COMMERCE, INDUSTRIE
Le commerce, en Cochinchine, est généralement florissant. Il y a cependant quelques réserves à faire, surtout au point de vue de Tindustrie. La plus sérieuse — et qui n'est pas sans mériter qu'on y réfléchisse — c'est la prépondérance industrielle des Chinois et la concentration presque complète entre leurs mains de l'industrie et du commerce du riz. Sur les neuf usines à décortiquer le riz, qui fonctionnent à Cholon, sept sont entièrement chinoises. Les deux autres, quoique françaises en apparence et dirigées par des Français, sont passées en presque totalité dans les mains de capitalistes chinois, faute de capitaux français. Ce n'est pas seulement en Cochinchine que cet accaparement de l'industrie par le Chinois se produit et s'aggrave. Au Tonkin des faits du même genre sont chaque jour gignalés. Il y a là matière à bien des réflexions et aussi certainement à quelques mea culpa.
Cependant, dans son ensemble, le commerce est en augmentation. Dans les 230 millions
auxquels se monte le commerce général de rindo-Chine pour Tannée 1898, la Cochinchine et le Cambodge (comptés ensemble par suite de lunion douanière des deux pays) entre pour environ 73 °/o avec le chiffre de 162.974.552 piastres dont 54.964.222 piastres d'importations et 108.974.542 piastres d'exportations. Si donc la fameuse théorie de la « Balance du commerce » était réellement exacte, la Cochinchine s'enrichirait d'une cinquantaine de millions et plus chaque année, ce qui, malheureusement, est loin de la vérité, d'autant que, dans ce chiffre considérable d'exportations, le riz entre pour 88.555.000 francs dont 70 millions à destination de la Chine. Et comme la préparation industrielle du riz, décortication, blanchissage, glaçage, — sans parler des prélèvements faits par les intermédiaires entre le cultivateur et le fabricant — représente plus de la moitié du prix de vente, la plus forte partie du produit que donnent la culture et le commerce du riz demeure aux mains des Chinois. De sorte que la « balance commerciale » ne donne point du tout la mesure de renrichissement de la colonie.
Aux 168 millions — en arrondissant le chiffre — du commerce général de la Cochinchine et du
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Cambodge, il faudrait ajouter 8.109.000 pour le cabotage. Mais le cabotage et les mouvements du numéraire, bien qu ils figurent dans les états de douane, ne doivent point entrer en ligne de compte car ils font, le plus souvent, double emploi, n'étant que Texécution ou la contrepartie d'opérations commerciales déjà comprises dans les statistiques.
Le chiffre de l'année précédente (1897) n'était que de 146.614.371 fr. et 7.472.874 fr. pour le cabotage. Mais il faut tenir compte des différences que peut produire le succès plus ou moins complet de la récolte du riz. En Cochincbine, l'écart n'est .jamais très grand, mais au Tonkin, il peut être de 80 à 90 ®/o.
Il n'en demeure pas moins certain que l'augmentation est considérable et, surtout, continue. L'augmentation sur 1897 a été de 17 millions et celle de 1897 sur 1896 était de 16 millions.
Dans les exportations, la France
a fourni 23.393.043 fr.
Les colonies françaises 88.741
L'étranger (marchandises étrangères) 31.482.436
Total 54.964.222
L lîCDO-CHINE
Les exportations sont distribuées entre les divers pays comme l'indique le tableau suivant :
Denrées et marchandises provenant de la colonie
pour la France. . . 24.804.372 fr.
pour les col. fr. . . 3.476.332
pour Tétranger, . . 78.131.186
vers la France . . ,
Marchandises \ ^"*" "" x x««v^. . . 83.939
françaises l vers les colonies. 48
réexportées ( ^^^ l'étranger. . . 1.326.723
Marchandises étrangères réexportées
vers la France . . .
vers les col. fr. . .
vers Tétranger. . .
Total 108.010.322
L'importation française en Cochinchine porte sur les produits fabriqués : ouvrages en métaux 2.734.815 fr. ; ouvrages en matières diverses 1.185.612 fr. ; les boissona 2.237.378 fr. Parmi les articles de consommation les plus demandés il faut citer : le tabac, les médicaments, les parfumeries et les parapluies et parasols.
La Chine importe pour 3.283.323 fr. d'or battu en feuilles pour la fabrication des bijoux indigènes.
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C'est le riz qui fournit les plus gros chiffres à l'exportation. Il en a été exporté pour 88 millions dont la majeure partie en Chine. Après le riz, les produits de pêche, — poisson sec ou salé, — donnent un chiffre de 6.487.841 fr. Le poivre 4.418.028 fr. dont la plus grande partie vendue en France.
Le commerce de la Cochinchine avec la France a augmenté sensiblement. Les importations françaises ont gagné, en 1898 plus de 2 millions. Et la métropole a acheté pour plus de 20 millions de riz, alors que ses achats jusqu'à 1897 n'avaient pas dépassé 10 millions.