RESUME
Telle est, dans son ensemble et dans les traits principaux de son organisation, T Indo-Chine française. Cet immense territoire, plus grand d un quart que la France et qui, sous le rapport de la fertilité, de la richesse et de la variété des productions ne le cède en rien à Tlnde anglaise, nous est aujourd'hui bien définitivement acquis, grâce à la politique loyale, humaine, juste et foncièrement honnête que, depuis dix ans, nous y avons pratiquée.
Ce n'est point uniquement par la force qu'un payiâ se donne des colonies. Plus sa domination est pacifique, plus elle est libérale et, surtout, équitable à Tégard des populations indigènes, plus est prompte, plus est définitive la prise de possession morale du pays. Et c'est là ce qui fait que notre empire indo-chinois n'a point à redouter les révoltes et les insurrections qui n'ont jamais cessé de menacer la domination anglaise dans l'Inde. Jamais, en effet, même
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aux temps les plus troublés et les plus sanglants de notre occupation au Tonkin, jamais notre domination n a fait peser sur les populations cette exploitation sans pitié, sans justice, qui a marqué — on peut dire : qui marque même encore — la politique anglaise dans rinde. Entre nous et la population annamite, il y a eu un malentendu, une méconnaissance réciproque. Mais jamais, de parti pris, aucun agent français ne s'est préoccupé de « faire rendre » le plus possible au pays sans le moindre souci de ce qu'il pourrait avoir à souffrir. Jamais, depuis que nous y sommes, Tlndo- Chine n'a connu la famine qui, si fréquemment, extermina presque complètement les populations de rinde. Par contre, jamais, dan's l'Inde, on n'a vu les indigènes demander, comme une faveur inappréciable, le droit d'être jugés par la justice anglaise. En Indo- Chine, c'est l'ambition commune à tout Annamite quelque peu « à son aise ». Voilà qui juge une politique coloniale et voilà ce qui donne à notre colonie indochinoise la garantie d'un avenir pacifique et prospère.
HISTORIQUE
Lorsqu'en 1858 la France et TEspagne firent ensemble, pour venger la mort de quelques missionnaires, la guerre à Tempereur Tu-Duc, le vice-amiral Rigault de Genouilly, commandant l'expédition, eut tout naturellement la pensée d'attaquer l'ennemi dans sa capitale même et, choisissant le point de débarquement le plus rapproché de Hué, il descendit à Tourane.
Mais il lui apparut bien vite que le point n'avait pas l'importance décisive qu'on lui avait attribuée. X'insalubrité du pays, la distance qui le séparait de Hué, les difficultés de la route ne permettaient pas d'en faire utilement le point de départ et le point d'appui d'une marche sur la capitale de l'Annam. Et d'ailleurs, Tu-Duc ne se
sentait pas suffisamment atteint ou menacé par Toccupation de Tourane pour se croire forcé de demander la paix.
Mieux avisé ou mieux renseigné, Tamiral prit un autre objectif. Tout au sud de TAnnam, au fond d'un estuaire navigable en tout temps et d'une entrée facile, à quarante milles de la mer, se trouvait une ville importante, capitale des plus riches provinces de Tempire. C'était là non seulement un point d'attaque facile, mais une position importante, un gage précieux à prendre dont la perte devait être vivement ressentie par la cour d'Annam. Et l'expédition se dirigea sur Saigon qui fut emporté d'assaut le 17 février 1859.
L'amiral ne s'était point mépris sur la valeur de la position. La ville et la province furent défendues avec une vigueur et une persévérance qui témoignaient du prix que la cour d'Annam y attachait. Les péripéties de cette lutté et les faits d'armes qui la signalèrent durèrent deux années. En 1860, nos troupes évacuèrent Tourane et se concentrèrent à Saigon où elles furent presque assiégées. Il fallut prendre de vive force les redoutes dont les Annamites entouraient nos positions et enlever la ville de Cholon. Puis, le 24
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février 1^62, les lignes annamites furent enlevées et, en quelques semaines, toute la province de Saigon — le Gia-Dinh — fut conquise. Baria, Bien-Hoa, Vinh-Long tombèrent successivement en notre pouvoir. Enfin, le 5 juin 1862, Tu-Duc demanda la paix, et un traité fut signé par lequel l'Espagne obtenait les satisfactions morales et pécuniaires qu'elle avait demandées, la France recevait en toute propriété Saigon, les trois provinces de Saigon, Bien-Hoa, Mytho et les îles de Poulo-Condore. En 1867, à la suite d'autres difficultés avec TAnnam, les trois autres provinces furent également occupées. La Cochinchine française fut dès lors constituée.
GEOGRAPHIE
C'était une perte cruelle pour Tempire d'Annam. Non pas seulement par Timportance du territoire ou même par le chiffre élevé des recettes perdues, mais par la menace de disette et de famine que faisait peser sur TAnnam central la perte des provinces nourricières du pays.
L'empire d'Annam, au dire des indigènes, représente assez exactement « la charge d'un marchand chinois », c'est-à-dire deux grands paniers aux deux bouts d'un long fléau. La bande étroite de terre qui forme TAnnam central s'élargit au nord en un immense territoire qui est le Tonkin ; au sud, en un territoire non moins vaste qui est la Cochinchine. L'Annam est « le fléau » ; le Tonkin et la Cochinchine « les deux paniers » . Et ces « paniers » sont précieux parce que ce sont des paniers de riz, c'est-à-dire la nourriture nécessaire de l'Annam.
L'Annam ne produit que fort peu de riz, à peine, dans les bonnes années, le cinquième de
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sa consommation. C'est la Cochinchine et le Tonkin qui le nourrissent. Mais le Tonkin, riche en récoltes aux bonnes années, connaît trop souvent les mauvaises. Quand les pluies tardent ou que, violentes, elles grossissent le Fleuve Rouge au point de crever les digues, c'est la rareté des subsistances, parfois la famine. La Cochinchine, au contraire, fécondée et arrosée invariablement par le fleuve qui Ta formée, ne manque jamais de donner plus que le nécessaire. Et c'est cette infaillible régularité des récoltes qui fait le caractère dominant de la Cochinchine.
Les trois cinquièmes du territoire de la Cochinchine doivent leur existence au Mékong. L'immense plaine qui s'étend de Ha-Tien à Baria et de Bien-Hoa à la pointe de Cam-mau, sur une longueur de 300 kilomètres environ dans les deux sens, n'est que la partie inférieure du delta du Mékong. C'est, dans le sens le plus absolu, une création du fleuve. Le Mékong est à la Cochinchine ce que le Nil est à la Basse-Egypte et même mieux, car le Mékong, régulier dans ses crues, s'élevant à un niveau de 14 mètres au-dessus de ses basses eaux, ne manque jamais d'inonder la plaine à laquelle il apporte son limon. Et jamais
non plus il ne la ravage parce que ses eaux s'étendent sur un si vaste espace que l'inondation, toujours régulière, ne saurait être violente ni trop haute pour empêcher les cultures. C'est pourquoi toute la plaine de Cochinchine est cultivable. Il sufRt de n'en pas écarter les eaux.
L'autre partie de la Cochinchine, la partie orientale, d'où descendent le Donnai, la rivière de Saigon et le Vaïco d'Orient, est composée du versant occidental des montagnes d'Annam qui, s*infléchissant vers le sud, viennent finir au cap Saint-Jacques. C'est la partie la moins fertile, par suite la moins peuplée ; c'est « le pays des Moï's » et aussi des «Tiames », les premiers d'origine malaise, les seconds de race évidemment brahmanique, les uns et les autres doux et inoffensifs, mais inférieurs à l'Annamite qui, d'ailleurs, est dans ce pays le peuple conquérant.
La Cochinchine est comprise entre le 104® et le 1050 de longitude est, le 8« et le 10® 30' de latitude nord. Elle est bornée à l'ouest par le Cambodge, au nord par le Bas-Laos, à l'est par l'Annam, au sud par la mer. Elle n'a de limites naturelles que de Hatien à Chaudoc où sa frontière suit le canal de Vinh-Thé. Sur tout le reste
de son pourtour sa frontière suit une ligne conventionnelle bizarrement contournée qui n'est marquée ni par le thalweg d'un cours d'eau ni par la crête d'une montagne. Sa partie haute est couverte de brousse ou de forêts. Sa partie basse, là où elle n'est point cultivée, constitue une immense prairie de joncs, de roseaux, de plantes aquatiques.
La côte basse, plate et noj'^ée de la Cochinchine s'allonge en ligne presque droite du cap Saint- Jacques à Cam-mau, dans la direction du nordest au sud-ouest^ coupée de nombreux estuaires qui sont les bouches du Donnai et du Mékong, Du cap Saint-Jacques à la pointe de Cam-mau, il y a plus de 250 kilomètres ; et sur toute cette longueur la terre, chaque année, gagne sur la mer une bande de 200 à 250 mètres de large.
De la pointe de Cam-mau à Rach-Gia, sur une longueur d'environ 190 kilomètres, la côte remonte droit au nord, formant un immense V avec la direction de Saint- Jacques à Cam-mau. De Rach-Gia à Hatien, sur une soixantaine de kilomètres, la plage, plus sablonneuse et moins riche en matières organiques, court de l'est à l'ouest. Mais à l'est du cap Saint-Jacques, c'est
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la montagne qui vient border la mer. Le cap
Saint-Jacques marque la fin de la grande chaîne
de TAnnam. Il indique Tentrée de la rivière de
Saigon dont son phare révèle les approches. C'est
un feu blanc, fixe, de 20 milles de portée élevé à ^
140 mètres au-dessus du niveau de la haute mer,
sur une tour blanche, ronde, de 8 mètres de haut.
Le port de Saigon est à 40 milles de la mer. Les
ports de Hatien, et Rach-Gia, sont placés à Textré
mité de canaux dérivés de la branche sud du
Mékong. Ces canaux ont naturellement amené
la création d'un centre de population à leur
débouché dans la mer.