérieures.

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cherche à se satisfaire, même s'il est nécessaire, au détriment d'autrui, nous montre que les individus ont suivi une mauvaise voie pour trouver le bonheur sur la terre.

' Elle nous démontre qu'un bien présent peut avoir pour conséquence un mal futur plus grand; elle nous enseigne que la satisfaction égoïste, isolée, d'un besoin, au détriment d'un semblable peut en empoisonner le souvenir enjnotre^mémoire alors que le besoin est passé .et nous n'y trouvons plus qu'amertume. Les faits nous apprennent que, pour être complet, le plaisir ne doit pas être pris au détriment de ses semblables, mais être partagé avec eux.

Anneaux d'une chaîne ininterrompue, les individus subissent l'impulsion de ceux qui les ont précédés, comme ils impulsent ceux qui leur succéderont. Notre activité, nos actes, voilà ce qui nous rattache à ceux de notre espèce et fait, avec des individualités éparses, un tout continu.

Si nous voulons nous survivre, faire que notre souvenir ne meure] pas avec notre individualité, faisons quelque chose d'utile à nos

semblables, faisons en sorte que notre existence ait été utile à l'espèce, et la meilleure façon de lui être utile est de développer nos virtualités.

Chacun de nos actes se répercute dans notre milieu, sur les actes de ceux qui nous entourent, modifiant les conceptions de ceux qui nous survivront, et ainsi de suite en l'espace et le temps, absolument comme les ondes que fait vibrer la pierre jetée à l'eau. Pour que ces ondes se multiplient, que leur cercle s'élargisse à notre œil, il suffit de multiplier le jet des pierres à leur centre. Que notre action se répète et se multiplie de façon à laisser une empreinte durable.

Ainsi, nous nous rattachons aux générations; plus nos actes utiles, à nous et aux* autres auront été répétés, plus vivace restera notre souvenir, plus d'espace il embrassera.

Rfais écartons, une bonne fois pour toutes, ces fantasmagories métaphysiques, produit de

notre orgueil qui ne veut pas admettre que notre individualité disparaisse à jamais dans le grand tout pour former des combinaisons nouvelles qui ne seront plus « Elle ».

Pour donner satisfaction à ce sentiment, l'homme avait inventé l'âme qui, à notre mort matérielle, allait se réfugier en un Paradis hypothétique où elle trouvait Fimmortalité.

Comme de juste, cette âme était faite à l'image de notre corps. — Pouvait-on la concevoir autrement que ce que nous avons l'habitude de voir?

Pour l'en différencier, expliquer son existence, justifier sa séparation de la matière, on la supposa formée d'ombre, d'un fluide inconnu ; on la baptisait immatérielle, mais tout ce que l'on pouvait trouver pour la former, c'était de la composer de la matière la plus légère que l'on connût, mais n'était, et ne pouvait être, qu'une déformation de ce que nous avions sous les yeux.

Cette âme atteinte par les coups qui frappaient à mort la Divinité est en train, comme elle, de se transformer, de s'atténuer, pour de-

venir plus subtile. Et comme cette dernière, elle a passé par toutes les métamorphoses. De chose vague, imprécise, confuse, se dégageant d'un vague sentiment de crainte, elles étaient devenues entités subjectives aux contours arrêtés. Attaquées par la science qui démontre leur irréalité, elles s'atténuent, redeviennent tlou, imprécises, sans contours ni consistances, impalpables, jusqu'à ce qu'elles s'envolent en la fumée dont elles sont formées.

Et comme cette création de notre cerveau nous échappe, on voudrait aujourd'hui les retrouver en une vague conscience de l'humanité en son évolution ; tout cela c'est un besoin de notre esprit métaphysique, et rien de plus. L'humanité disparaîtra lorsque disparaîtront les causes qui assurent son existence. Notre système planétaire disparaîtra un jour, lorsque disparaîtra l'équilibre des forces qui l'ont produit.

Les matériaux dont il est formé se désagrégeront pour former de nouveaux sj^stèmes.

Mais avant que s'éteigne la vie sur notre pla^ nète, nous avons, paraît-il, encore des millions

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d'années devant nous. N'est-ce pas suffisant pour contenter encore bien des ambitions?

Que savons-nous de ceux qui vécurent il y a cent mille ans? Nous ont-ils laissé le nom de quelque individualité? Nos souvenirs ne vont pas au delà de dix mille ans. Qu'avez-vous donc besoin d'immortalité!

« Il était consolant pour l'homme, nous dit-on. d'espérer revivre en une autre vie où il retrouverait ceux qu'il avait aimés ! Pourquoi lui enlever cette illusion qui lui faisait accepter les misères de la vie sans murmurer, alors que nous n'avons rien à lui offrir en place ? »

Parce que le catholicisme nous a inculqué un effroi incompréhensible de la mort ; parce que, trop infatués de l'importance de notre espèce, nous ne voulons pas accepter ce que nous appelons une déchéance, il nous faudrait donc respecter les illusions nées de notre imagination? Pourquoi? Le doute les a atteintes.

Comme la fleur légère qu'a mordue Tâpre morsure de la gelée, elles sont et restent fanées, malgré le soleil qui vient les réchauffer. Et le soleil qu'on vient nous proposer n'est qu'un soleil factice.

Habituons-nous donc à envisager les choses telles qu'elles sont. Pourquoi se réfugier dans le mensonge? Sous le fallacieux prétexte qu'il est plus consolant que la réalité? alors qu'en définitive nous n'arrivons même pas à nous leurrer. Comme tout ce qui vit, l'homme naît et meurt, en tant qu'individ*u, et les matériaux qui le composent, se dissociant, se transforment et se combinent en de nouvelles associations qui ne portent aucune trace des combinaisons antérieures : telle est la vérité.

Mais cela choque notre soif d'éternité I Nous voudrions perdurer, nous survivre, et notre cerveau a créé toute cette fantasmagorie de larves, d'ombres, d'âmes et d'esprits, qui s'agitent derrière la mort, inventé des mondes inconnus où nous renaîtrions à l'immortalité, alors que le globe qui nous porte est lui-même condamné à la dissolution. Chimère !

Nous voulons de Tidéal? -- La vie sociale ne comporte-t-elle pas assez de grands sentiments pour nous y tailler des idéaux assez grands encore pour dépasser nos forces, et que nous restions longtemps encore au-dessous de leur réalisation? Alors que nous vibrons de jeunesse, que le sang circule impatient en nos veines, allant activer nos cerveaux, n'avonsnous pas assez de la vie telle qu'elle est, pour l'aimer et la vivre sans avoir besoin de chercher au delà?. Sachons donc rester toujours jeunes. • .

Nous voulon^s que, après notre mort, il subsiste quelque chose de nous? — Sachons nous rendre utiles à nos semblables en la vie.

Soyons grands par le cœur, soyons ibrls par notre action sur notre propre individualité pour l'otro sur colle de nos somblal>les ; soyons utiles par le peu de beau et de bien que nous pouvons accomplir, et alors notre individualité ne disparaîtra pas complètement; nous nous survivrons par l'influence de ce que nous aurons fait par l'exemple donné.

Notre souvenir surnagera d'autant plus long-

temps que notre action . aura été plus profonde. :.

Ceux qui viendront après nous, plus ou moins influencés de l'impulsion que nous aurons pu produire, nous rattacheront, par leurs œuvres, aux générations qui les suivront.

N'est-ce pas là la véritable survivance de l'esprit plus que ce grossier spiritualisme qu'à tort on qualifie ainsi, puisque, en fait, il n'est que la matérialisation de nos concepts, et que l'on n'a jamais pu nous le représenter qu'habillé de cette « vile matière » tant- conspuée I

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