FLORE, FAUNE
La Cochinchine appartient à la zone intertropicale, et son climat est d'une régularité remarquable. Les pluies et les vents y reviennent presque à jour fixe et la température varie à peine de quelques degrés de la saison d'été à la saison d'hiver; ou, pour être plus exact, car le mot d'hiver est absolument impropre, de la saison des pluies à la saison sèche. La mousson du nord-est dure du 15 octobre au 15 avril; la mousson du
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sud-est, du 15 avril au 15 octobre ; six mois chacune.
La mousson du nord-est est la saison sèche pendant laquelle les pluies sont extrêmement rares. Pendant la mousson inverse, les vents du sud-est, qui sont les vents du large, amènent des pluies quotidiennes. A mesure que la chaleur augmente — elle varie entre 30 et 34** pendant les premiers mois, d'avril à juin — les orages se multiplient. Presque tous les jours, dans l'après-midi, la « tornade » rapide et violente dégage Télectricité de l'atmosphère et rafraîchit — ou plutôt humidifie — l'air par une forte pluie. De novembre à juin, la température s'abaisse à 28-24® et, parfois, les nuits sont fraîches, le thermomètre descendant jusqu'à- 16®. On comprend qu'un pareil climat soit débilitant et qu'il soit difficile aux habitants des pays tempérés de supporter longtemps le séjour de la Cochinchine sans aller refaire dans des zones moins brûlantes, leur tempérament anémié.
La Cochinchine, comme tous les pays de l'Asie méridionale, est exposée aux épidémies de peste et de choléra. La dysenterie et les maladies du foie y sont fréquentes.
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avec succès nombre de légumes d'Europe :
chou, navet, radis, carotte, betterave, aubergine, tomate, citrouille, etc.
Le tabac y pousse merveilleusement, on peut même dire : trop bien, car la plante, trop arrosée, poussant sur un sol trop riche, donne une feuille trop fortement dosée en nicotine, pas assez en potasse et trop peu combustible.
Les épices abondent : le poivre — qui constitue un produit des plus importants — la muscade, le girofle, la cannelle. Les arbres fruitiers d'Europe — ou plutôt du midi de l'Europe, Toranger, le grenadier, — se mêlent aux espèces tropicales, bananier, letchi, manguier, cocotier, etc. Parmi les plantes industrielles, outre le tabac, le café et le coton, il faut citer l'arachide, le safran, l'indigo, le curcuma, le carthame, le cardamome. On y rencontre aussi, croissant spontanément, l'aloès, le gingembre, la noix vomiqu^, le benjoin, le camphrier, la salsepareille, etc., etc.
Les bois durs sont, relativement, peu nombreux dans les forêts. Le bois de teck ne se rencontre guère que dans le Haut-Laos et manque totalement en Gochinchine.
La faune est très variée et nombreuse. Le tigre, la panthère, le léopard, le chat-tigre, la mangouste sont fréquents. On rencontre, mais moins abondant. Tours des palmiers, appelé (( ours à miel ». De nombreuses variétés de singes vivent dans les bois et fréquentent les lisières d'où ils viennent piller les récoltes. Les légions de rats, d'espèces variées, sont innombrables. Le rat des rizières, par moments, devient un véritable fléau. Le sanglier, le cerf, le buffle habitent les forêts où se retire aujourd'hui l'éléphant qui, jadis, s'aventurait jusque dans la Plaine des joncs. Le rhinocéros existe encore, mais diminue de nombre.
Les animaux domestiques sont moins nombreux : le buffle est la bête de trait et la bête de labour par excellence. Le zébu sert parfois de monture. Le cheval est rare. Les tentatives faites pour acclimater le cheval arabe n'ont guère réussi. On se sert beaucoup des petits chevaux de Pégu. Cependant les chevaux de Phu-Yen, malgré leur petite taille, sont forts et robustes. Ils rendent de grands services.
Les moutons sont rares, de petite espèce et de viande plus que médiocre. La chèvre réussit,
niai. En revanche, le porc multiplie beaucoup v\ s améliore notablement par le croisement avec los espèces d'Europe.
Les oiseaux sont généralement communs à tous les pays de climat à peu près analogue. La Cochinchine a en propre quelques espèces de perroquets, le « merle mandarin », noir, à reflets pourpres, qui siffle et parle comme le merle d'Europe; et le coq des bois qui est un gibier délicat. Les oiseaux aquatiques, naturellement, abondent, et toutes les espèces paluliiennes et palustres sont représentées.
Les reptiles ne manquent pas. Les serpents A enimeux ne sont pas rares et font assez souvent (te$ victimes parmi les indigènes. Il est à souhaiter que les remèdes aujourd'hui connus, les injections hypodermiques qui neutralisent le venin des piqûres soient mis à la disposition des autorités.
Le crocodile se rencontre dans le Mékong.
Les Annamites sont généralement friands de la viande de sa queue. En plusieurs endroits — à Pnom-Penh, Cholôn, Saigon, Mytho, — des parcs à crocodiles sont établis. Même il en est où, après avoir coupé le plus possible de la
8 L inDO-cHi.\e ;'
eue de l'animal, on le remet à l'eau pour 'il la refasse. On sait en effet que la queue Mijs iriens, comme la pince des crustacés, se rafnit and elle a été détruite.
Le gecko et le varan sont communs et înofisifs.
Comme dans tous les pays chauds et humides . insectes pullulent. Il en est beaucoup de nuiiles : cancrelats, termites, moustiques, çhaiçons, etc. 11 en est d'utiles, comme l'abeille i bois qui produit de véritables récoltes de el et de cire. i
POPULATION i
La population de la Cochinchine, d'aprq» le ensement — approximatif, nécessairemetit — 1896, s'élève à 2.317.121 habitants, parmi quels il y a i.iil Européens ou naturalises it 4.021 Français et 420 étrangers, sur les4.021 Français il y a l.tiOl fonctionres et 1.023 membres de leurs familles ; suit âron 66 "jg de fonctionnaires. La proportion , ce semble, un peu forte.
Les Annamites sont au nombre de 2.022.204
LA GOCHINCBINE 129
les Cambodgiens 169.048, les Chinois 99.299, Mois 6.521, Tiames 2.588, Indiens 1.683, Malais 4.119, Tagals 113, Indiens éti^ngers. Japonais, et autres 7.000. Depuis ce recensement il est certain que la population a beaucoup augmenté.
Depuis la conquête, la Cochinchine a connu bien des gouverneurs et bien des gouvernements. Cependant, les changements de régime ont été moins fréquents qu'on ne serait tenté de le croire en lisant la longue liste des amiraux qui de 1858 à 1879 se sont succédé tantôt comme titulaires, tantôt comme intérimaires. Bien qu'on en compte 19 en 17 ans, la Cochinchine, en réalité, n'a guère passé que par trois périodes distinctes et n'a connu, à quelques nuances près, que trois régimes différents jusqu'au jour où, sous le nom de « régime civil », fut organisée une annexion à peu près semblable à celle dont l'Algérie a subi et subit encore les graves inconvénients .
De 1858 à 1863, la période dp guerre et de conquête ne comportait qu'une organisation rudimentaire, une occupation à main armée et non point une administration. Cependant, l'ami-
rai Bonard — du 29 novembre 1861 au l®"* mai 1863 ' — avait essayé de donner au pays que nous occupions une administration régulière.
Il avait eu l'idée, juste mais incomplète, de conserver fidèlement le cadre de l'organisation annamite, c'est-à-dire la commune à la base et le canton au centre. L'amiral avait été frappé de la similitude qui paraissait exister entre cette organisation et celle des départements français ; et il en avait conclu, tout naturellement, qu'il fallait administrer la Cochinchine comme un département français.
Ce qu'il n'avait pas compris, — ce qu'il ignorait, comme tous les gouvernements de l' Indo- Chine Tont ignoré ou n'ont pas voulu le savoir jusqu'en 1891 — c'est que, d'une part, l'autorité communale venait presque exactement du suffrage universel, c'est-à-dire que le chef du village n'avait d'autorité que s'il était librement élu ; que le chef du canton, s'il n'était pas librement choisi par les villages n'était qu'un usurpateur, et qu'enfin il n'était pas possible, dans le pays où règne le mandarinat, d'improviser et d'imposer un personnel de fonctionnaires arbitrairement nommés, pris en dehors du cadre légitime des mandarins.
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Tant que la paix n'était pas faite, il n'était pas permis aux fonctionnaires annamites de servir l'étranger. C'eût été un acte de trahison envers l'empereur et envers la patrie ; et c'est pourquoi, plus tard, en 1867, lorsque le gouverneur des trois provinces occidentales, le grand patriote Phan-Than-Gian, vice-roi de Vinh-Long, fut obligé de remettre aux Français les territoires qu'il gouvernait, il s'empoisonna, ne pouvant plus servir son pays et ne voulant pas servir l'étranger. Aussi tous les mandarins, tous les fonctionnaires des provinces qui nous avaient été cédées avaient disparu, s'en étaient allés presque tous à Hué se mettre à la disposition du gouvernement. Les chefs de village et de canton se cachaient. L'amiral Bonard ne trouvait plus aucun personnel de fonctionnaires. Il cherchait, pour les mettre à la tête du pays, u les grands chefs », persuadé •que l'Annam était, comme le Japon, sous la main d'une féodalité de grande envergure. Ne trouvant rien de semblable, il dut improviser des cadres de hauts fonctionnaires et, les mandarins ayant disparu, force lui fut de prendre au hasard les instruments qui se présentaient. Il en résulta,
fi
naturellement, des désordres. Les fonctionnaires improvisés, incapables ou indignes, commettaient des abus et des exactions. Les ofïîciers français qui devaient les surveiller, ne connaissant ni le pays, ni ses institutions, ni sa langue, demeuraient impuissants. Il y eut des révoltes
et de l'anarchie.
L'amiral La Grandière comprit mieux les besoins du pays. Peut-être aussi les officiers chargés de fonctions avaient-ils appris à connaître les populations. On revint à l'institution fondamentale du pays : la Commune. On réussit à s'entendre avec les municipalités, puis avec les cantons. Et, pour remplacer les mandarins absents, on nomma des « administrateurs des affaires indigènes », assistés de quelques interprètes et de deux ou trois lettrés annamites.
Cette organisation, qui rentrait dans le cadre normal des institutions du pays, amena la paix et une certaine prospérité. Les impôts perçus par la commune rentrèrent facilement et, d'un budget de trois millions en 1864, on passa, en 1878, à un budget de 20 millions sans que le contribuable fût trop chargé. Sur ce budget, on dépensait environ 15 millions dont 3.500.000 francs pour les travaux publics.
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Sans doute, le gouvernement militaire, un peu rude et absolu dans ses procédés, n'était pas sans inconvéniepts. Mais il avait de grandes qualités d'économie et d'activité. Le nombre des fonctionnaires était réduit au strict nécessaire. Les travaux publics, largement dotés sur le budget, bénéficiaient encore des prestations en nature, de la corvée, très efïîcace lorsque les travaux entrepris étaient de nature à profiter aux populations, comme les routes et les canaux. Tout un réseau de voies de communication fut établi : des canaux navigables relièrent le bassin du Donnai à celui du Mékong et même le Vaïco au Mékong. La ville de Saigon, à peine tracée en 1887, se construisit rapidement et devint réellement une capitale.
Mais d'autres idées prévalurent. Quelques abus et quelques scandales, âprement exploités, firent qu'on résolut de substituer au « gouvernement militaire » le « gouvernement civil ». En principe, rien de mieux. Mais ce qu'on entendait par le gouvernement « civil » c'était, surtout, une véritable annexion, une assimilation complète avec l'administration française. L'idée première de l'amiral Bonard reparais-
sait, aggravée d'un fonctionnarisme à outrance. Les autorités indigènes, remplacées par des fonctionnaires français, voilà la formule de ce système. Et ses résultats sont que sur 4.021 Français il y a en Cochinchine 2.624 fonctionnaires ou membres de leur famille. Le 7 juillet 187& fut inauguré ce régime civil. Aussitôt commença la substitution aux autorités indigènes des fonctionnaires français absolument ignorants du pays. La Cochinchine eut un code français, des magistrats français qui ne connaissaient et n'avaient aucun désir de connaître la langue, ni les lois du pays. Les interprètes — des « boys » la plupart du temps — ignorants, peu honnêtes, disposèrent de la justice si bien qu'un rapport officiel, écrit en 1887, disait: « Les jugements « ne sont pas toujours exécutés parce que les « parties se mettent souvent d'accord pour ne « pas y obéir. »
La création du conseil colonial ne remédia point aux inconvénients de ce régime dont le vice essentiel était de considérer l'élément indigène comme une quantité négligeable sauf en ce qui concerne le paiement de l'impôt. Toutes les conséquences fâcheuses qu'a produites en
irie ce système d'administration directe et iimilation à l'administration métropolitaine »nt produites en Cochinchine. L'annexion ue de la représentation au parlement et ;tion d'un député compliquèrent encore de Bes électorales, d'autant plus actives qu'elles réduisaient dans un milieu plus restreint, nctionnement gouvernemental de la colonie, nême temps, à mesure que la France prepied au Tonkin, la Cochinchine, se con- ■ant, à titre de colonie française, comme
supérieure en droits à tous les « terris » annamites demeurés pays de protec-
et, agissant comme si elle eût été réellet la métropole, annonçait la volonté d'envahir ! conquérir, pour son compte, les provinces dionales de l'Annam. On avait constitué iochinchine à la place des forces de police ;3 matas — dont disposaient autrefois les [■itéa indigènes, un corps de milices régus qui, n'étant pas aptes à faire, avec les ;tgements nécessaires, la besogne des matas, occupaient plus de police et ne demandaient guerroyer. La Cochinchine mettait la main le Cambodge sous prétexe d'améliorer le
protectorat et la convention imposée en 1884, au roi Norodom par le gouverneur de la Cochinchine eut pour résultat la révolte de 1885. En 1886, on envoyait des troupes dans le Binh- Thuan, puis dans le Khanh-Hoa, le Phu-Yen et
/ même le Binh-Dinh ; et il fallut que, sur les
justes réclamations de la cour de Hué, le gouvernement français intervînt pour forcer la Cochinchine à évacuer ces provinces.
Le budget se ressentit promptement de ces vices d'organisation. En 1878, avec une recette de vingt millions on dépensait quinze. millions.
f En 1887, on percevait et on dépensait trente-
huit millions. Les canaux demeuraient inachevés; mais on avait construit le chemin de fer de Saïgoii à Mytho qui, concurrencé victorieusement par la navigation, coûtait cher et rendait peu.
En 1887, l'unification — en principe — de rindo-Chine apporta quelque changement à
- cette situation. Mais elle ne l'améliora guère. La
Cochinchine dut fournir une contribution pour le Tonkin. Et le chiffre vraiment excessif de cette subvention — qui atteignit 11 .SOO.OOO francs — greva lourdement les finances, déjà bien char-
38 l'indo-chin'E
ées, de la Cochinchine. De plus, l'organisation u gouvernement général amena la création d'un tat-major considérable, de sorte que, pour tre moins bien administrée, la Cochinchine aya beaucoup plus cher parce qu'elle supporlit de deux côtés à la fois les erreurs et les tûtes commises en Indo-Chine par des gou~ emements qui ne se préoccupaient pas de bien onnaître le pays.
En effet, le régime de « l'annexion assimiie » produisait en Cochinchine des inconvéients particuliers; et la politique d'annexion t d'administration directe, en creusant les défiits du Tonkin, retombait sur la Cochinchine ui, sous forme de contribution, en payait les ■ais.
Cependant, les travaux publics s'étaient arrêiS. Les canaux s'envasaient et n'étaient point icreusés. Depuis i8C3 on discutait l'enlève-
ent du banc de corail qui fermait les passes de
rivière de Saigon. La Plaine des Joncs, au lieu "être convertie en rizières, demeurait inculte, l autour même de Saigon les routes manquaient. •'ailleurs, T Indo-Chine unifiée ne prospérait as mieux, A la fin de l'exercice 1889, il avait
fallu demander à la métropole une subvention de 13 millions pour combler le déficit. A la fin de 1 891 on constatait encore un déficit nouveau de 5 millions et l'exercice 1891 promettait, avec certitude, un passif final d'une dizaine de
r millions.
Le revirement politique de 1891 modifia rapidement et heureusement cette fâcheuse situation. Le « gouffre » du Tonkin se comblant tout d'un coup, par suite de la pacification immédiate du Delta — obtenue en quinze jours par suite de l'entente avec la cour de Hué — la contri-
^ bution de la Gochinchine fut réduite à 5 millions,
puis à 4.700.000 francs. Elle est aujourd'hui supprimée, les dépenses militaires ayant diminué beaucoup et, d'ailleurs, l'unification du budget ayant fait disparaître la cause même de la subvention.
La situation de la Gochinchine s'est donc améliorée notablement. Toutefois si les incon-
f vénients résultant de la mauvaise orientation
politique ont à peu près disparu, — ce qui n'a pas été facile parce qu'il a fallu longtemps pour constituer un personnel d'administration compétent — on n'a pas encore pu faire disparaître
la surabondance des fonctionnaires, car s'il est extrêmement facile d'augmenter le personnel, il est à peu près impossible de le restreindre.
En même temps, les relations de la Gochinchine et du Cambodge s'amélioraient, le Gouvernement général ayant arrêté les velléités absorbantes de la Cochinchine; et les deux pays s'en sont trouvés mieux.
A l'heure actuelle, la Cochinchine est administrée par un « lieutenant-gouverneur » placé sous la haute autorité du gouverneur général. Et cette haute autorité s'exerce d'autant plus efficacement que, la capitale ayant été définitivement fixée à Saigon, le lieutenant-gouverneur se trouve placé directement sous la main du gouverneur général.
Mais la différence de condition politique entre la Cochinchine et les autres pays n'est pas sans inconvénients. La Cochinchine, colonie « annexée », terre française, représentée au parlement, a toujours prétendu et prétend encore une certaine supériorité sur les autres parties de l'Indo-Chine. Delà, parfois, résultent des tiraillements, des froissements et des mécomptes que l'habileté du Gouvernement
a jusqu'à ce jour rendus inofFensifs, mais dont il serait peut-être bon de supprimer la cause en faisant « rentrer la Cochinchine dans le rang » de façon à rendre réelle, coniplète et homogène Tunion indo-chinoise.
f Les attributions du lieutenant-gouverneur
sont fixées par le décret du 29 octobre 1887, et, surtout, par celui du 9 mai 1899, qui a modifié beaucoup le caractère de la fonction. Les attributions du lieutenant-gouverneur n'ont pas été changées. Mais il est placé « sous les ordres du gouverneur général pour le seconder dans Vadmi-
f nistration de la Cochinchine ». Cette modification
était la conséquence logique et nécessaire de l'unification de Tlndo-Chine. Les cinq pays qui la composent perdaient forcément leur individualité gouvernementale, et l'administration particulière de chacun de ces pays relevait directement du gouvernement général. Les résidents généraux et le lieutenant-gouverneur cessaient d'être
- des vice-rois pour n'être plus que des préfets.
Le lieutenant-gouverneur est assisté d'un conseil colonial — créé par le décret du 8 février 1880, modifié par une suite de décrets dont le principal est du 28 septembre 1888 — actuel-
lement composé de quatre membres français ou assimilés, élus par le suffrage universel ; les deux délégués de la chambre de commerce nommés par elle ; les deux délégués du conseil privé, nommés par décret, et de six membres asiatiques, sujets annamites, élus par un suffrage à deux degrés. Les six annamites et les deux délégués du conseil privé votant rarement, — très rarement, — contre l'administration, celle-ci n'a pas à craindre beaucoup le désagrément d'un vote hostile.
Cependant l'action du conseil colonial n'a pas été minime et, à certains moments, ayant la disposition à peu près libre d'un budget considérable, il n'est pas sans avoir encouru quelques reproches sur la manière dont il l'a géré.
La Cochinchine est divisée en vingt-deux provinces qui s'appelaient, il y a peu de temps encore, des arrondissements et possédaient, à côté de « l'administrateur des affaires indigènes » un « conseil d'arrondissement » composé des chefs de canton. Il y a en outre deux « municipalités », celle de Saigon qui compte quatorze conseillers, dont quatre indigènes, et celle de Cholon qui compte quatre conseillers français
— dont le maire, — quatre conseillers annamites et quatre conseillers chinois, dont la présence s'explique par le nombre et l'importance des négociants chinois établis à Gholon.