‹ L'Indo-Chine en périlChapitre 3 sur 5 · 1902 114.8'JO · texte numérisé non relu

1902 114.8'JO

- 1905 (>9.fi07.000 -

» On peut constater c|ue la progression des recettes a été i-éguliére jusqu'en 1905, dale à laquelle se produit un brusque et impartant fléchissement.

» Pourquoi en cliercher la cause ailleurs que dans la situation éconiimique du Tnnkin, à la suite des terribles inondations de l'année dernière, et de ia (kicliincliine, depuis le typhon et les inondations de 1901.

u ... Telle est la cause, purement accidentelle, du Héchissement des recettes pendant l'année 1905 et pendant les premiers mois de l'Linnée en cours.

« ... Le déficit, s'il y en a un (pour l'e.iercice en cours), ne dépassera pas quelques centaines de mille piastres. Nous sommes loin des 10 millions annoncés?

I) Ces explications rassureront-elles l'opinion ? Nous craignons qu'elles ne produisent l'efTet contraire. On sera frappé de la forme sous laquelle elles se produisent. Pourquoi ces comptes en franc»? I,e franc est inconnu en Indo-Chine. Le budget y est dressé en piasti'es, La piastre est u dont le rapport avec le franc n'est pas fixe. Tombée a

te 14 millions de francs par an. Or, la Chine même, par tin édit récent, prohibe l'usage de la drogue abrutissante. De toutes les nations, nous ne pourrons rester la seule à empoisonner oflicielleiuent nos sujets et proiegésl

soua de 2 francs il y a trois ans, elle est remontée aiùourd'hui à 2 fr. 70. Par suite de ces variations, il va de soi qu'il faut compter en piastres si l'on veut être clair quaud on parle des finances indo-chinoises. Et qu'est-ce que c'est que ce bilan qui ne permet de comparer les recettes d'une année qu'avec celles des années antérieures ? Ce n'est pas l'écart des recettes d'une année à l'autre, c'est l'écart entre les recettes prévues, les recettes sur lesquelles on avait compté, et les recettes réellement encaissées, qui fait ressortir si une situation financière est en excédent ou en déQcit.

I-es recettes de l'Indo-Cbine sont alimentées pour les quatre cinquièmes par deus sortes d'impôts : d'une part les douay nés ; de l'autre, les contributions indirectes et les régies. Si l'on examine — en piastres — le mouvement des prévisions et des recouvrements de ces deux cliapitres depuis que fonctionne le budget général, l'aspect des llnaaces indo-chinoises ne parait pas concorder exactement avec l'idée que s'en fait M. Beau. Voici en elTel ee que l'on constate :

BcEMnpréTOB bcitMKiliiAi Eiràliai Midi

» (Les chiffres de 1905 sont du 31 décembre dernier. Depuis, il a dû être fait 300,000 ou 400,000 piastres de recettes qui ont atténué d'autant le délicit.)

» L'honorablegouverneur général attribue le fléchissement

Les AngUiR dans l'Inde, les Hollandais à Java, savent sepasserde la combinaison budgétaire de l'impôt ostracistc ite capitalion, et ne soumettent leurs contingenls d'immigrés â aucune de ces mesures vesatoires ^jusqu'à la mensuration anthropométrique fonction' oant à Saigon.

des recettes uniquement aux calamités de 1904 et de 1905. Assurément elles ont dû appauvrir le pays. Mais le tableau ci-dessus le prouve, le mal est plus ancien et plus profond. Dès 1902, les rentrées restaient au-dessous des prévisions. En 1903, l'équilibre a été obtenu tout juste. Ces résultats constituaient un sérieux aveitisseraent ; ils manifestaient clairement que l'un avait atteint l'extrême limite des capacités contributives du pays. Il eût donc fallu enrayer le mouvement ascentlonnel des dépenses pour un certain temps. Si l'on faisait en Indo-Cliine comme ou fait en Tunisie, par exemple, où l'on évalue les prévisinna de recettes d'après la moyenne des cinq dernières années, ce ralentissement se serait opéré mécaniquement. Mais il ficmhie qu'aucune rcglc de ce genre n'y réfrène l'imprudence. On n'a donc prêté aucune attention aux signes d'épuisement que donnaient les contribuables. Et alors que tes prévisions ne se réalisaient déjà plus qu'avec peine, ou les a folt passer de 25 millions en 1903 à a7,63U.O00 piastres eu 1904. C'est cette Intempestive majoration de plus d'un dixième qui, en mettant le budget à la merci d'une mauvaise récoite, a tout compromis. Cest elle qui a produit un déficit de 1,742,047 piastres en 1904 et un déficit qui doit être d'au moins 2,700,000 piastres en I90&. Et c'est elle qui en 1906 en produira encore un autre dont M. ileau noua fait espérer qu'on puuiTa ratténner, mais qui, d'après les nouvelles venues d' Indo-Chine, était dijà t million de piastres à la fin du mois de février dernier. Les piiénomèncs naturels ne sont donc pas seuls responsal>les. On a eu te tort de compter sur la chance, et lu liiauce a fait faux bond. On a joué, et on a

Prolétariat colonial

Je n'ai parlé jusqu'ici que ties indigènes. Cependant ils ne sont pas seuls à soulFrir de notre présence chez eux. Les Français, leurs maîtres, n'y sont guère heureux, non plus...

La vie libre et large des colonies I

Il faut voir !

Certes, une élite débute dans des conditions acceptables, parvient assez vite, — ou plutôt, parvenait, car cela seralenLil cbaquejour, à des truitementï enviables, — Mais pour ceux-ci mêmes, vivre en Indo-Chine, c'est risquer le tout pour le tout. Quoique les conditions de l'existence se soient améliorées, la fièvre, la dysenterie, les maladies de foie, sont toujours en permanence. Avec de l'hygiène, en ne buvant pas d'alcool, en faisant bouillir son eau que je les ai entendus de fois,

ces conseils I.... Eh bien ! avec de l'hygiène, la fièvre et la dysenterie vous empoignent l'honime le plui lide, les femmes qui ne boivent que de l'eau, et les enfants qui ne boivent que du lait le mieux stérilisé...

Evidemment, on cite de vieux coloniaux — mais surtout au ministère des colonies...

M. Beau a projeté un emprunt de 160 millions, pour faire, enfin, de la politique indigène. Mais, disent les Débals, une bonne politique indigène consisterait justement à ne pas emprunter cent cinquante millions de plus...

L'emprunt projeté est un expédient, pour boucler les déficits, plus qu'un moyen d'avenir pour la colonie. Aussi l'opinion, d'ores et déjà, se monlre-l-elle fort prévenue contre ce^e proposition intempestive...

Consultez la statistique des retraites servies, et vous serez édifié sur la longévité coloniale

En tous cas, ceux qui s'y portent bien fout sagement de n'être pas malades. A Saigon, il n'y a qu'un hôpital insuffisant, désastreux, militaire. Grâce à l'initiative privée, aux vaillantes et persévérantes campagnes du Courrier Saigonnais, au dévouement de M. Drouhet, à l'énergie de M. Rodier, un hôpital civil va s'élever... Mais ce ne sera pas suffisant encore... 11 y a pis : le rapatriement des malades et des convalescents n'est pas organisé : il l'était autrefois ; voilà le progrés. Il y a eu des transports installés avec infirmeries confortables. Aujourd'hui, il faut louer aux Compagnies des affrétés, qu'elles ne peuvent agencer en hôpilal, pour une traversée ; et des centaines, des milliers d'hommes, anémiés, malades, ou relevant de maladie, qu'un prompt retour rétablirait ou sauverait, attendent, pendant des semaines, désespèrent, périclitent, et combien succombent I... C'est le désordre, fincurle, non pas accidentels, mais permanents.

Quant aux sanaloria projetés depuis toujours, on est en droit de se demander s'ils aboutiront jamais... Le Lang-Biang, à deux jours et demi de Saigon, qui réalisait la plupari des conditions voulues, fut dénigré avec acharnement, parce que doumérien... Et puis, les fonctionnaires redoutaient la prolongation de séjour, la diminution de congé, si le sanatorium réussissait... Ils peuvent être tranquillisés: M. Doumer parti, le Lang-

Biaitg a été abandonné, les travaux arrêtés Et le

sanatorium du Cap Saint-Jacques a été fermé...

J'ai dit que dans le» grades élevés, la vie était tolérable; elle reste toujours une vie anormale, pour des Français. Ou c'est le célibat, ou les petites épouses! Ou le mariage européen, avec des séparations fatales : la femme, malade, ou les enfants, pour leur éducation,

en France. Je connais peu de familles coloniales qui aient pu mener la vie de famille...

Sans doute, quelque grandeur compense les servitudes de la vie coloniale, quelques facilités adoucissent l'amertume de l'exil, puisque tant de gens demeurent fervents des cieux où retourne leur nostalgie, quand les congés, même de convalescence ou de maladie, les retiennent en France...

Mais, laissons les favorisés du fonctionnarisme. Tout de suite, au-dessous, quelles misères I Quelles détressesl A Saigon, à Hanoi, dans les villes, les logements sont introuvables, hors de prix. Toute la vie est coûteuse, en général, coûte deux fois, trois fois plus qu'en France. Or, des n douaniers », des a travaux publics », les plus nombreux, gagnent de 150, 200 à 300 francs par mois, la misère, là-bas. La vie libre et large des colonies! Demandez à tout ce prolétariat colonial, le plus triste de tous, dans l'inconnu... Certes, le spectacle le plus lamentable auquel on puisse assister est bien celui de pauvres femmes françaises, des femmes pauvres, écrasées ' de cbaleur, en espadrilles et peignoirs lâches, défigurées sous le casque, faisant leur marché, un fllet à la main, au marché de Saigon (').

(I) Une Douvelle t:ainpagne de presse, faisant suite à celle déjà menée pour l'assainissement de la ville et contre l'Infection de l'Hôpital et des Casernes, fut entreprise de 1905 à 1906, par le Courrier Saïgonnais découvrant le régime de fermage concussionnaire dumarctié central de Saigon.

Grâce à ce régime, le prix des denrées de première nécessité avait doublé en peu de temps.

Les faits révélés mli'ent l'administration municipale dans une telle posture que le gouvernement général dut prescrire une enquête administrative qui, le 28 juillet dernier, aboutit à la dissolution du Conseil municipal et à la constitution d'une commission qui siégera jusqu'au relèvement financier — et moral — de ta situation.

Ignorant la langue, ne sachant guère ce que c'est que ces viandes de là-bas, ces poissons bizarres, ces légumes, ces fruits indigènes, elles en sont réduites à suivre les cuisiniers annamites, pour voir ce qu'ils acliétent, ce qu'ils paient. Une < Madame Français I » Taire son marché! Les Asiatiques ne peuvent comprendre une telle décliéance I Or, ccJa n'est que trop fréquent, avec tant d'humbles commis que nous expédions avec des traitements dérisoires. Comment s'étonner que tant d'autres employés des t Douanes et Régies > traliqnent (le leur commission, pour dresser, ou non, des contraventions, suivant les ressources que leur procure l'une ou l'autre alternative ! (').

(1) Parmi les questions péi-illeuses de l'Iiido-ChiDe, il faudrait ranger aussi celU' des métis, qui formeront tout à l'heure une armée de déclassés redoutable s... C'est un des prohlèmea sociaux et politiques les plus poignants... Un me citait le cas pathétique d'uu Jeune homme, né d'un soldat et d'une indigène, non reconnu. Ses parents dispainis, il fut recueilli par la compagnie, l'enfant du régiment... On voulut lui faire faire «.'S classes. Mais il n'avait pas d'état civil et tous les emplois européens se fermaient devant lui, lorsqu'il eut l'Idée de se chercher un père français: il le ' trouva, pour quelques piastres, dans la personne d'un fantassin de marine qui le reconnut... Ainsi, celui-là avait résolu pour son compte la question de nationalité qui reste pendante pour les autres métis... 11 est à craindre que les métis, qui, n'étant généralement reconiuis que par la mère, ludigéue, ne sont pas Français, d'autre part, repoussés par les Annamites, ne constituent assez vite une caste de parias, fort dangereuse pour la paix du pays.

Les RespflnsabiHtts

Le mal étant connu, il doit être facile d'y apporter remède.

La politique d'iissocialion. — Voilà une heureuse formule reprise de Paul Bert. Mais il faudrait passer de la théorie â la pratiquer Or, les cliar^es augmentent, cette année encore, et des incidents signllicatifs, comme ceux de la Distillerie de Tan-Hoa-Taï ne marquent pas que les Douanes et Régies soient disposées à rester dans les limites d'une adJiiinistralion simplement honnête.

Pourtant, plu.s que contre le poids des imj>ôts, les Annamites s'élèvent contre nos procédés pour les recouvrer. Leur grief s'est traduit devant les pouvoirs publics : - Combien vous rapportent les taxes sur'le » sel, l'opium, l'alcool V discutent les manilarins. Nous s voulons nous racheter. Nous sommes prêts à payer davantage. Mais laissez-nous libresde fabriquer notre

> choum-chouni, de récolter notre sel, de choisir noire .

> opium I >

J'ai entendu affirmer en haut lieu qu'il n'était pas de la dignité de la France de souscrire à de pareils marchés. J'avoue que je n'ai pas compris pourquoi.

Et je me suis rappelé les paroles de Franklin, dans ses Régies pour faire d'un grand empire un petit » Afin » de rendre vos taxes plus odieuses et mieux faites « pour amener une résistance, envoyé/ de la capitale » un bureau d'agents chargés de surveiller la levée de » l'impôt ; compose/ ce bureau des hommes les plus » indiscrets, les plus mal élevés et les plus insolents

s que vous puissiez trouver. Sur ce revenu extorqué, » assignez-leur de larges salaires : qu'ils vivent dans » un luxe insultant sur la sueur et le sang d'un peuple » laborieux... Une autre façon de rendre vos taxes > odieuses, c'est d'en mal appliquer le produit... que les » douaniers fouillent, avec des bateaux armés, les baies, » les ports, les rivières, criques et recoins de toute la p côte, qu'ils arrêtent et qu'ils retiennent tout caboteur, » tout pêcheur, qu'ils mettent sans dessus dessous V toute la cargHi.son et le lest même, et s'ils trouvent un » penny d'épingles non déclarées, qu'ils saisissent et s qu'ils confisquent tout. De cette façon, le connnercc " de vos coloniessoufTrira plus de ses ennemis en temps » de paix qu'il n'a souffert de ses amis en temps de ■ guerre. Permettez à vos équipages de douane d'en- D trer dans toute propriété qu'ils rencontrent sur leur n route, de piller tes jardins, de voler les porcs et les » poules et d'insulter les habitants. Oh ! ceci fera un » effet admirable... »

Bref, nous devrions nous être enrichis — tout en faisant le bonheur de nos sujets — de nos associés.

Et nous sommes au bord du précipice, acculés au déficit...

Pourtant, ce ne sont, de bas en haut, ni les bonnes volontés, ni les intelligences qui ont manqué. Que d'initiatives avortées, que de stériles efforts, que de vains espoirs, que de belles énergies dispersées !

A qui la faute ?

Aux gouverneurs ?

Non

Surtout à la Métropole qui les nomme : à l'ignorance, à lindifTérence du Parlement, et de la France, en matières coloniales.

Quand un particulier choisit un garde, un gérani, pour une terre, un domaine, il ne s'en désintéresse pas.

Quaad, auliasard de combinaisons politiques, adminis. Iratives, un nouveau gouverneur a été intronisé, on laisse faire. Ou bien, tel gouverneur autoritaire n'agit plus qu'à sa guise, ou bien tel gouverneur impuissant demeure à la merci des pouvoirs métropolitains. Or, comment, le plus souvent, les ministres prétendraientils à une direction, à un contrôle efficaces ! Combien de députés, de sénateurs possèdent quelques notions précises de notre France d'Asie 1 Combien sont à même de suivre utilement la discussion du budget des colonies, aux interpella tions/a/(es de mêc/ieavecle Ministre...

Avant de s'attaquer aux réformes coloniales nécessaires, ce sont les méthodes métropolitaines qu'il conviendrait de corriger. Si non les colonies resteront des débouchés réservés aux seules entreprises louches de quelques troupes de forbans, ou des vomitoires à fonctionnaires I

Or, nous tournons le dos au but. Voyez la formation d'un ministère. 11 y a quelquefois dix minutes d'hésitation pour attribuer telle ou telle serviette à celui-ci plutôt qu'à celui-là. Un jeune député, chargé de faire les courses pendant la crise, est installé au Pavillon de Flore, parce qu'il n'a pas rencontré chez elles les personnes qu'il devait ramener séance tenante ; quelqu'un songe à lui, qui n'y penserait peut-être pas lui-même, parce que l'heure presse...

Ainsi le Ministère des Colonies n'est même pas un déparlemeni ; ce n'est trop souvent qu'une souspréfecture !

La PcUtiqac d'AssccJaticn

La politique tFassimilalion est déclarée en fiiillite, officiellement. On s'aperçuit, peut-être trop tard, qu'elle n'a produit que les plus piètres effets. Nous avons fatigué l'indigène avec toutes nos expériences pour les franciser, en bousculant les traditions, les mœurs, les lois auxquelles il demeure irréductiblement attaché. Toute notre activité dans ce sens est demeurée stérile.

Moralemenl, ce n'est pas civiliser que d'imposer aux vaincus une langue nouvelle, d'autres pratiques religieuses et des bottines à boutons. La pénétration des cœurs et des intelligences ne s'effectue pas à coups de décrets et d'ordonnances.

Pratiquement, ce n'est pas coloniser non plus que d'agir ainsi. Le peuple d'Annam, pour cultiver la rizière, n'a pas besoin de parler français à ses buffles.

Aujourd'hui, il est démontré que mieux e&t valu laisser au pays conquis ses antiques statuts que de l'accabler d'impôts pour lui apporter tant d'administration française avec tant de nouveautés ou de vieilleries -— extrêmes occidentales.

D'ailleurs, il faut rappeler que ce n'est pas de plein gré que les Français de la conquête établirent le régime d'assimilation. Les mandarins se retiraient de partout, refusant leur concours. Il fallut bien confier ta besogne administrative à des administrateurs français. Les amiraux n'ont pas, en vérité, brisé les rouages existants^ devant eux, il n'y avait plus de rouages du tout...

La faute fut, par la suite, d'aller jusqu'au bout du

système, de vouloir introniser là-bas, en bloc, l'organisation française...

La politique d'assimilation est morte, enterrée ; on ne fera plus que de la politique iTassocialion, comme la définissait Paul Bert, et M. de Lanessan a écrit, làdessus, des chapitre s remarqua blés. La nécessité d'une orientation nouvelle ne date donc pas d'aujourd'hui ! Mais qu'entend-on, au jasie^ par politique d'association? Ce doit être, j'imagine, de faire coopérer l'indigène à un elTort commun, en lui assurant sa part légitime des bénéfices. Pour faire de nos sujets des associés, il convient de leur restituer leur personnalité propre. Quand nos colons s'associent avec le Chinois pour une affaire, ils n'exigent pas de lui qu'il renonce à sa nationalité, à sa natte et à sa langue !

Us se soucient peu de sa famille, de sa vie intime, de sa philosophie ou de ses superstitions I Donc, en dehors de ce qui touche à la sécurité générale, hygiène ou police, en dehors des impôts, nous tâcherons de ne pas nous immiscer dans les affaires de la commune annamite ; le village et la case ne seront plus, à chaque seconde, soumis aux mille investigations vexatoiresde nos agents de toutes sortes; le vieil Annam pourra respirer, boire, fumer, chiquer, sous la seule astreinte de ses mandarins; pour tous conflits, fautes, crimes, ne lésant pas nos droits et intérêts supérieurs, ~ cela sera réglé parla justice indigène... C'est dans cette large indépendance que l'Annamite pourra juger mieux des ' bienfaits réels d'une occupation qui a fait la paix sur l'empire ; par l'hygiène, par les grands travaux, par la mise en valeur des terres incultes, par l'accroissement du bien-être el de la fortune publiques, nous justifierons, si faire se peut, notre lourde présence. C'est d'elle-même que le reste de la race jaune, comme le Japon, se modernisera, — non par la violence... Mais CBlle politique d'association, dont on devine bien

ce qu'elle devrait être, comment l'instanrerjdans la pratique ?

C'est vite dit : Reslitaer aux mandarins leurs prérogatives passées, redresser la commane annamite, qui était un rouage remarquable, etc.

Il n'y a plus les mandarins dantait, il n'y a plus la commune ancienne.

Depuis cinquante ans de politique d'assimilation, la puissance s'est effritée, le rouage s'est anicylosé. Après cinquante ans d'administration directe, comment revenir aux institutions abolies?

Je ne me charge pas de l'indiquer. Est-ce à dire qu'il n'y a rien à faire ? Avec le temps et la volonté ?

Certainement si. En tenant compte des critiques énormes formulées de toutes parts à cette lieure, du moins pourrions-nous nous rendre supportables. Et, s'il nous semble bien tard pour faire machine arrière en Cochinchine, peut-être, en Annam-Tonkin, serait-il temps encore de stopper.

En Annam, au Cambodge, au Laos, nous pourrions pratiquer vraiment le protectorat.

Mais la politique d'association déjà s'aiguille de travers. Par exemple, — j'y insiste, — on croit bien faire, dans une cour d'appel, en adjoignant, aux magistrats français, un ou deux Annamites. Or, cela est sans intérêt, puisqu'ils ne feront qu'aider à juger selon la loi française... Qu'importe au peuple qu'il y ait des juges annamites si la sentence doit être la même 1 Sans doute, par des médailles, des décorations, on flatte la vanité de personnalités indigènes, qui ne sont pas plus que les Européens indifférentes aux honneurs. Pourtant, croit-on que cela retentisse profondément dans les populations lointaines? Le nhaqiié de la brousse serait plus sensible au départ du douanier, à une diminution de paperasserie coûteuse... Ce n'est pas par des caravanes, des missions, des voyages que peut se ma-

nifester un changement radical de politique coloniale ; cela peut être excellent pour récompenser des individualités Rdéles, qui nous rendent des services; cela constitue un voyage d'agrément ; je ne vois pas la réforme promise, la refonte nécessaire, urgente, de nos méthodes caduques.

Ce n'est pas de la politique d'association (').

Quand on a récompensé par une médaille un vieux serviteur ou un interprète, on n'a pas, pour cela, fait de iapolitique nouvelle. Cela vaut mieux, évidemment,

(1) On a pu voir, à Marseille, de quelle façon étaient re^s les indigfiies venus pour l'Exposition. Cent cinquante furent enlassés comme du liétail dans une sorte de liangar, sans latrines, sans eau, sans fen, où ils claquaient des dents... Dépaysés, malades, ils ne furent pas visités par un médecin deux fois en un mois...

Dans la section du Tonkin, présidée par M. Hauser, des acteurs, des ouvriers d'art furent contraints de ti-avaiiler au transport, au déballage des caisses et brutalisés quand ils ne travaillaient pas assez vite, jusqu'au jour où ils refusèrent Iv service au milicien galonné, qui les commandait comme des bagnards...

Ceux qui mouraient de faim au Tonkin n'avaient donc pas à envier ceux qui accomplissaient les travaux forcés à Marseille.

Depuis que ces articles ont paru dans la Revae (1" juin, 15 juin, 15 juillet), j'ai lu, çà et là, des réponses indirectes aux <t chroniqueurs pessimistes ». qui s'alarment, trop facilement, sur un péril Imaginaire, etc., etc. Mais personne n'a cherché à rétorquer des assertions qui n'ont, hélas, rien de fantaisiste. N6ahmoins,la famine était au Tonkin pendant que l'on célébrait en Franee la prospérité indo-chinoise, sur l'air nouveau de la politique d'atsoeiation... Un résident d'Indo-Cliine, M. Kanser, déjà nommé, conçut l'idée généreuse de venir en aide aux Tonkinois du Tonkin, ravagé par la disette. Il ouvrit une souscription, parmi les Tonkinois

que l'ingratiturie. Cependant, nombre de gens sont prêts h croire que lacté individuel constitue une transformation politique...

J'ai bien peur qu'avec notre habitude déplorable de nous contenter de discours, nous n'en restions aux apparences. .

Nous avouons qu'avec la polilique d'assimilalion nous faisions fausse route! Vive ]a potil /que d'association, à condition de ne pas rester en route...

de t'Rxposition t... Pour une idée, c'était une idée, de publier pareille détresse en pleine apothéose... Cette manirestalion, d'un à-propos douteux, fut arrêtée par ordre... Quand on banquetait à Marseille, personne ne devait avoir taim dans le Delta, n'est-ce pas ?

Par ailleurs, nombre d'administrateurs n'accepteront jamais de composer avec les indigènes.

Lors de l'arrivée de M. Beau à Mai-seille, au déjeuner qui lui fut oflert à l'Exposition, le commissaire de la section de Cochinciiiiie proposa d'amener les mandarins de séjour à Marseille à eette manifestation coloniale...

Si l'on amène les mandarins, objecta M, Baille, commissaii-e général de l' Indo-Chine à l'Kxposition. j'aminerai mon boif.

Il n'y a pas là qu'une boutade méprisante : c'est l'état d'esprit trop répandu chez un gi-and nombre de fonctionnaires.

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