‹ L'Indo-Chine en périlChapitre 2 sur 5 · EXAMEN DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

EXAMEN DE CONSCIENCE

Les Annamites se plaignent amèrement du nombre toujours croissant de vagabonds qui envahissent tes marchés et villages, mettent le pays en coupe réglée, exigent des honnêtes gens, par menaces et violences, sous couleur d'aflîliation à de vagues Sociétés secrètes, une cotisation qui devient un nouvel impôt a|outé à tant d'autres ; détroussent les voyageurs sur les routes ; et, la nuit, envahissent les maisons isolées. coutelas au poing et torche en main, pour se faire remettre tons les objets de quelque valeur que peut posséder l'humble cultivateur.

Us en imputent la responsabilité au Gouvernement fi'ançals. « Ignorant des lois et coutumes du pays d'Annam, disent-ils, n II a supprime les pénalités administratives, grâce auxquelles i> nos empereurs assuraient, autrefois, aux gens paisibles, sécu- » rite à la maison et protection sur les routes. Par contre, à n nous qui avions des lois nationalet, non pas orales, mais a bel et bien écrites, rédigées depuis des siècles, il a infligé un B Code qui est peut-être vérité en France, mais certainement » erreur ici. Si bien qu'aujourd'hui, par la grâce de la domi-

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(Non seulement on exige, de ces auxiliaires indispensables, les services les plus disparates, mais on ne les paie pas. Lisez le remarquable discours de M. Rodier, lieutenant-gouverneur de la Cochincliine, à l'ouverture du Conseil colonial du 15 septembre 1905.)

Dans son rapport relatif à la défense de l'Indo-Chine, M. François Deloncle, député de Cochinchine, s'est montré fort inquiet de la sécurité intérieure...

» nation ft^nçaise, le travailleur honnête est à la merci dn n voyou habile à jouer des arguties de la Loi française et de a l'impuissance des Pouvoirs civils. »

Sans discuter les raisons qu'ils donnent de cette crise que traverse la population de Cktchlnchine, n'est-ll pas permis de leur demander s'ils n'en sont pas responsables au même point que le Gouvernement qui les protège ï

Leurs ancftres leur ont légué le plus admirable instrument administratif qui se puisse trouver : la Commune et son Conseil des Notables. Qu'en ont-ils fait ? Parce que l'Administration française, mal éclairée peut-être, a parfois malmené des notables, les chefs de famille aisés, respectés, dont l'innuence eût été profitable aux intérêts du village, ont l'énoncé, depuis longtemps, à toutes les fonctions municipales qui sont devennes l'apanage des turbulents, de ceux qui, désireux de satisfaire leurs ambitions ou leur soif de fortune, n'acceptent ces charges que pour en profiter au détriment d'autrui, et ne s'en acquittent qu'an plus grand bien de leurs intérêls.

Les vagabonds, les sans-foyer, les villages peuvent leui' refuser l'inscription, les chasser de leur territoire. Le font-ils jamais aujourd'hui ? Dieu au conti-aire, par crainte de payer quelques piastres à la perception, ils s'empressent d'accorder l'inscription bu premier voyou venu qui se trouvera, de ce fait, posséder brevet d'bonnète homme et liberté d'action jusqu'à l'année suivante.

Les Chefs et Sous-cliefs de canton, ceux à qui le Gouvernement français délègue ses pouvoirs, à qui 11 confie l'Administration des subdivisions territoriales de la Cochinchine, ne sont-ils pas, la plupart du temps, les premiers à peser tourde-

La masse de l'Annam, exclusivement agricole, attactiée à la terre, vit en detiors de nous, à peu près satisfaite, - mais prompte à la panique.

Au moment des incidents de Fachoda, comme pendant la guerre russo-japonaise, les compagnes se faisaient rapidement à l'idée qu'elles pouvaient changer de maître. Naturellement, les Chinois proRtaient de la dépréciation du riz, dont les prix tombaient de 50 o/g — grâce aux rumeurs qu'ils avaient propagées...

Bref, l'Annamite se soumettrait devant un envahisseur heureux, comme il s'est soumis devant nous.

ment sur la population, à la pressurer, à rendre plus pesantes les charges qu'elle a à supporter ï

Les représentants élus de ta population aunamite, enfin. Conieillers coloniaux et Conseillers provinciaux, ont-ils employé leur mandat à autre chose qu'à se faire attribuer des avantages personnels ou obtenir, pour leur village, un bout de route ou un pont qui mène droit chez eux ? Ont-its jamais cherché à éclairer le Gouvernement de la Colonie sur les désirs de la population ou les dangers de telle ou telle mesure 7 Ont-ils jamais demandé d'être réfiis, non pai- le Code Irançais ajusté tant bien que mal aux coutumes indigènes, mais par leurs Lois Annamites adaptées aux principes géncraux qui gouvenient la France.

Que les Annamites, donc, fassent leur mea culpa ; que les villages effectuent eux-mêmes leur police ; que les honnêtes gens acceptent les charges publiques et s'en acquittent au mieux de leur conscience et des intérêts de leurs congénères ; que les représentants élus de la population de Cochinchiue travaillent sérieusement à étudier les besoins de leurs mandants et les moyens de les satisfaire.

Alors seulement ils seront autorisés à présenter leurs cahiers au Gouvernement de la Colonie, et lui dire : ii Voilà le ■ mal dont nous souffrons; nous sommes impuissants, malgré H nos eRorts, à nous en guérir. Cependant, vuiei le remède. A > vous de l'appliquer, qui avez assumé te devoir, en nous u protégeant, de uous maintenir en Iwnne santé. *

n faut redouter les soulèvements partiels, le refus (tes impôts, les troubles apportés par les Sociétés secrètes, — nombreuses, étendues, aux ramifications complexes — et le réveil delà /M>rt(er)e, aux cadres toujours prêts; en temps de paix, ils changent de nom: ce sont les contrebandiers, les fraudeurs de toutes catégories.

Quant à la classe des lettrés, que nous tenons à l'écarl, inutilisée et aliénée, elle nous est franchement hostile...

a Les soldes des fonctionnaires indigènes ne sont en rapport ni avec les services rendus, ni avec la cherté » de la vie. 11 résulte des statistiques que, de 1885 à

1895, le prix des denrées et objets de première néa cessité pour l'Annamite de Cochinchine a doublé, » qu'il a triplé de 1895 à 1905, tandis que les soldes

> étaient loin de suivre la même progression. Plu- » sieurs de ces soldes sont dérisoires. Ainsi, un sous- D chef (le canton, dont tout le temps appartient à N l'administration, dont le service comporte de contis nuels déplace nie ni s, non seulement dans l'étendue » du canton, mais encore dans l'étendue de la province » jusqu'au chef-lieu, peut ne toucher que deux piastres

> cinquante cents par mois (six francs à six francs » cinquante, au cours actuel I) Quelle circonstance a alténuante pour ceux qui se laissent entraîner à de-

1 mander, à des bénéfices illicites, les moyens de vivre... Enfin, tout à fait au sommet de la hiérarchie » indigène, les doc-phu-su reçoivent une solde inféj> Heure à celle des commis européens de troisième

> classe, c'est-à-dire que tes premiers de nos fonctionï naires indigènes, hommes d'ùge et d'expérience, B sont moins bien traités que les débutants européens - de vingt ans. »

(Le plus liant fonctionnaire d'une province, le tong doc, est payé environ 3.000 francs, pendant que le fonc-

tionnaire français correspondant, inspecteur ou administrateur de première classe, louche de 18.000 à 25.000 francs. Comment cetui-lâ ne feraJt-il pas la comparaison de son traitement avec les émoluments de ceux-ci I)

Enfin, un exemple montrera tout de suite le cas que les Européens font de l'iniligène. Alors qu'en Franco, un jeune ministre, caoutchouté de mirifiques inten lions, — dont la réalisation se fit toujoursattendrc, — ne parlait que de politique d'associotion, à la session même où M. Rodier, prompt à l'initiative, rompu aux questions coloniales, esprit clairvoyant, sincère et décisif, prononçait un magistral discours, un conseiller annamite, Diep, fut élu vice- président. Devant les manilestalions hostiles de ses collègues blancs, Diep <1onna sa démission..

Le conseiller annamite Diep avait été élu à la faveur du foDctionnement normal de nos propres décrets organiques du Conseil Colonial.

Ce ne fut pas sans quelque sentiment de surprise apparemment que les Annamites de Cochinchine, au moment même où on leur parlait oflîciellement à tout bouf de champ de ia politique libérale nouvelle de la France, assistèrent au spectacle que donnèrent, à ce moment-là, trois conseillers coloniaux français qui menacèrent de démissionner et ne revinrent sur leur décision qu'après de longs pourparlers au terme desquels M. Diep, de son propre mouvement, offrit au gouverneur sa démission de la charge et de l'honneur qu'il tenait du jeu pur et simpled'institutions françaises, au si grand scandale de ses collègues français.

Quelle confiance l'indigène pourrait-il faire aux lointaines paroles du Pavillon de Flore?.,.

Comment ncas gcaverncns et prcUgecns

Au point de vue politique, nous ne méritons guère plus d'éloges.

En Europe, la race jaune est considérée comme détenant toute ruse et toute fourberie. Pourtant, nous ne nous soucions que fort peu de faire apprécier notre franchise, en Extrême-Orient ; contre la foi des traités, nous avons iinposé au Tonkin notre administration directe ; il y avait un vice-roi du Tonkin, le Kinh-luoc, que nous nous étions en^jagés h maintenir : nous l'avons supprimé, pour nos commodités...

En Annam, au Cambodge, au Laos, nous exerçons des protectorats.

Il faut voir comment nous protégeons !

Nous devions protéger le Cambodge, le Laos contre le Siam. D'un trait de plume, par le dernier traité Delcassé('), nous avons abandonné au Siam deux provinces, les plus chères aux Cambodgiens ; nous avons livré au Siam une rive du Mélcong laocien. Il suffit d'avoir approché quelques instants Norodom et Zaccharine, les deux rois défunts, pour avoir été le confident de leur

(1) Du moins, aurions-nous pu réserver les ttuines d'Angkor. C'est uiie enclave toute française, conquise, ressuscitée par nos explorateurs, nos artistes, nos savants I Conïbien y sont morts à [a peine, depuis les membres de la mission lïelaporte, jusqu'au fils de Carpeaui, tombé là à moins de vln|;t-cinq ans. 11 aurait suRl d'un mot. Car ces restes de pierres Ulustres n'offraient pas d'intérct pour le Siam. Ce mot, aucun négociateur ne l'a dit. J'avais naïvement espéré

dégoût qu'ils révélaient à tout visileur. Comme on voulait luifaire signer je ne sais quoi, Noro<loni disait: • On m'en a tant fait signer, de conventions qui n'ont «jamais servi à personne, qu'il me pai-RÎt inutile de » recommencer. » Et, devant le traité franco-siamois, Zaccharine s'écriait : ■ Je n'ai plus qu'à me faire nalu- » raliser Siamois ! »

Quant à l'Annam, où nous protégeons aussi, le roi Than-Taïnepeutmême sortir en sécurité. Dernièrement, il a été jeté bas de sa voiture par des soldats français en goguette, insulté, maltraité. Le Roi est le Roi, pour ses sujets. C'est dire l'elFet déplorable que produisent ces brutalités, devant le peuple anuamile. A voir comment on respecte le plus haut personnage du Cambodge ou de l'Annam, on devine ce qui se passe pour la foule,..; nous en parlerons tout à l'heure, en examinant les charges fiscales qui pèsent sur nos contribuables jaunes, protégés ou non. Par des exemples tout récents, tirés du Cambodge, je voudrais marquer comment nous nous y prenons pour exciter fatalement la désaf' fection de l'indigène.

A mon dernier voyage, il y avait là un résident supérieur, noté comme des plus actifs et des plus intelligents. Son intelligence aurait pu lui faire comprendre

que les artistes français interviendraient. Peraimne n'a bougé. II me reste l'honneur, inutile, d'avoir été le seul à écrire un article là-dessus dans VAclïon, ce qui n'a rii'ii changé à l'afFaire.. .

Depuis que la province d'Angkor est rctroeédée au Siam, M. le gouverneur général Heau l'a visitée — déplorant sa perte, et rêvant d'ouvrir des négociations pour recouvrer le trésor perdu. Hélas, il est bien tard — il est trop tard I

que son activité n'entraînait pas celle de ses administrés. Les Cambodgiens se trouvent très bien dans leur mollesse. Il n'y a pas à les brusquer. Ils ont une force d'ineriie contre laquelle se briseront toutes les activités occidentales. Us ont très vite compris qu'on voulait les foire travailler pour l'impàt. Et ils se sont mis à ne pins travailler que pour le nécessaire, strictement. Mais un résident supérieur, en pays de protectorat, n'accepte pas de ne pas être le premier personnage, et le plus représentatif: le Roi ne vient qu'après. Notre résident, pour rehausser son prestige, avait créé une compagnie de lanciers et ne sortait plus sans escorte... C'est innocent — mais hien symptâmatique tout de

Le résident voulait faire grand, et vite ; car il avait d'antres ambitions que de résider à Pnom-Penli. Mais les budgels sont limités. Qu'à cela ne tienne. 11 y a moyen de les augmenter, en ratissant sur la liste civile du roi Sisovath, qui ne l'a jamais touchée... On règle ses dépenses, à la Résidence. — oh I tout cela fort bien contrôlé I Mais le Roi n'a pas la libre disposition de son argent — et ses revenus sont singulièrement rétrécis par des manœuvres comme celles-ci: le résident veut créer un groupe scolaire, il n'a pas d'argent. Qu'importe! le roi est bien là pour 30.000 piastres. Le Roi doit s'associer à cette grande idée du règne — de la Résidence. Comment s'y refuserait-il ! (')

Les crédits de la chaloupe résidentielle sont épuisés

(1) Voir, plus loin, le Voyage de Sa Majesté Sisoiiath. Il en va de mfmc avec l'empereur d'Anuam. Voici un fait, entre autres. Le gouvernement général donne une vaste concessioD à une Société Lombard, qui fait dea plantations de thé à Tourane. Mais cela ne marclie pas fort. Alors, on ne se contente pas d'avoir concédé les terres de l'Kmpereur d'Annam, on lui

trois mois trop t6t. Sous prétexte de je ne sais quelle fête, nù le Roi sera luvité sur la chaloupe, il devra participer à la dépense — et l'on devine que sa part sera prépondérante... Brei, on lui reprend la majeure partie de ce qui lui est alloué sur les revenus qu'on lui a confisqués. Comme l'or qu'on lui abandonne est vite rongé, l'administration européenne crie au scandale : « Le Roi n'a pas besoin de centaines de femmes, de danseuses... U pourrait, en tout cas, congédier les centaines de femmes de son pi'édécesseur, qu'il continue charitablement, selon la tradition, à entretenir au palais... >

Et l'Européen ne comprend pas la noble résistance de l'Asiatique I

C'est le Résident qui commande les galas officiels, à sa guise, au Palais — où il invite toute la colonie française.

Or, le Roi se passerait bien de recevoir le douanier, le gendarme ou tel autre personnage d'importance. Il a bien le droit, chez lui, de fixer la hiérarchie et les convenances à sa guise.

M. le Résident, sa dame et sa demoiselle sont choqués qu'il n'y ail pas une Reine toujours la même... Pour les visites, c'est plus commode, en effet... Mais, enfin le Roi devrait bien être laissé libre. En réalité, il esl prisonnier. Il ne reçoit personne qui n'ait une lettre d'audience de la Résidence. Et, sous le nom de seur, un administrateur-geôlier a été installé au Palais.

fait enco!-e pK-ter aOO.OOO francs à la Société d'exploitation — qui obtient, en outre, lu funrnitui-c du thé aux troupes. Or les indigènes aiment lenr thé et unii le nôtre, qu'on veut leur imposer I Les fournitures pniirrisseiit dans les magasins.

H n'y avait plus qu'à détorer le directeur de la Société : on u'a pas manqué de le faire...

Il s'occupe de tout, il vérifie les cadeaux que le Roi fait à ses femmes, ce qu'il boU, ce qu'il mange. Je donne comme aullientiques les deux faits suivants : le Roi avait commandé du Champagne à un négociant. Le censeur retourna les caisses sous le prétexte que, d'habitude, au Palais, on en buvait d'une autre marque. Le Roi manifesta sa préférence. N'importe, il est condamné à telle boisson mousseuse, qu'il voudrait changer.

Ailleurs, le Roi avait demandé vingt-quatre bouteilles de Porto. Une caisse fut renvoyée — le Roi ne pouvait commander que douze bouteilles à la fois I

Ce sont de bien menus faits; ils indiquent à quel genre de tracasseries le successeur de Norodoni peut être soumis de la part d'un Bésidentsupéricur, actif et intelligent.

A côté de ces mille vexations quotidiennes, il faut noter des atteintes plus graves.

Jusqu'ici l'on ne s'était pas immiscé dans les cérémonies suprêmes de la Cour, comme le Chol Kaul Mougkol, ou fête de la coupe de ta houppe. Jusqu'à la puberté, les princes et les princesses, au milieu de la tête rasée, gardent une houppe, toujours ceinte de fleurs fraîches. Quand ils atteignent quinze ou seize ans, pendant plusieurs jours, des cérémonies religieuses compliquées précèdent le rasage des cheveux sacrés. Il faut choisir la saison l'avoi-able, les jours propices aux retraites, aux processions, aux manifestations domestiques ou publiiiues qui précèdent ou suivent... Bref, c'est une très grande fête rituelle à laquelle préside le Roi, entouré de tous les grands, religieux et dignitaires... Et le Roi opère lui-même...

L'année dernière, aux sons de la Marseiitaise, le Résident supérieur gravit l'estrade, s'empara des ciseaux et coupa la houppe d'un jeune prince...

Sans doute, il pensait agir pour le plus grand bien

hjGooi^le

de la République dont il est un haut fonctionnaire.

Cela pourrait n'être que ridicule; c'est aussi très );rave autant qu'inutile — et tout à fait français !

J'ai lu qu'à son départ de France, M. le gouverneur général Beau, qui voulait pousser jusqu'au Cambodge, emportait pour le Roi Sisovath un cadeau de la Manufacture de Sèvres. Je ne doute pas que Sa Majesté protégée ne soit sensible à cette altcntion d'un biscuit bien choisi. Mais je suis bien plus convaincu que le Roi préférerait qu'on ne vînt pas trop le raser, lui et les siens, à l'européenne !

L' Enscigngmeiit

Tout cela pari d'un sentiment des plus discutables : Nous prétendons élever l'indigène, le civiliser I Nous combattons les préjugés de la race — pour lui inculquer ceux de la nôtre ! Nous prétendons assimiler l'âme la plus étrangère à la nôtre — alors que nous sommes incapables de l'effort de pénéti'ation le plus léger...

C'est toute la question de l'enseignement, de la Juslice...

Nous voulons imposer notre langue, notre Code, comme les Missionnaires ont essayé d'imposer leur religion : ils n'ont pas fait de chrétiens, ils ont réuni de louches clientèles; c'est devenu un métierque d'entrer dans une chrètienti:. Devenir catholique est un moyen d'existence. Beaucoup d'Annamites n'y voient pas autre chose — el c'est i-ésu m é dans le mot de celui qui, ayant abandonné sa profession, disait :

— Ob 1 moi. Uni faire jardinier, moi faire catholique I

Nous ne pouvons enseigner le français à vingt millions d'individus — qui n'en ont que faire. Ne serait-il pas prérérable d'exiger la connaissitnce de la langue annamite, cambodgienne,. laocienne, de quelques milliers de fonctionnaires français ?. . . Quand nous ne pouvons arracher — ce qu'il ne faut pas souhaiter, d'ailleurs, — le provençal, le breton, et tous nos patois des provinces françaises, d'âmes françaises, comment songer, par quelques pédagogues perdus en Indo-Chine, à déraciner du terroir annamite le langage millénaire?...

Nous faisons des interprètes — c'est-.'i-dire des perroquets, des chiens savants... Nous faisons des déclassés et des prostituées; c'est à cela qu'ont abouti tous nos elforts. Buropéanisées, les lillettes annamites ou métis ne retournent pas à la rizière, à la pnjllotic familiale ; elles se perdent à la ville, où leur existence devient de plus en plus précaire. En effet, hier encore, elles pouvaient devenir les petites épouses momentanées du fonctionnaire, de roffîcier, du colon, parer leur jeunesse de bijoux, de soie; aujourd'hui, elles n'ont même plus la ressource de se vendre ; les blanches arrivent par pleins bateaux — et c'est à elles que les coloniaux donnent la préférence...

Notre langue, s'appliquant à des idées qui lui sont tout étrangères, n'apporte à l'homme jaune que des mots, des mots et des mots. Que peut bien faire au paysan de l'Annam l'histoire de Louis XI? Que peut-il comprendre à notre politique, à notre philosophie, h notre morale occidentales? Cependant, il est privé de ce qui était la moelle de son intelligence et de son cœur!

Les Annamites ont leur instruction organisée, populaire, avec des écoles partout, où le plus pauvre apprend A tracer les caractères chinois et recueille les

préceptes des philosophes. Les sujets reni!)r()ués sont poussés â des écoles plus importantes, jusqu'aux examens littéraires qui, tous les trois ans, enferment jusqu'à dix mille candidats dans les camps de lettrés de Nam-Uinh. C'est un grand événement de la vie nationale que ces épreuves, dont les grades obtenus ouvrent la voie au Mandarinat; l'instruction est ici la plus solide assise de la société, l'eut-on croire qu'il sufiit d'enseigner notre alphabet ù l'Asiatique pour imposer à sa mentalité nos manières de penser et de sentir ? Une langue n'a de valeur que pour la race...

Je me rappelle un maître tout heureux de ce succès : il avait flni par faire s'asseoir sur des bancs une classe de gamins Mois qui avaient longtemps résisté, préférant, s'acculer sur leurs talons, à l'indigènel Le conquérant, en veine de civilisation, ne peut pas admettre que les Annamites aux pieds prenants se trouvent mieux pattes nues que chaussées, — et que d'avoir une planche dure sous le derrière ne les rendra pas plus aptes à comprendre tes beautés de noire éducation I — et le brave homme semblait faire la classe à des singes.

Ecoutons le courageux et beau discours prononcé làdessus par le lieutenant-gouverneur de In Coehinchine, M. Bodier, qui sait condenser si lumineusement, en quelques phrases, toute une laborieuse carrière d'observation et de savoir :

< Dans le projet de l'administration, le chapitre 5, * « Instruction publique », reste, comme par le passé, '> largement doté. Depuis de nombreuses années, la e Coehinchine consacre, sur le budget local, un peu H plus d'un million de francs par an à son service de n l'Instruction publique. A ce chiffre d'un million, il B convient d'ajouter 450.000 francs, qui représentent

B les dépenses des budgets des provinces, des villes et B des communes rurales pour les écoles provinciales,

• municipales el ciintonales. Ces sacrifices honorent D la colonie.

D Plus de 16.000 élèves, filles et (garçons, fréquentent » actuellement nos écoles laïques.

B L'effort delacolonie, pour l'Enseignement, est émi- > nemment louable. En apparence, le résultat répond à B relîort. Cependant, des esprits réfléchis seront tentés » de faire des réserves. Le vagabondage et la crimina-

• lité augmentent d'une manière inquiétante, il est per- » mis de se demander si nos méttiodcs éducatrices 8 conviennent bien à ]a mentalité des indigènes. Si le » progrès a pour but de rendre l'homme plus moral et » plus heureux, il faut reconnaître, loyalement, que ce

• pays ne semble pas en progrès, îiu moins sur un

B Les Annamites ont toujours consiiiéré que l'édu- » cation morale devait marcher de pnir avec l'instruc- » lion proprement dite. L'instituteur, /i^ye el mère de » ses élèves, doit donner h ceux-ci, non seulement la » science, mais aussi et surtout les préceptes de ta » morale individuelle, familiale et sociale. Ces précep- » tes, donnés à l'enfant, dirigci'ont plus tard la con- » duite de l'homme. Telle est la conception de la race. » Il y aurait, de notre part, une grande imprudence à » ne pas nous y conformer. Il est de notre intéi-êt bien B entendu de ne point laisser nos élèves sans direction D morale, sans leur donner des princi|ies conformes à «leur mentalité et capables d'accompagner l'enfant à B travers tontes les circonstances de son existence de n citoyen et de père de famille.

B Malheureusement, nos manuels d'écoles primaires » ne permettent guère d'atteindre ce but. I.^i mentalité » de ceux qui les ont composés est trop éloignée, trop a différente, de la mentalité des indigènes.

« Il faut, à l'enlaDt annamite, les textes séculaires » dont l'esprit de ses pères était imprégné. Ce, sont, ■ d'ailleurs,d'a<imirables bréviaires de morale pratique. » Là, il se reconnaît, les mots ont i)our lui un sens profond, qu'il pénétre, il en reçoit une forte impres- » sion. Ces textes, patrimoine de sa race, constituaient » jadis une puissante école de morale,

Dans nos livres, il voit dépeint nn état d'âme qui » n'est pas le sien, des mœurs et une société qui ne » sont pas celles dés gens de sa race et de son pays, . » Ceux qui lui expliquent le texte ne seront pas, pour ( lui, les vieux maîtres, qui tiennent la place du père » et de la mère et peuvent parler au nom des généra- Ji tlons disparues. Enlin, dans ce pays où la commune B joue le rôle social que vous savez, qui lui apprendra » les devoirs envers le village, envers les notables et » les autorités indigènes?

a Pour ces raisons, il est profondément regrettable » que l'enseignement des caractères chinois soit, de » plus en plus, délaissé. Il devrait former la base de 6 l'éducation en Cochinchine. On le compléterait par » l'étude, obligatoire dans nos écoles, de la langue fran- " çaise, et par un enseignement professionnel appron prié aux besoins du pays d.

Le gouvernement général de l'Indo-Chîne -s'est ému de cet état de cboses, et le Conseil de peifecUonnemenl de V enseignement indigène, entre autres travaux, s'est préoccupé d'introduire dans les programmes l'enseignement des caractères cliinois — abandonné depuis cinquante ans — au moyen de manuels constitués d'histoire, de sentences morales, traditionnelles, qui en feront un livre pratique et moral...

Jusqu'ici, tout allait bien. Mais, tout de suite, on a voulu faire grand, même ctiose France, toujours. Et l'on aggrave le péril, en voulant le conjurer. Alors que se démontrait la précocité de l'enseignement du français

â outrance, alors qu'apparaissait la nécessité de stopper, on s'élance de plus belle. Vite, on institue un Directeur de VEnseiguemenI public en Indo-Chine ! Et le poste, toujours naturellement, est dévolu à une personnalité qui n'était jamais allée aux colonies — et qui, Tatalement, doit songer à élargir le système d'enseignement qu'elle est appelée à diriger — alors qu'il s'agissait de le réduire et de le transformer... Les résultats ne se font pas désirer longtemps... Il y avait un Directeur de l'Enseignement, voici tout de suite une Université, que dis-je, deux Universités .' — à Saigon, à Hanoï — puisque les Ecoles Supérieures, du ressort de celle Université, pourront fonctionner, à la fois, au Tonkin et en Cochinchine ; des écoles supérieures de Droit et d'administration, de Sciences, de Médecine, de Génie civit, de Lettres.

C'est persévérer dans l'erreur ancienne que de vouloir enseigner le droit français, par exemple, alors qu'une véritable politique d'association tendrait à restaurer la justice indigène ; c'est forcer la justice, comme l'enseignement français, qui répugnent à l'indigène, et qu'il n'est nullement de notre intérêt d'installer envers et contre tout. (Voir plus loin ce que nous disons de la Justice). II est à craindre que le gouvernement général aille ainsi dans la pratique tout à l'opposé des intentions qu'il avait fait connaître. M. Beau avait semblé comprendre où était le mal. N'avait-il mis le doigt sur la plaie que pour la creuser et l'envenimer ï

Toute cette création (■) grandiose d'une Université indo-chinoise répond-elte aux faibles desfderofa de la population — qui en supporte le poids par l'impôt, tous

I) On vient d'acheter, à Hanoï, un immeuble de 500.000 lies — une propriété qui exigera trois fois autant pour e aménagée — à l'usage de la future Université.

les jours, sans en apercevoir les lointains bienfaits possibles...

Combien y anra-t-il d'Annamites avides ou capables d'accéder à ces hautes éludes? Quant aux étudiants, que l'on semble espérer des pays voisins, ils seront rares, s'il en vient... C'est en Angleterre, en France, que Chinois ou Japonais, destinés à recevoir l'instruction européenne, se rendront — et non pas à [lanoï...

N'était-il pas plus simple, et moins coûteux, comuie je lai entendu proposer, de diriger sur la France le plus d'Annamites qu'il se pourrait, pour y faire leurs études complètes. Ceux-ci, en nombre grandissani, qui y enverraient leurs fils, ensuite, pourraient devenir de sérieux agents de civilisation, et jeter le pont entre la France et le vieil Annam à moderniser... A moins que ce ne fût le contraire ~ et qu'un jour nos élèves n'aient profité de nos leçons pour nous mettre dehors... A nous de ne pas nous faire d'ennemis de ceux que nous voulons élever â notre image... Quoi qu'il en soit, c'est en France, seulement, que pourrait se donner une instruction complète, se créer des médecins, des olïiciers, des professeurs indigènes... Comment l'Indo-Chine rivaliserait-elle avec nos établissements, nos bibliothèques! Et puis la vie d'Europe, l'émulation innombrable manqueront toujours aux étudiants de cette Université de papier, qui ne fonctionnera jamais entière que dans les rapports officiels et sur les listes d'émargement. L'Indo-Chine aurait fait sagement en se bornant à dresser des employés subalternes, des vaccinateurs, qu'il faut garder annamites — qui n'ont pas besoin de savoir notre histoire et nos philosophies. Ce n'est qu'en France, avec une dizaine d'années de séjour et d'études, que de jeunes Annamites subiront une empreinte profonde I

Me voici amené à parler des caravanes indigènes,

organisées pour passer une année ea France, avec des étapes à Marseille, Lyon, Nancy, Paris, Elles coûtent cher pour ne rien rapporter. Quel profit intellectuel ou moral peuvent bien tirer les bénéficiaires de ces trains de plaisir? Ils visitent quelques villes, quelques monuments, quelques usines — sans être préparés à coni' prendre. Et ce n'est pas leurs guides qui peuvent leur être de quelque utilité. On a choisi des hommes de carrière notoires, des coloniaux déracinés de France, dont la compétence justement est devenue contestable en ce qui touche à la vie métropolitaine. Très distingués comme administrateurs indo-chinois, il ne s'ensuit pas qu'ils possèdent les aptitudes d'instructeurs, d'hôleliers et de cicérones qu'ils sont devenus. D'ailleurs, tous se plaignent que t la mission » les quitte, au moment où ellecommençaitàtravailler.Carnta mission > se promène, ne séjournant que quatre ou cinq semaines par région.... Elle nous voit superficiellement dans la vie extérieure, au milieu de nos fêtes, de nos plaisirs, de nos extravagances. Je ne crois pas que le mandarin asiatique emporte de non^ un autre souvenir que celui que recueille tout étranger : à savoir que noas sommes des rigolos, aux mœurs corrompues, aux femmes faciles comme des chiennes — et notre civilisation ne leur apparaît pas évidemment supérieure ! Puis, pour étaler toute ma pensée, je ne vois pas, sans tristesse, des hommes d'âgé et de valeur ainsi transformés en montreurs de phénomènes... Il eût été préférable de confier cette charge aux professionnels de l'agence Cook !

D,g,t,7P:h»-GtX)gle

la Jasttce

En ce qui concerne la Justice, comme nous l'avons instaurée en Indo-Chine, il n'y a qu'une constatation à faire ; l'Indo-Chine souffre du manque de justice. Les remaniements n'y feront rien. Ce n'est pas parce qu'on adjoindra deux indigènes à la Cour de Hanoi, que le malaise sera guéri; c'est un vésicatoire sur une béquille.

Ecoutons encore M. Rodier parler de la Justice en Cochinchine — et ses observations doivent s'étendre à toute l'union indo-chinoise:

« ... S'il est une matière où la collaboration des indi-

> gènes serait utile, c'est bien celle-là. Pour bien juger, D pour juger avec le moins de chances possibles d'er-

> reur, il faut connaître et comprendre l'âme du peuple. » Cette âme se dérobe ici derrière une langue hérissée t de difficultés, et que nos magistrats de France ne 9 possèdent pas.

s Sous le gouvernement annamite, la Justice, il faut

> le reconnaître, était davantage à la portée du justicîa- » ble. II y avait, d'abord, la juridiction des notables. » Ceux-ci étaient moins desjuges que des arbitres, pro- » nonçant d'après l'équité. Au-dessus de leur juridic- B tion se trouvait celte du chef de canton. Le Toag « était le conciliateur naturel de toutes les affaires civi- » les qui n'avaient pu s'arranger devant les notables. B Notre législation elle-même avait conservé ce pouvoir » des chefs de canton en leur reconnaissant qualité » pour régler, dans l'étendue de leur ressort, les afTai- » res qui leur étaient soumises, soit de vive voix, soit » par écrit. Ces dispositions sont tombées en désué-

> tude. Enfin, comme troisième degré de juridiction, il » y avait les mandarins, hiérarcliiquement placés aun dessus des autorités cantonales et communales. Ainsi s le justiciable avait à sa portée une justice expéditive;

8 l'instruction des afTaires se faisait alors sur le champ, » sur ta place même, et naturellement sans le secours » d'interprètes...

» Aujourd'hui, malgré les garanties absolues d'inlé- » grité de la magistrature française et sa haute con- B science du devoir, le justiciable indigène est moins ' favorisé.

a L'organisation actuelle. Messieurs, vous la con-

9 naissez. En principe, au chef-lieu de chaque provin- « ce devrait se trouver un tribunal ou une justice de s paiiî à compétence étendue. Je dis: devrait, car cèr- » laines provinces ne sont pas encore dotées. Ainsi le " tribunal de Mythe comprend, dans son ressort, outre » la province de Mytho, les provinces de Gocong et de » Tanan, en tout 500,000 justiciables répandus sur » 6.700 kilomètres carrés et avec des moyeiis de com- " munication imparfaits, imparfaits surtout à cause » de leur lenteur. Le ressort du tribunal de Vinhlong comprend deux provinces, Sadec et Vinhlong, avec n 340.000 justiciables. Dans d'autres provinces, le juge de paix fi compétence étendue est tout^ il est à la fois tribunal, juge d'Instruction, procureur de la Républi- D que. et son ressort, comme à Rachgia par exemple, » peut comprendre plus de 100.000 justiciables, dont il » ignore la langue, répandus sur une surface de 6.000 kilomètres carrés. Ajoutons que ce magistrat est géné- » ralenient un débutant, les emplois de juges de paix » étant des postes de début. On ne peut lui demander » de connaître les mœurs du pays. Dans ces conditions, s les habitants renoncent à faire trancher leurs diffé- » rends; quant aux crimes et aux délits, ils ne sont > généralement connus de la Justice et punis que s'ils

V ont un certain retentissement, ayant attiré sur eux

> l'attention. Un indigène lettré disait récemment â l'ua

> de nos administi-ateurs, à l'un de ceux qui ont la con- H fiance lies Annamites ; — « Certes, l'impât est lourd; » cependanl. nous le payons sans nous plaindre; nous I nous plaignons seuleuicnl que, pour ce piix, il n'y ait » pas plus de sécurité et plus de justice. » — On com- » prend alors le mot de M. le Procureur général Du- ■ breuil, vhef des services judicinîres en Indo-Chine, I dans son discours d'installation du 16 novembre 1 1904 : — ' La Justice ext à peine installée dans ce t vaste resxorl. L'œuvre qui reste à accomplir est j'm-

A quoi bon insister! Il n'y a pas assez ite juges. Mais il y en aurait assez que ce ne serait pas encore le règne de la Justice. Les magistrats ne savent pas la langue. Ils sont à la merci des interprètes, véritables maîtres de la justice. Si les magistrats sont intègres, les interprèles ne le sont pas. Le justiciable, mal dégrossi, le nhaqué, ne peut arriver à pénétrer dans l'antichambre d'un magistrat au palais, qu'en graissant la palte à toute ime fllière de plantons, de secrétaires et d'interprètes, depuis les coolies (tu concierge jusqu'à l'interprète principal. Ceux-là même qu'une citation à companiitre, soit comme témoins, soit comme délinquants, appelle au cabinet d'un Juge, n'y parviennent pas s'ils ne peuvent donner, au passage, les sommes prélevées sur leur naïveté, au prorata du titre des intermédiaires indigènes. VA le lendemain ou le surlendemain la police arrête les bougres qui « ont refusé » de répondre à la citation I,

Il foiulruit un eliapitre aussi, voire un volume, pour énuinèrer les cas dans lesquels des magistrats de certains postes, pour plus de commodité dans l'instruction, retiennent allègrement des témoins indigènes en

prison pendant plusieurs mois. Enfin, les magistrats seraient-ils instruits de la Isugue et des mœurs du paysi que leur justice ne saurait encore être satisfaisante : ils seraient liés par le Code — le Code français — par lequel on a brutalement remplacé la loi annamite. Ou nous ne donnons pas la Justice, ou nous rendons une justice incompréhensible pour l'Annamite...

Evidemment, le juge, le bon juge, peut .beaucoup, par sa connaissance du pays et des habitants, pour pallier les elTets souvent désastreux de notre justice. Mais avec le régime de la magistrature coloniale, comment le meilleur des juges serait-il passable î Le Procureur général d'aujourd'hui était hier à Madagascar. Tel président avait fait ta moitié de sa carrière dans l'Inde. Tel juge vient de Nouméa ; tel autre arrive de la Réunion. Et M. Rodier oubliait de dire que les tribunaux, déjà si rares, n'étaient que plus rarement encore au complet, avec les congés et les maladies.

Un tribunal de Cochinchine est doté d'un président qui, sur huit ans d'exercice, en a passé huit en congé...

Et puis, tous les juges ne s'occupent pas que de la justice; j'en citerai d'illustres exemples, avec preuves à l'appui.

D,g,t,7P:h»Gooj^le

Soas le fardeaa

DoDC, nous ne donnons pas grand'chose aux indigènes dont ils aient à nous savoir gré.

En revanche, nous leur demandons beaucoup, beaucoup trop; les charges sont excessives j elles deviennent intolérables par ta manière avec laquelle on procède...

Impôt direct. — Où la taxe personnelle était de p. 40 — elle est à présent de 2 p. 50. Où l'impôt foncier était, pour l'immense majorité des rizières, de 1 p. 03, il fut porté à 1 p. 13. Ce n'était que p. 10 d'augmentation par man. Mais il y a man et man. H y a celui des bois, des étoffes, des champs. Sous l'ingénieux prétexte d'unifier le mètre annamite, le législateur de 1897, « attendu que le mètre annamite de 0"i40 français est celui qui se rapproche le plus du type généralement admis par les indigènes pour les transactions immobilières », Âxa le man à 3.680 mètres carrés. De sorte que l'indigène, qui payait en moyenne 1 p. 03 pour 4.970 mètres carrés, paya 1 p. 13 pour 3.680 mètres carrés. L'augmentation apparente de 10 "/g était en réalité une augmentation de

Au Tonkin, en Annam, pas de cadastre; on taxe de façon brutalement arbitraire ; l'iniquité est flagrante.

En Cochinchine, un cadastre inexact, mais, enfln, un cadastre.

Ainsi, aucune base n'existant, on pouvait, en cours d'exercice, faire varier l'assiette de l'impôt, augmenter le revenu sans modifier les taxes. La différence

énorme existant entre le rendement réel de l'impôt foncier et le rendement prévu pour certaines années, ne pourrait s'expHqucr si l'assiette de l'impôt était restée fixe. On procédait d'une façon sin)ple. On attribuaitchaque annéeà chaque village un certain nombre d'inscrits, une certaine étendue de terres cultivées de diverses catégories. Voulait-on obtenir un supplément de ressources, on modifiait les chiffres en cours d'exercice. On obligeait les villages à payer pour un nombre d'inscrits, pour une superficie cuîlivée, supérieurs au nombre et â la superficie qui leur avaient été attribués au commencement de l'exercice. On est arrivé à des résultats tels que celui-ci : d^ins la province de Nam- Dinh, dont la superficie totale, d'tiprès la carte, n'alteint pas 120.000 hectares, les statistiques mentionnent 122.000 hectares de rizières, sans compter les autres cultures, et l'Annamite, en 1900, paye docilement l'impôt pour des rizières qui n'existent pas!

Impôts indirects. — C'est ici que l'imagination des faiseurs de budget s'est manifestée dans toute son ampleur. Les impôts directs apportent au budget plus de 33 o/ii. Nous avons vu comment la rizière et le paysan étaient taxés. Pour le reste, une théorie violente domine ; créer des besoins à l'indigène, pour en tirer profit ! Comme si ce n'était pas assez de frapper ce qui lui est nécessaire ou habituel, déjà: le sel, le tabac, l'alcool, la noix d'arec, l'opium, les cotonnades dont il se vêt, le bois dont il édifie sa case.

Le Sel

Pour le sel, objet de loute première nécessilé chez <fes populations île pécheurs, rAniiamile n été particulièrement salé ! Jadis, il n'y avait qu'un droit Je sortie minime. Mainlenant, monopole d'Etat, vente forcée à la rét(ie, aux entrepôts créés par l'Etat, au prix fixé par l'Etat. En 1897, le sel valait en moyenne p. 15 le picul (60 kilog.) ; le droit a monté jusqu'à 1 p. 70, près de douze fois la valeur du produit

« Le résultat a été pour l'Annam ta ruine de l'industrie de la pèche. Jusqu'alors, dans beaucoup d'endroits, pêcheurs et saulniers s'associaient, ce qui leur permettait de fabriquer des saumures snns capilal. La réglementation douméiieime a dissous ces associations sans indemnité. D'autre part, la valeur du sel ayant augmenté dans des proportions énormes, il est devenu impossible aux pcclieurs qui ne disposent pas de capilaux de s'approvisionner à la Régie de la quantité de sel nécessaire à une campagne de pèche. Ainsi ont disparu la plupart des pêcheries de l'Annam.

i> La Régie était forcée d'acheter toute la pro<luction. Or, celle-ci était supérieure à la consommation, puisqu'en 1896 l'Annam aviiil exporté lOO.OUf) tonnes de sel. Mais la Régie, incapable d'organiser l'exportation, s'est trouvée bientôt encombrée de stocks considérables. A la fin de 1900, elle avait ainsi pour plus de 700.000 piastres de sel en excédent, d'où déikil égal dans le budget général. Pour éviter cet inconvénient, le seul moyen qu'ait trouvé la Régie fut de restreindre la production. L'industrie du sel était la seule industrie de tjuelque importance en Indo-Chine, on l'a ruinée, délibérément, en décidant de ne laisser subsister que les salines nécessaires à la consommation. L'exportation du set a

complèlement cessé. En vain le Japon, pendant toute la durée de la guerre, offrit d'en aclieter.

» Mieux encore, comme on n'arrivait pas à calculer le nombre de salines nécessaires à ta consommation, comme on veut avant tout éviter l'accumulation de stocks ruineux, la Régie, depuis quatre ans, a été réduite à acheter chaque année du sel en Chine. L'Annam, qui exportait du sel, en importe pour sa consommation. »

A ce raccourci saisissant de Pierre Quillard, si bien documenté, j'ajouterai ceci ; Autrefois, il n'y avait pas absolument de mauvaises années pour le Delta tonkinois. Quand l'inondation envahissait la rizière, elle y amenait abondance de poissons, et l'indigène faisait campagne de pêche ; impossible aujourd'hui, faute de sel. D'autre part, la population était habituée à telles salines. Aujourd'hui, elle doit accepter n'importe laquelle. Imaginez leconsommateurdeset fin à qui l'on apporte du sel gris. Les indigènes du Tonkin et de l'Annam, accoutumés au sel blanc, ont vivement protesté contre la mise en vente du sel noirâtre et vaseux qu'on leur expédie de Cochinchine, Impropre aussi à certaines salaisons. De plus, le Iraitsporl de Cochinchine au Tonkin nécessitanl des frais assez élevés, la Régie a cru devoir majorer d'aalanl le prix de vente au public. Les consommateurs ont dû payer 20 à 25 o/a plus cher un produit qui rie leur convient nullement...

Ajoutez à cela que les entrepôts ont été créés si peu nombreux et sur des points si distants les uns des autres, que les indigènes des villages subissent le service de transport organisé par des Chinois, qui profitent de cela pour majorer à leur gré, selon la distance de livraison, les prix du sel. Pour la première fois en 1905, le directeur, M. Boundal, eut l'idée de faire multiplier le nombre des entrepots. M. Boundal étant parti, le projet est resté projet.

Il faudrait prendre des mesures en vue de la reconstitution des salines imprudemment détruites, et du développement des salines encore existantes. Des approvisionnements considérables devraient toujours être constitués pour pourvoir au déficit causé par de mauvaises récoltes. D'autre part, l'exportation sur les ptys étrangers, notamment à Singapoure et au Japon, permettrait d'écouler le trop plein dans des conditions avantageuses.

Mais, c'est bien de cela qu'il s'agit !

Il faudrait des volumes entiers pour énumérer toutes les vexations auxquelles est en butte la population, au sujet des impôts indirects...

l'Oplam "'

L'Administration fabrique l'opium, dont elle concède le monopole de vente, dans chaque province, à des particuliers, qui devraient être . le dernier et plus fort enchérisseur ». Il n'en va pas ainsi dans la pratique. Comme les offres ne sont pas publiées, l'Administration peut choisir qui bon lui semble. Le débitant général majore son prix d'achat ; les sou s -débitants, de même. Et comme la gestion du monopole est ordinai-

(1) L'Annamite fumait moins l'opium avaut notre arrivée qu'aujourd'hui, où, tout eu le condamnant au point de vue de rtiygiène, comme l'alcool, nous en propageons l'usage, de toutes nos forces, pour équilibrer le budget. Alors que les Luoudalioiis et le typhon dévastent l'Indo-Cliiue, en pleine famine, le gouvernement n'a qu'un but : forcer la vente de l'opium et de l'alcool; le» administrateurs ne sont pas jugés par la sagesse de leur administration, mais par leur entraînement à soaquer l'indigène... Tels sont les bienfaits de la civilisation hypocrite qui pousse i'indigéuc à tous les excès, dont elle bénéficie, et que le monde réprouve I

D,g,t,7P:hyGoogle

rement sous-concédée à quelque Chinois exploiteur, il n'y a pas de prix de vente régulier, au détail.

Mais, vexation suprême, le fumeur est obligé de recueillir et de rapporter le dross, le résidu de l'opium, dont il pourrait, avec des mélanges, faire quelques pipes ; quand il achète, il lui faut déposer une somme, en garantie, qui ne lui est rendue que contre le dross /

Ajoutez à ceci que l'indigène préfère souvent à la drogue orficielle l'opium de contrebande. La fraude esl innombrable, insaisissable, donne lieu à des répressions maladroites ou exagérées ; c'est un régime de terreur, qui s'exerce aussi pour le tabac et la noix d'arec. Le tabac, l'aréquier, c'est le jardin familial, autour de la case. Les droits sur Uaréquler étaient odieux, un vient de les supprimer, mais parce que cela ne rapportait rien, les propriétaires préféraient abattre les aréquiers.

Le Tabac

Pour le tabac, les choses sont combinées de telle sorte que l'on doit aboutir fatalement au monopote...

L'impôt sur le tabac est déjà prévu aa budget de 1905 avec une augmentation de 110.000 piastres (800.000 contre (iOO.OOO). Ona fait état des niodirications projetées en cette malière, d'après lesquelles le poids, au-dessous duquel le produit cesse d'être imposé à la circulalion, serait réduit de 10 â 1 kijog... Mais les frais de perception dépasseraient de beaucoup les recettes à effectuer !

Jadis, les allumettes ne se payaient pas, le débitant vous donnait la boite, avec la moindre emplette d'un paquet de cigaretles; aujourd'hui, on ne les paye guère moins cher qu'en France, et la création d'un monopole est Imminentei

prhyGooj^le

Taxes vexaldres

Une autre taxe est tout k fait impopulaire, celle sur les bambous, sur le bois flotté.

Pour construire, ou pour vendre, l'Annamite coupe le bois, forme un radeau. Il lui faut aller chercher l'autorisation, payer les droits, à des distances quelquefois extraordinaires, tl part sur son radeau. Un surveillant indigène l'arrête pour vérifier. Il faut une, deux, trois journées pour défaire, rassembler le radeau, à moins de glisser un cadeau à l'agent. Ce sont là des tracasseries et des exactions incessantes 1

A Thudaumot, l'an dernier, des chargements descendant par voie lluviale ont été arrêtés pendant plus d'un mois, en raison des tracasseries suscitées aux transporteurs indigènes qui avaient négligé de gagner l'obligeance de leurs congénères, agents auxiliaires du fisc.

A Travinh, à Beutré plus spécialement, des agents volants des Douanes inspiraient aux notables de leur ressort une terreur telle, qu'à l'annonce de leur tournée, les notables préféraient abandonner pour quelques jours leur maison à la disposition lil>re du douanier qui, les femmes ou les filles étant là, se comportaient comme en pays conquis et avaient une façon mal appréciée des indigènes de faire de la politique d'association.

Cette fiscalité à outrance, s'appliquant à des produits du sol qui sont, pour l'indigène, ses moyens d'échange à peu près uniques sur les marchés de l'intérieur, a eu, dans tout le pays, la plus fâcheuse répercussion tant au point de vue économique qu'au point

de vue politique ; car, en même temps que l'application des taxes nouvelles se traduisait par un arrêt marqué dans la production et par un renchérissement sensible des denrées, surgissait toute une réglementation, calquée souvent mal à propos sur celle de la Métropole, exagérant les formalités innombrables et mettant même parfois l'indigène dans l'impossibilité de les remplir.

Alors que tant de Français se trouvent si fréquemment en dilllcuité avec le fisc, comment des paysans annamites, ignorant notre langue, ne seraient-ils pas ahuris de crainte devant nos u chinoiseries i> administratives ? Et si l'on considère que l'impôt sur les bois flottés, par exemple, ne fait entrer dans les caisses du budget général qu'une cinquantaine de mille piastres par an, on reconnaîtra que ce résultat dérisoire est loin de correspondre aux tortures dont est victime la population, à qui, de fait, toute liberté de se mouvoir est retirée !

Dans cet ordre de faits et d'idées, la question de l'alcool est la plus grave de toutes ; pour l'indigène ce n'est pas une boisson seulement : il n'est pas de cérémonie familiale, religieuse, politique, où il ne soit employé à des usages rituels. Et, jadis, la fabrication en était libre. Pour le budget général, c'est l'aliment de première nécessité. Aussi, là, nous sommes-nous montrés plus durs, plus exigeants encore, que dans tous les autres chapitres.

Un arrêté de 1807 créa le monopole d'Etat — concédé à une Société, pour le Tonkin, — en attendant de l'é-

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tendre au reste de rindo-ChineC); laltbertédeladîstillation indigène était supprimée : obligation lie s'approvisionner chez un fermier général de la vente. Enfin, ce n'est plus le choiim-choiim patriarcal, l'alcool à goût empyreumatique exclusivement aimé des Annamites qui se fabrique dorénavant, mais de l'alcool européen, tout à fait inbuvable pour les indigènes.

D'une part, les indigènes sont violentés, dans leurs goûts héréditaires, pour l'alcool comme pour le sel et l'opium.

D'autre part, le gouvernement ne voit pas se réaliser les prévisions budgétaires qu'il avait escomptées — à cause <ie la mévente des produits ofTerts à la consommation — pour les raisons principales suivantes :

1" mauvaise qualité des produits livrés ;

2" Exagération des prix de vente ;

3o Contrebande.

L'arrêté du 20 décembre 1902 exige que les alcools

(I) Ce ne sera pas eiico Aimam, le régime est le mi pôle, dans le reste de l'AuDam il D'en va pas de même. Une sorte de monopole a été donné à la Société des Thés Lombard, qui l'a aiissitût rétrocédé ou afTermé aux distillateurs chinois. Et, comme le gouvernement devrait racheter pour imposer l'arrêté de 1902, les choses restent dans cet état bizarre.

('2) Il faut remarquer que cet arrêté du20 décemttre J90S, qui couronne l'édiflce tlscal élevé par M. Doumer, émane de M. Beau, gouverneur géiiéi'al, arrivé en octobre à Saîgon... Des lecteurs de ces articles m'ont fait observer que je ne devais pas imputer k M. Doumer un document qu'il n'eût peutêtre pas signé, et dont les effets ne sauraient engager sa responsabilité... D'aucuns même objecteut à certaines critiques que M. Doumer aurait su corriger les défectuosités de son œuvre, qui sont apparues avec le temps et les circonstances...

aient « le goût empyreumatiqae spécial aux boissons alcooliques employées par les indigènes ».

Or, l'alcool officiel est un alcool neutre, sans goût précis et ne appelant que de fort loin le produit fabriqué par les procédés indigènes. Les distilleries officielles du Tonkin ne fabriquent que des alcools neutres à haut degré (de 72" à 80») qu'elles ramènent au degré légal der40'> par une simple addition d'eau. Dans de pareilles conditions, il est certain que tout goût pouvant résulter de la mise en œuvre d'une matière spéciale, comme le riz, disparaît, et ce n'est guère l'addition d'eau pure qui peut le lui rendre.

C'est donc l'encouragement à la fraude. Le chiffre de vente de l'alcool ofilciel n'atleint, à peu prés, que le tiers de la consommation réelle ..

(La fmude, pour l'opium, serait de 50 "/o, et pour le sel, de 25 "/» I)

Les résidents sont unanimes â déclarer qu'ils se heurtent ù une résistance invincible des indigènes. On a souvent incriminé le mauvais vouloir de l'Administration Résidentielle à seconder les efforts des Douanes et Régies {'). Cependant, elles-mêmes doivent avouer,

C'est dire qu'il appartenait à M. Beau de foire le nécessHire, que lui seul avait les moyens depuis 1902 de parer aux éventualités. Or, M. Ueau a « gardé les liommes e et conservé l'état de cbuses ancien... Mais, aftirment des amis proches de M. Beau, celui-ci n'a jamais été libre de ses mouvements. Fonctionnaire, il a dû obéir, subir les impi'cssions duPaoillon de Flore, toujours indécis, au gré îles intlucuces politi-

(1) Un adversaire des résidents m'aflirme qu'on a fait la preuve de la mauvaise volonté de plusieurs d'entre eux de la façon suivante : Qn leur envoyait de l'alcool indigène dans des récipients européens; les populations ne veulent pas de cet alcool, disaient-ils ; au contraire, leur expédialt-on de l'al-

comme on le verra par ce fragment de lettre, émanée du cabinet même <tu Directeur des Douanes, en réponse à un industriel qui sollicitait une autorisation de distiller, pour la Cocliinchiae, où le monopole ne s'était pas étendu encore :

f C'est une erreur de croire que le jour où la colonie » compterait seulement des installations européennes, > la contrebande serait absolument supprimée. L'expé- » rience montre combien l'iadigéne est hostile à l'alcool fabriqué avec des appareils perfeelionnés. Son goût » n'étant pas respecté, il préfère entrer en rébellion plutôt » que de consommer un produit qui lui déplaît... •

Il Le Tonkin nous en donne des preuves presque j> Joarnetlement...

» Depuis que les usines européennes fonctionnent seules, » la fabrication clandestine a redoublé d'intensité... »

Cet aveu total est signé du chef de cabinet du Directeur des Douanes.

Mais le gouvernement pourrait exiger des bénéficiaires du monopole des améliorations ?

Le gouvernement préfère incriminer le mauvais vouloir des résidents, et chercher à convaincre l'indigène par une répression jusqu'à présent sans résultats.

cool européen dans dea récipients annamites : voilà ce qu'il nous faut, proclamaient-ils... 5Jnon e oero... En tous cas, un fait domine tout ce débat administratif : te régime actuel ne donne pas ce que l'on avait espéré, malgré la pression essayée sur les résidents. Bien mieux, on a tenté d'associer les notables aux bénéfices, par un tant pour cent sur la plus-value ' de recettes. — au-dessus du chiffre de rendement Rxê pour la provincel Et malgré ces efforts énormes pour obliger l'indigène à consommer l'alcool administratif, l'indigène résiste, de plus en plus, ave<

u Tonkin et dans le Nord Anna'm, où sévit le nopole, l'impôt a été augmenté avec une rapidité et is des proportions verligineuses.

in 1902, l'alcool y était vendu avec une force alcoole de Sti" ; la taxe était de 25 cents par titre d'alcool , soit 9 cents par litre d'alcool de consommation.

partir du !«' janvier 1903, sans tenir compte des litndes et du goût des consommateurs, et dans un

purement fiscal, on a porté à 40» le degré impératif |uet devait être vendu l'alcool. 11 en est résulté une ;mentation de droit de 1 cent par likre - soit 10 °/o. u U<' janvier 1904, on a porté la taxe de consomma- I il 30 cents le litre d'alcool pur, soit 12 cents au I de 10 pour le titre à 40" ; l'augmentation a été de '/o. Au total, m o/o en douze mois I

utre chose ; le prix de vente par le débitant général ait varier suivant le cours du riz — qui a baissé en l. Les Douanes et Kégies ont fait maintenir les prix nais à titre de ristourne se sont emparé de la ditîéce — qui était de 2 cents 4 par litre à 40»... 'augmentation, depuis le ]'' janvier 1903, est donc, ait sinon en droit, de 3 cents 4 par lilre, soit exacteil 60 "/ ■- C'est, peut-être, exagéré — et cela montre procédés des Douanes et Règks pour se créer des

i conirebande est donc excessive, et les Douanes et ies ne peuvent parvenir à la réprimer : elles ne font exaspérer les populations...

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Les Deaancs et Régies ; répression de la fnadz

La recherche de la contrebande ne fait par des perquisitions, des visites domiciliaires chez les particuliers. Or, les agents européens de la Régie, chargés de ces visites, n'ont aucun contact direct avec la population indigène ; ils habitent dans des centres, loin des villages; ils ne conversent avec le contribuable qu'à l'aide d'interprètes. Qu'ils opèrent seuls ou en nombre, formant ce qu'on appelle des brigades volantes, ils sont obligés d'avoir recours à des intermédiaires volontaires, nommés indicateurs, dont les dénonciations sont rétribuées par une quote-part assez forte(40 ",>)du produit des prises, amendes et confiscations. Là esl le vice de l'organisation.

Il esl rare, en elTet, que la contrebande soit pratiquée par des individualités travaillant isolément. Qu'il s'agisse de fabrication clandestine d'alcool, de fabrication clandestine de sel, de circulation frauduleuse d'opium, la fraude exige toujours certaines avances d'argent que peu d'Annamites, habitant l'intérieur, ont à leur disposition. Quelquefois, la contrebande est organisée par des groupements, par des associations ; il n'est pas rare de voir des villages entiers, qui ne possèdent aucune terre, aucune rizière à cultiver, vivre uniquement et ouvertement du produit de la vente de l'alcool, du sel ou de l'opium de contrebande. Le plus souvent, elle eslpraliquéepardes mandarins, chefs de cantons, chefs ou notables de villages, qui n'opèrent pas eux-mêmes, mais emploient d'autres indigènes plus ou moins rémunérés. Le contrebandier, auteur, au point de vue légal, de la fraude, est donc, en général, un simple ouvrier

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travaillant pour le compte soit d'associations, soit de cliefs indigènes plus fortunés.

Or, les indicateurs n'auront garde de s'attaquer à ces associations, à ces mandarins; ils craignent trop les vengeances qui ne larderaient pas à s'exercer. Us préfèrenl s'entendre avec les bénéficiaires de la fraude, toucher d'eux la rémunération de leur silence complaisant. Pour conserver la confiance des agents de la Régie qui les emploient, ils se contenteront de dénoncer — et bien souvent d'accord avec les bénéficiaires de la fraude — quelques misérables ouvriers chez lesquels on trouvera quelques kilogrammes de ri/, en . fermentation. Souvent encore — et c'est là l'odieux du régime — pour assouvir des rancunes personnelles, ils n'hésiteront pas à dénoncer un innocenf, après avoir eu soin de cacher dans son domicile, ou dans le terrain avoisinant, quelques grammes d'opium.

Dans tous les cas, un procés-verbal sera dressé. L'indigène poursuivi, qui n'a cependant aucune ressource, proposera vingt ou trente piastres qui seront acceptées à titre de transaction par la Régie, et payées par le patron au compte duquel travaillait le contrevenant. Le patron sait, au besoin, faire certains sacrifices ; le genre d'opérations auquel il se livre nécessite parfois l'ouverture d'un compte spécial de profits et pertes, il ne l'ignore pas.

Si ta Régie refuse la transaction proposée, le contrevenant sera traduit devant le tribunal correctionnel qui prononcera une peine de quinze jours â.un mois d'emprisonnement et une amende de 500 à 2.000 fr. La peine d'emprisonnement ne produit aucun effet moral sur l'indigène, elle n'entache en rien son honorabilité auprès de ses congénères; elle laissera le condamné à peu près indifférent. Quant à l'amende, son taux est hors de proportion avec la fortune moyenne des Anna-

mites ; à cause même de son exagération, elle ne sera pas payée, le service intéressé ne songera pas ù en assurer le recouvrement ou consentira une transaction ridiculement minime, 5 piastres, 10 piasti-es, a» maximum. De ce chef, le jugement restera donc inexécuté.

Supposons même que le condamné possède quelques terres et que la Régie se montre intransigeanle. Les terres seront mises en vente, mais aucun acquéreur ne se présentera, et moyennaitt une offre quelconque (une ou deux piastres) faite par un intermédiaire, le condamné se retrouvera tranquillement en possession de ses biens.

L'Annamite — il serait cependant temps qu'on se rendit compte qu'une législation qui le concerne exclusivement devrait être conforme à ses habitudes et à son caractère - ne comprend rien à ces agissements et à ces atermoiements. S'il est coupable, il acceptera avec résignation la peine, si grave fût-elle, qui lui sera infligée ; il ne proférera aucune plainte, n'élèvera aucune protestation. Mais, suivant lui, la punition devrait suivre de prés la faute. Les longs délais qui s'écoulent d'ordinaire entre la contravention et le jugement lui paraissent inexplicables. Il n'a que dédain pour une juridiction qui prononce des peines sévères et qui ne sait ou ne peut les faire exécuter. Avec ses idées simples et primitives, il interprétera l'indulgence dont on use h son égard comme une preuve d'impuissance ou de faiblesse. Une condamnation moins. lourde, mais strictement exécutée, aurait sur lui un efTel moral autrement sérieux.

L'inefficacité d'un pareil mode de répression n'a |>as échap|)éau rédacteur de l'arrêté du 20 décembre 1902. Il n'ignorait pas que la fraude était généralement pratiquée par les autorités elles-mêmes ; qu'en tous cas, étant donnée l'organisation de la commune annamite.

la contrebande De pouvait se faire dans un village sans la connivence, la complicité, ouverte ou tacite, des autorités. 11 a stipulé, dans l'article 96 de l'arrêté, que " les autorités du village seront rendues responsables des condamnations pécuniaires encourues .. lorsqu'elles n'auront fait, préalablement à la constatation de la fraude, aucun acte pour prévenir ou empêcher le délit de se commettre *.

L'intention du législateur ne laisse place à aucun doute. Chargées, suivant le droit annamite, de la police du village, les u autorités du village n doivent, sous peine d'être pécuniairement et personnellement rendues responsables des condamnations encourues par leurs administrés, prendre toutes mesures propres à supprimer la contrebande dans l'étendue du territoire dont elles ont la surveillance.

En présence d'un texte aussi clair, on peut s'étonner à bon droit de la pratique suivie.

En fait, la responsabihté n'est pas reconnue et prononcée à l'égard des autorités personnellement, mais bien â l'égard du village. On substitue la responsabilité coi' lective des habitants à la responsabilité individuelle des fonctionnaires administratifs.

Or, qu'amve-t-il lorsqu'un village est rendu responsable des condamnations encourues par un de ses habitants? En aénéral, l'exécution du jugement inconitiant non à la Régie, mais à l'autorité locale, à l'administrateur chef de province, ce jugement restera lettre morte. Sur un millier de condamnations ainsi prononcées, à peine en citera-t-on une ou deux suivies d'exécution. Encore, si l'autorité locale manifeste une velléité d'énergie, aura-t-elle pris soin de faire réduire, par une transaction préalable, des neuf dixièmes, au moins, la somme ù récupérer. Et le recouvrement du dixième restant incombera aux autorilés mêmes du village qui auraient dû être condamnées personnellement. Mais

S autorités sont, de droit, exemptes de l'impôt personnel el qu'elles sont, en outre, chargées de la répartition de rimjiùl, on pense bien qu'elles n'auront garde de se comprenilre dans la répartition. Et, grâce à ces pratiques défectueuses, on en arrive à faire payer par des innocents des sommes au paiernent desquelles ils n'ont janiais été condamnés ; encore doivent-ils s'estimer heureux si les autorités ne profitent pas de la circonslance pour recouvrer, à leur profit, le double ou le triple de l'amende réclamée par l'Administnition.

On comprend aisément combien un pareil système de répression, qui aboutit à des iniquités aussi révoltantes, est impopulaire auprès de la population indigène. Le malheureux paysan annamite, le seul sur lequel porte tout le |)oids de l'impôt, reste seul en butte aux perquisitions, aux visites domiciliaires, opérées brutalement par des agents auxiliaii-es indigènes, et qui blessent profondément son sentiment inné du respect de la propriété. S'il échappe â une condamnation, il n'échappe pas au paiement de.s condamnations prononcées contre d'autres. Il paie l'impôt, il paie l'amende, et le véritable coupable, le bénéflciaire de la fraude, le notable de son village, sera précisément celui qui les lui fait payer.

En un mot, la répression actuelle ne frappe que des comparses insolvables ; le vérilabie auteur de la fraude échappe à toute action répressive. Les décisions judiciaires resteni le pins souvent lettre morte ; quand elles sont exécutées, c'est l'i rencontre de collectivités innocentes, à l'exclusion des coupables.

On pourrait prévenir la fraude au lieu d'avoir à réprimer. Mais il y faudrait l'aide des administrateurs civils qui, seuls, ont influence et pouvoir sur les man-

darins. Mais l'Administration Résidentielle est en hosti' lité ouverte nvec les Dottnites et Régies ; les résidents ne tiennent pas à déchaîner J;i rébellion, dont parle la Direction des Douanes !

Comme le Diiecteur des Douanes n'avait aucune action sur les résidents, on vient de nommer un rési' dent supérieur à la Direction des Douanes. [I jugeait le poste si périlleux, qu'il a Tallu meltre le prix à son acceptation. Un Directeur des Douanes était inférieur à unrésidentsupérieur. M. Morel a été nommé gouverneur de i"> classe avant son entrée en fondions et fait ollicier de la Légion d'honneur. On a pensé qu'un ancien administrateur aurait plus d'iniluence qu'un directeur d'autre carrière, sur des administrateurs. Hélas 1 plus que les hommes, il conviendrait de changer le système (').

Le Scandale du Mcncpolc en CccbincWnc

Le monopole n'a réussi, au Tonkin, qu'à nous aliéner l'indigène.

Aussi va-t-on l'étendre, ce doit même être fait, à la Coehinchine.

Pourtant, on a longtemps hésité. Le précédejit Minis-

(I) M. Morel n'était pas nommé depuis six mois qu'il parla de se retirer. 11 ne Tallut rien moins qu'une augmentation de solde de cinq mille trancs pour le fixer à son poste : qu'il reste ou qu'il parte, cela n'unra guère influé sur les destinées des douanes Indo -Chinoise s I

tre des colonies, M. Douniergue, a refusé de s'associer à cette affaire. Car c'en est une. M. Clénienlel, aussi, dans les premiers mois de son ministère. Il a même, à ce sujet, rappelé M. le Gouverneur général Beau et te Directeur des Douanes, M. Crayssac, qui avaient engagé des pourparlers avec la Société Fontaine. M. Cténientel jugeait nulle, après consultations juridiques, la lettre du 10 décembre 1904, adressée par M. le Directeur général dès Douanes et Régies de l'Indo-Chine à la Société de Distillerie de Hanoï.

L'insanité de ce document est péremptoirement reconnue par tous les juristes qui l'ont examiné. Ce n'est pns un contrat, mais le plus vagbe projet jeté sur le papier. Il est nul, parce qu'il ne mentionne aucune durée. Pourtant, il ne saurait être éternel. Il est nul, parce que contraireà l'ordre public. En effet, tout ce qui concerne l'impôt, sa quotité, .son mode de perception, son assiette, font partie de droits inaliénables, qui ne peuvent faire l'objet d'aucune stipulation de la jiart ou en faveur d'un particulier. Il est nul, parce que en contradiction avec lorrélé de 1902, converti en décret, ayant force de loi. En cas d'augmentation de vente, au-delà du chiffre du monopole, par l'arrêté de 1902, c'est au distillateur qui fera les offres les plus réduites que le gouvernement devra s'adresser. Dans la lettre de 1904, le bénéfice exclusif de la totalité du surplus de production est garanti à la Société du Monopole.

11 est nul, parce que l'approbation du Gouverneur général : Approuvé la proposition ci-dessus, indiquerait bien qu'il ne s'agit que d'un projet; mais, surtout, parce que cette approbation n'est pas régulière, elle aurait dû être donnée en Conseil Supérieur de l'Indo- Chine. Le défaut de cette formalité essentielle rend l'approbation caduque...

La Société aurait menacé de procès le Gouvernement,

qui s'est incliné. Par crainte d'une indemnité à verser, le monopole de fabrication ou des trois quarts de Tabrication, puisque certaines usines existantes n'ont pu cire expropriées, a été concédé à la Société de Hanoï. Le Gouvernement se charge de ia vente. Comme il est incapable de l'assurer, bientol quelque personnalité ou groupe — déjà connus — bénéficieront de la nouvelle charge — et l'afFaire sera dans le sac.

Le Gouvernement aurait eu le devoir de rechercher s'il n'y avait pas de procédés nouveaux pouvant donner satisfaction au goût de l'indigène. L'atcool européen de la Société Fontaine, vomi par les indigènes, n'a guère de chance d'être mieux accueilli des Gochincliinois.

Des propositions ont été faites pour des essais nouveaux. [I n'en a pas été tenu compte. Le Gouverneur général a décrété qu'il n'y avait pas de progrés possible (sic) ef que les Annamites finiraient bien par s'habituer à , boire ce qu'on leur donnerait (.sic).

Point de salut, hors l'alcool Fontaine.

Ainsi, les savants peuvent travailler; arriveraienl-ils — et je crois que l'on est en \oie d'y parvenir — à fabriquer le vrai choum-choam des mdigènes — ceuxci seraient condamnés à ne consommer i|ue l'alcool dont ils ne veulent pas , la fraude continuera de croître et la mévente des ptoduits officiels de s'accentuer, qu'importe '.

Mais les actionnaires de la Société française des Distilleries de Vlndo-Chine (ancien élablissemenl Fontaine et C'e) seront assurés de dividendes magnifiques (').

(1) Cette société estimait racheter toutes les distilleries é raison de 30 piasti-es l'heclo de contingent. La Banque dt rlndo-Chine souserioait en bloc 500.000 francs d'actions iwupellet, pour augmentation du capital <le la Société privilégiée.

(Dans la liste <ies actionnaires, où des personnes sans fortune ont îles parts considérables, n'est-il pas curieux de voir figurer, pour des sommes élevées, M. Assaud, procureur général de l'Indo-Chine, M. Michel, avocat général {t Hanoi, M. Long, ancien procureur de la République à Saigon ; par exemple, il y a d'autres noms, tel député, voire ministre, dont il ne me convient pas de piétiner le cadavre politique...)

Je n'ai cité que ceux des magistrats pour montrer dans quelle posture se trouve tout un pays en face d'un monopole protégé de si haut ; voir, plus loin, le scan. dale de Tan-hoa-Taï.

Ce contrat était si grossièrement favorable fi la Société et dangereux pour la colonie, que le Ministre s'opposait ik son exécution en mai 1905, cassait aux gages le Directeur des douanes, M. Crayssac, qui l'avait signé, et rappelait M. Beau, qui l'avait approuvé...

et (.'ouvrait alors cette dernière pour un emprunt à 6 °/a du capital nécessaire il l'achat des contingents (environ 53.000 hectos à raclieter).

Or, d'après les prix d'aciiat de rarrfté et les prix de revient de la Société, cette derntèi'e devait ga);uer dix piastres à l'iiectolilre d'alcool raljriqué et vendu à la Kégie. Un hectn de contingent, payé 30 piastres, se trouvait donc devoir être remboursé au tiout de trois ans, et, à ce moment (libéré de tout emprunt), le iiénélEce annuel île la Société était, estimé devoir être, pour il' minimum de6O.(l00 liectosde consommation annuelle, 60l).00ll piasti-cs. suit K.'idO.OUU fi-ancs. Si on ajoute à cela les bénéfices du Tonliin, où la Société iwsséde le monopole de fabrication pour Ils 2/.t de fourniture, soit SOO.UOO francs par an, de par contrat signé Beau, sans aléa possible, la Société espérait, pour un capiliit actions de 3.500.0(10 francs, un tténépce annuel de •J.:mJm francs. (Extrait, du B6gini« Ile l'Arbitraire aux Colonlea, l.e Monopole des alcools en Cochincliiiie, iiar Ed. Ueleurance, Ingénieur des Arts et Manufactures).

Or, tout s'est arrangé, M. Crayssac n'a pas été sacrifié, M. Beau fut cravaté commandeur de la Légton d'honneur, IH. Clémenlel a couvert le traité Fontaine contre lequel il vitupérait six mois avant - et ce sont ià les mystères de la politique d'association... (')

Naturellement, tout inventeur qui propose au gouvernement de faire connaître des procédés nouveaux, est évincé sans merci ; comme il faudrait une autorisation d'installer une distillerie et que les contrats Fontaine portent qu'il ne sera pas installé d'usines nouvelles, les savants et les industriels en sont pour leur science et leurs capitaux; impossible de faire connaître et d'expérimenter leurs découvertes.

Devant les plaintes unanimes des résidents et de la population, le devoir du Gouvernement était d'esigcr un produitplus conforme au goût de l'indigène, comme cela est stipulé dans l'arrêté de 1902. Vainement, le débitant générai du Tonkin associe ses récriminations à celles du consommateur. Les Douanes el Régies n'en ont cure. Il semble qu'elles soient à la merci du Monopole, absolument.

(l)Or. voici les résultats :

En mai 1905, les pi-oiluits des régies avaient rapporté 6.367.338 piastres.

En 1906, dans les mois correspondants, iis n'ont rapjiorté que 5,392.715 piastres, soit un déficit de 974.623 piastres.

Or, pour le même laps de temps, les prévisluns du ]>udget avaient été de 6.412.333 piastres I

(En 18 jours, la Régie organisa <7) la vente dans toute la Cochiiichine. Les cases des agents des douanes furent transformées en magasins d'aieool. La Régie ne trouva pas de débitants indjgénespour travailler à son compte. Ces derniers comprenaient bien qu'ils ne pourraient vendre 36 piastres (prix de l'arrêté) un alcool que l'indigène refusait quinze jours auparavant pour 22 piastres I)

Ainsi, non seulement la Société fournit un alcool repoussé par les indigènes, sans être inquiétée dans sa fabrication, mais encore, pour les droits k payer, elle jouit d'une tolérance injuslinable.

L'arrêté du 20 décembre 1902 a créé deux taxes sur l'aicool :

1" Une taxe de 3 francs par litre d'alcool pur sur les alcools dits européens;

2" Une taxe, de 25 cents (acluellement 30 cents) par litre d'alcool pur sur les alcools dlls indigènes.

Logiquement, les deux produits, taxés de façon dît férente, devraient se dilTérencier l'un de l'autre, sans confusion possible. Or, il n'en est pas ainsi aujourd'hui, et l'alcool dit indigène n'est taxé à un droit réduit que par la seule raison —assurément Insuflisante en droit — qu'il sert uniquement aux Annamites. Mais, en réalité, cet alcool, qui n'est eu somme qu'un produit neutre, sans goût déterminé, pourrait servir — s'il ne sert déjà ~ à la fabrication de liqueurs dites européennes; d'où une inégalité de taxe que rien ne justifie I

L'Administration criminelle...

Des incidents récents démontrent jusqu'où les Douanes et Régies peuvent aller pour favoriser la Société du Monopole.

En Cochincbine, les distilleries existantes, à peu près toutes chinoises, qui n'auraient pas été rachetées par le Monopole, gardaient le droit de fabriquer, selon "un contingent déterminé une fois pour toutes, d'après la moyenne de production des deux dernières années.

On conçoit que le Monopole avait intérêt à racheter toutes les distilleries indigènes. Les Chinois se sont syndiqués d'ubord pour résister Mais, devant l'attitude hoslile des Domines et Régies, qui leur présageait des dinicultés incessantes avec l'Administration, alléchés aussi par les ^ros prix deviint lesquels ne recule pas la Société du Monopole, à qui les sacrifices ne coûtent guère, nombre de propriétaires ont cédé leurs usines. Tous les efforts se sont ligués contre les irréductibles pour les contraindre à capituler.

Parmi ceux-ci était un Chinois, Vuong Thanh, directeur de la Distillerie de Tan-Hoa-Taï, à qui, le 25 août dernier, procès-verbal a été dressé pour fraude. Or, Vuong Thanh a pu prouver que les jarres d'alcool pour lesquelles il était poursuivi avaient été introduites chez lui par la Douane elle-même. On découvrit les indicateurs indigènes de l'Administration. Ils avaient touché des primes plus fortes que le prix qu'aurait rapporté l'amende encourue. Les preuves étaient si évidentes qu'il fallut arrêter les quatre employés européens, coupables de faux. Toutes les démarches furent faites pour les tirer de là. mais la Justice, devant le flagrant délit, ne pouvait les rel ixer Alors les fonctionnaires mangèrent le pioiccau Ils d(claièrent avoir agi par ordre. Le Chinois refusait de ^endresa distillerie au Monopole, ou bien exigeait un piix considérable. Les douaniers avaient re^u 1 oidre de ne pas lui laisser de répit. Ils n'avaient I ut qu exécuter des ordres.

Les accusés durent reconnaître qu'il y avait eu simulation de fraude - non de leur part, mais provenant de personnes étrangères, dans le but de leur nuire ,. Cepemfant, l'inspecteur des douanes Guillot fut catégori(|ui'inent accusé d'avoir organisé tout le guel-apens; d'ailleurs, le dit Guillot, chaigé de l'organisation du monopole de vente de l'alcool en Cochinchine, a poursuivi avec acharnement un agent des douanes, Kérau-

val, qui avait refusé de signer le procés-verbal équivoque avec ses collègues. Cet inspecteur Guillot a fait une réponse formidable au président des assises qui l'inlerrogeait sur le procès-verbal incriminé — et qu'il avouait n'avoir pas lu : n Si le chef de contentieux devait regarder, aoccla même atlenlion que vous et le même esprit Juridique, les procès-verbaux, il n'y en aurait pas an qui serait valable à rendrait de Paris, sur les deux mille à deux mille cinq cents qui son/ dressés chaque année ! »

L'Avocat géiiéial n'a pu que llélrir la façon dont l'administration protégeait la Socièlê du Monopole.

Les accusés furent ucquiltés. On ne pouvnil condamner des Français et toute leur administraKon. On acquitta, sous prétexte qu'il n'était pas prouvé (!) qu'ils fussent les auteurs de la simulation. Mais, aussitôt, la Cour ordonnait la destruction du procès- verbal entiiché de faux et condamnait les accusés solidairement à 1.500 piastres de dommages et intérêts...

Ce qui n'empêcha pas le Chinois de vendre sa distillerie au plus vite I Comment lutter davantage contre un monopote quia, parmi ses gros actionnaires, des chefs de la magistrature comme les Assaud, les Michel, les Long, etc.

Les Travaux Publics

Hétast les scandales «les Douanes ne sont pas tes seuls; ils sont brillamment êgaléspar ceux des Travaux publics. Mais il faudrait des volumes pour énumérer les gaspillages éliontés de ce ministère omnipotent. Je n'ai pas vu les choses d'aussi près que dans la question des alcools. Tout de même, je puis affirmer que, dans les tracés de chemins de fer, il ya eu des tracés faux, inexistants. Pour être prêts à l'heure commandée, le directeur, les ingénieurs ont <lonnè des tracés absolument imaginaires. Pourtant, il s'agissait d'emprunts de centaines de millions. Déjà les malfaçons et les indemnités se calculent par chilFres énormes. Tout cela était connu et prévu du gouvernement actuel. Cependant il n'y a rien de changé, ni à la tête, ni dans le corps des Travaux ptthUcs !...(')

Dans cet ordre de faits, il serait intéressant de consulter les débats dnprocès Henry-Guillemoto, publiés et commentés â Saigon en 1900. L'ex-eonducteur des Travaux Publics Henry fut poursuivi à la requêle de l'ingénieur en chef Guillemoto, pour a outrage à un magistrat dans l'exercice de ses fonctions », parce que, dans une série d'articles de journaux, il avait démontré le caractère purement îmtiginatif — sauf pour les crédits absorbés — des tracés el piquetages d'alors pour

(1) Ainsi, l'ère des conOits est ouverte avec la société de chemins de fer du Yunnam, à propos du retai'd daus la 1ivrais< et des malfaçons de la ligne de Haiioï-Laokay. Naguère, il fallu verser huit millions d'avances à cette Compagnie, q menaçait d'arrêter les travaux ; bref, c'est le gâebis.

la ligne de Salgon-Bienhoa-Tamlinh. Le tribunal, peu soucieux d'entrer dans le vif technique du débat, préféra débouter M. Guillemoto sur l'erreur commise par ce dernier en se présentant nu titre de magistral oatragé. Le conducteur Henry fut simplement acquitté.

L'administration, bien entendu, le licencia.

Mais je ne puis examiner ici les projets des travaux en cours d'exécution ~ ou d'inexécution — ce sont les plus nombreux et non les moins coûteux. Les plans du réseau ferré devraient être connus du Parlement; et, à la vérité, la. question dépasse les gouverneurs et directeurs de l'Indo-Cliine.

Ici, je ne me préoccupe ((ue de ta responsabilité immédiate des Travaux publics dans la désaffection des indigènes à notre égard... Quant au. dossier de la mégalomanie des Travaux publics il faut signaler les plans de Quan-Tchéou- Wa», où toute une ville était prévue, avec théâtre monumental, etc. Tout cela llnalement pour laisser la Guerre et la Marine s'emparer de tout, et qui n'en veulent plus aujourd'hui, d'ailleurs I

C'est pour les Travaux publics que les Douanes el Régies pressurent la population ; c'est aux Travaux publics que va l'argent; ils en rendent si peu sous forme tangibleà l'Annamite, qn'ilspourraient demeurer inconnus de la masse; mais ils se rappellent au peuple, sans trêve, de la façon la jilus douloureuse; comment, avec \es Travaux publics, les vaincus, traités en esclaves, oublieraient-ils leur situation inflnie vis-à-vis du conquérant?... Encore les maîtres prennent-ils soin des esclaves, qui représentent une propriété coûteuse... Les Travaux publics se soucient biende la santé de coolies qu'ils arrachent par milliers à leurs villages pour des besognes meurtrières : ce sont les travaux forcés auxquels est condamné sans recoursunpeuple qui devrait rester libre.

le Orcit de Régaisiticn ; Travaax fcr«s

Les Travaax publics peuvent réquisitionner des coolies. Lu réquisition devient une déportation mal déguisée. Le fléau, pour les Annamites, superstitieux, c'est d'être éloignés de leur village. Avec nous, ils ne sont plus 'stirs jamais d'y vivre, et, un grand nombre, assurés de n'y pas mourir. Sans tenir compte des travaux, des fêtes, d'aucuue obligation, les ï'rHiwHa: publics drainent des communes entières vers des chantiers don ne reviendra qu'une faible partie : il n'en Caut pas accuser que les terrassements malsains du Delta oude la forêt tropicale, mais le manque du simple nécessaire Les Travaux publics réquisitionnent les hommes. Pour ta nourriture, le vêtement, on ne s'en occupe guère. Et si l'on fait tout ce qu'il faut pour arracher les travailleurs de leur village et les transporter à des centaines, fi des milliers de kilomètres, rien u'esl organisé jamais pour les i~apatrier... En 1901, j'ai voyagé à travers la région du Lorig- Biang , où j'ai vécu plusieurs semaines. Les Travaux publics étaient représentés par un capitaine de cuirassiers, comme ils le sont, ailleurs, par un lieutenant de tirailleurs algériens I etc., etc. La mortalité était efl'royable. Le riz n'arrivait qu'irrégulièrement. Les coolies n'étaient nourris qu'avec parcimonie, et il s'écoulait des journées sans distribution de vivres. Il y avait un médecin sur une montée de 120 kilomètres 1

([-e Lang-Biaiig devait servir de sanalorîaiïi : tout de suite les détracteurs du projet argumentèrent des hécatombes de coolies contre le choix de Dalat et de Dankial Les coolies succombent partout ou les Tcu-

vaux Publics les conduisent, au régime de la famine et des mauvais traitements.)

Plus tard, à Nlia-Trang, je trouvais In province désolée par des bandes qui dévastnicnt les jardins et les cultures, des centaines de coolies qui n'arriviiicut pas ù s'embarquer pour regagner leurs villages. Le courrier passe au large, ne s'arrête que quelques heures et ne se soucie guère de ces nusérablcs passagers. Les coolies avaient vite dépensé leur paye et devaient voler pour manger. Ht le résident redoutait qu'à la longue la situalion n'empirât...

D'ailleurs, en face des Travaux publics, comme en regard des Domuies, les administrateurs ne peuvent que signaler l'état de choses, et leurs réclamations contre ceux-ci ou contre ceux-là ont toujours chance d'être mal accueillies el mal interprélées... (Fuis les administrateurs, aussi, usent ou abusent de la réquisition...)

A toute heure, l'Annamite de l'intérieur peut ainsi être enlevé, contraint aux pires besognes, pas nourri, mal payé, retenu sans limite, contre son gré, et abandonné à des centaines de kilomètres, plus souvent que rapatrié comme il devrait être... .

L'année dernière encore, à la seule annonce du voyage du Minîslredes Colonies en Indo-Chine, lO.OUO coolies furent levés pour achever la ligne Vieiri-Laokay, qu'on voulait lui faire inaugurer...

Que de villages désertés subileiiient à t'approche du voyageur, qui se repeuplent soudain, quand il est bien acquis que le passant n'est point de la Douane ou des Travaux publics .'....

Tout cela est bien soiiiltre, mais c'est la réalité stricte.

Partout, j'ai enregistré lesmêmes plaintes, recueilli tes mêmes observations pessimistes.

Au premier voyage, j'ai cru à de l'exagération.

La seconde fois, où je pouvais mieux voir par moimême, contrôler mes impressions premières, mon jugement n'a fait que devenir plus sévère.

Un dernier séjour n'a pas modifié mes conclusions précédentes...

Politiquement, nous nous sommes aliéné les mandarins, en voulant gouverner nous-mêmes, de haut en bas...

Et comment I

Jadis, les résidents étaient fixes, dans les provinces. Du moins, ceux du Tonkin n'allaient pasau Cambodge, etc.. Aujourd'hui, roulement. Un administrateur qui aurait )>assé la moitié de sa carrière au Tonkin, et appris l'Annahiite, sera expédié au Cambodge, dont il ignore la langue, les mœurti. Même chose, les magistrats qui passent d'Afrique en Extrême-Orient !

Humainement, plus encore que socialement, nous nous aliénons le peuple, par les impôts compacts, les charges incessantes, les tracasiieries perpétuelles.

Par des monopoles criminels, il paie un prix exorbitant du sel qu'il n'aime pas, de l'opium qu'il goûte peu, de l'alcool qui lui répugne 1 par un enseignement inutile, souvent grotesque, nous l'arrachons à ses croyances, à ses traditions ; eoBn, le paysan n'est jamais sûr

de lever sa récotte, de dormir sur sa natte ; pour construire un chemin de fer lointain, pour établir une route absurde, la réquisition s'abattra sur le village...

Voilà le vrai scandale colonial, permanent, qu'il faut dénoncer. Cela est autrement grave et terrible que les crimes de droit commun isolés, dont s'emparent les journaux parisiens, pour les faits-divers sensationnels...

Encore, sur ce point, l'Indo-Chine peut-elle supporter une comparaison victorieuse avec le Congo. Ici, du moins, justice a été faite, alors que l'on a tramé le silence sur les crimes de Quan-Tchéou-Wan, où plus de vingt victimes sont mortes, à la suite des pires supplices que leur infligea l'administrateur-adjoint LIégeot, voisin del'administrateurAtby. Celui-ci se défend d'avoir jamais rien su. Le contraire est prouvé Sur un étroit territoire, habité de quelques Français seulement, les méfaits n'ont pu être ignorés du chef de la province. Uu moins son ignorance serait presque aussi coupable que sa complicité. Eh bien! alors que l'on enquêtait sur la responsabilité de M. Alby, à Hanoi, le secrétaire général, déflant l'opinion publique, l'emmenait en promenade dans sa voiture. Rentré en France, il n'est pas inquiété. Et, pendant que l'on jetait la mission Brazza sur le Congo pour le meurtre de deux nègres — il n'était plus question des vingt Chinois torturés et tués à Qaan-Tchéou-Wan, — sous les regards de M. Alby, couvert par des protecteurs illustres

Plus d'une fois, le cceur me battait de honte, en traversant des populations craintives, m'imaginant qu'elles devaient se demander, comme à chaque visage

nouveau : » Qu'est-ce que celui-ci, encore? Nousap-

porte-il quelque autre bienfait de leur civilisation? ». Nous ne leur avons enseigné que ceci de certain : à

manier nos fusils. Ils n'auraient pas besoin des Japonais pour nous jeter dehors; et l'on ne parle jamais que du péril nippon, chinois, siamois ; c'est beaucoup Irop pour nous : il suffît du périt annamite.

Et nous pouvions le conjurer avec un peu de justice, un peu de sagesse 1,...

Tout le mal que nous faisons, pour quel piètre résultat !

Le projet de budget de l'Indo-Cliine pour l'exercice I91M prévoynit une recette totale de 31.41.'î.000 piastres. Or, les receltes réalisées en 190^ ne se sont élevées qu'à 29.820.118 piastres- L'augmenlnlion demandée en 1905 est d'environ 3.6O0. 000 piastres. Elle porte principalement sur les taxes de consommation, sur les alcools indigènes, l'opium, le sel, le droit d'exportation proprement dit et iine^taxe additionnelle sur les sorties du riz...

Ces divers excédents pourront-ils être réalisés ?

Les recettes <iu <lernier semestre de 1904 et des premiers mois de 1905 permettent d'en douter I...

Enfin, cette année, on ne demandait que 4.000,«00 de piastres de plus qu'à la précédente. C'est un rien, pour inaugurer la politique d'n.nociatioii (') D'au-

(1) Nous lisons duns le Temps (14 auAt 1906) : LES DÉFICITS EN INDO-CHINE

IX!.s dûHclts ont reparu dans les budgets de l'Indo-Cliine. La Reoiie poUtiqnc et parlcmenlaire ayant exprimé à ce sujet des appréhensions sur l'avenir de la colonie, le gouverneur général lui aadressê une lettre qu'elle publie dans son dernier numéro. Nous en citons les passages essentiels:

n Kst-il exact de dire que la « progression régulière des recettes a fait place à des moins-vaines croissantes d'année en

» Je répondrai par des chiffres.

tant plus que l'nvenir nous obligera certainement à deux impôts fructueux : l'impôt de capitation, qui frappe les immigrants chinois ^ dont nous n'avons pas osé frapper les Japonais, et dont la Cliiiio l'éclaniera tôt ou lard la suppression, et l'impôt sur ro[)Luiu, qui rappor-

i> Le hudget général est de création récente. Il est facile de voir quel a été depuis l'urigiue le mouvement des recettes. K En voici le tableau :

AnnOe 180!) 48.070.OiXI francs

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