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LA POLITIQUE ACTUELLE

Ainsi, cette politique nouvelle a donné ses fruits : la prospérité de Tlndo-Chine. On n'ose plus, aujourd'hui, la contester, et ceux-là même qui lont combattue avec le plus d'acharnement, ceux qui, le 29 décembre 1894, obtinrent comme une revanche décisive la disgrâce de M. de Lanessan, coupable d'en avoir été l'initiateur^ sont contraints de reconnaître que l'événement les a condamnés.

Ainsi le Tonkin a été pour nous une grande et coûteuse école dont les enseignements, chèrement payés, nous ont profité déjà et nous profiteront encore bien davantage. Les événements qui, pendant ces dernières années, se sont déroulés en Afrique, ont apporté aux leçons que nous avait données le Tonkin la confirmation d'une série de catastrophes. 11 a bien fallu reconnaître et il faudra bien comprendre une fois pour toutes qu'on ne colonise point par la violence ; qu'on ne s'établit pas solidement dans un pays en y coupant des têtes

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ou des mains ; qu'on ne change pas par la contrainte les mœurs, Tesprit, les habitudes, la pensée et l'âme d'un peuple, surtout lorsque ce peuple, comme les races jaunes, a pris le pli moral et intellectuel de traditions maintenues pendant une longue série de siècles; qu'enfin, il est infiniment plus facile d'obtenir par la douceur, par la bonté, par la justice, l'obéissance d'abord, puis l'affection de populations intelligentes et pacifiques que l'intérêt rendra promptement dévouées lorsqu'au lieu de se traduire par des violences notre domination se traduira par des bienfaits.

En même temps que cette conviction s'imposait aux milieux politiques, elle pénétrait dans les masses sous une forme plus simple mais non moins décisive. N'entendant plus parler d'expéditions militaires, de surprises, de massacres, ni, surtout, de nouveaux déficits à combler ; voyant au contraire se construire de grands travaux publics, s'établir des voies de communication, se créer des relations commerciales, l'opinion publique s'est rassurée. Mieux renseignée, elle s'est réconciliée avec le Tonkin, avec l'Indo-Chine. Le mouvement colonial qui, depuis

quelques années, s'est propagé en Europe, a donné aux « gens du monde » et aux classes populaires, aujourd'hui plus curieuses de s'instruire, une connaissance moins rudimentaire et moins fantaisiste des possessions françaises en Extrême-Orient. Et l'appel fait au crédit par M. Doumer a été entendu non seulement par les financiers, mais surtout par la petite épargne. Ceci mesure le chemin parcouru depuis 1891 ; quel accueil, en effet, aurait fait l'épargne publique, en 1887, à un emprunt « tonkinois »?

Ce n'est pas seulement l'Indo-Chine qui profitera de cette orientation nouvelle donnée désormais à notre politique coloniale. Il est permis d'espérer que ces principes, sommaires mais essentiels, seront mis en pratique dans toutes nos colonies. Ce sera un immense service rendu par le Tonkin à la France ; et voilà pourquoi il m'a paru qu'il convenait de placer en tête de cette étude sur le Tonkin cet exposé de doctrine coloniale.

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