HUÉ
La capitale de TAnnam était autrefois à Hanoï. La dynastie des N'guyen, originaire du Thanh-Hoa, la transporta à Hué.
fiué, sur le Song-Huong-Giang, est à 8 kilomètres environ de la mer. La rivière débouche à Thuan-An et sa^barre n'est praticable — quand la mer est suffisamment calme — qu'à des embarcations de très faible tirant d'eau. D'ailleurs, les sinuosités de la rivière et ses basfonds rendent très difficile la navigation entre Thuan-An et Hué ; les échouages sont fré- €{uents.
La situation de la ville est déterminée par le 16o32'o0" de latitude nord et le 105Ho'20" de longitude est.
Primitivement Hué n'était qu'une* citadelle, contenant la ville capitale, — celle des mandarins — et la ville impériale, résidence du souverain. A peine, en dehors de cette enceinte immense — 2 kilomètres 500 mètres de côté — qui contenait
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une armée de 30.000 hommes, quelques cabanes, quelques pauvres maisons formaient-elles une sorte de faubourg, habité par des marchands et fournisseurs de l'armée. Ce faubourg s'est accru rapidement et il s'est formé autour de la ville des fonctionnaires une agglomération -d'assez gros villages ; Dong^Ba^ Gia-Hoï, Ba-V.inh. et Kim-Long. Depuis 1885, une caserne a* été établie dans l'intérieur de la citadelle pour les troupes françaises. Les ministères, le Co-mat, les administrations et une certaine partie des troupes de la garde indigène occupent l'intérieur de la citadelle. Une seconde enceinte enfermie le palais impérial et ses jardins.
A Ba-Vinh et sur le canal de Dong-Ba, viennent stationner les bateaux, et les chaloupes à vapeur qui font le service de Hué à Thuan-An* Un pont métallique de 72 mètres franchit le canal de Dong-Ba. La résidence supérieure a été construite en face de la citadelle, sur la rive droite du Song-Huon^-Giang. Un pont de plus de 350 mètres est en construction et mettra la résidence en communication directe avec la citadelle. . . , >
La ville ne possède aucun monument. Son
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commerce est peu de chose. Les bateaux qui viennent à Hué n y apportent guère que « le riz d'impôt » et les ligatures avec lesquelles se paient les contributions. La ligature valait autrefois le huitième de la piastre, c'est-à-dire fr.84, lorsque la piastre valait 6 fr. 75 environ. Elle a même valu jusqu'à fr. 90. Elle est aujourd'hui tomBée à 30-40 centimes. La ligature se compose de 600 sapèques en zinc, percées d'un trou, enfilées et séparées en dix tiens ^ de 60 sapèques chacun. Ainsi, un tien vaut environ 4 centimes, prix fort, de sorte qu'il faut /5 sapèques pour valoir 1 centime. La ligature pèse 1 k. 500 gr. Il y a aussi des sapèques en cuivre et d'autres en alliage, valant, les unes six fois, les autres trois fois la sapèque en zinc. Si cette monnaie a l'inconvénient du poids — puisque i francs en sapèques pèsent 35 à 36 kilogrammes — elle a l'avantage de permettre des achats minimes sans surpayer les objets. Sur un marché européen, il n'est guère possible de payer moins d'un sou un objet quelconque, si minime que soit sa valeur. En Annam, moyennant 2 .ou 3 sapèques, on peut acheter la petite poignée de légumes, la pincée de condiments nécessaires au repas.
V Indo-Chine. 17
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La cherté de la vie augmente toujours en proportion de la valeur que prend l'unité monétaire la plus petite,
La monnaie de compte est la piastre. Les anciennes monnaies, le nên, barre d'ai^ent valant RO francs, et le dinh, barrette de 8 francs, ne sont guère plus usuelles.
Les monnaies, poids et mesures de l'Iiido- Chine étaient, naturellement, communs à tout l'empire annamite. Sauf quelques usages locaux, on les trouve, en effet, dans tes autres pays. Et, bien qu'en Cocbinchine des efforts aient été faits pour vulgariser les poids et mesures français, on y compte encore avec le système annamite.
Ce système ne brille pas par une logique suivie. II a pour base le diamètre de la sapèque en zinc ; cette base a servi à former des multiples très variés et point du tout concordants. Il y a trois unités de longueur :
1° Le thwôc moc (le grand thwôc) qui représente m. 425 ;
2" Le thtcôc do ruong ou quart diên xich qui représente m. 470;
3° Le thwôc vài ou quan phong x'tch qui représente m. 6H.
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Ces dimensions ont été fixées, en 1872, par une ordonnancé de T empereur Tu-Duc. Primitivement, le fhwôc moc devait représenter 18 diamètres de sapèque et le thwôc vâi 30 diamètres.
Le 2 juin 1897, une ordonnance du gouverneur général a fixé, pour toute Flndo-Chine, la longueur du mètre thwôc moc annamite à 0. 40 et le maûy mesure de superlicie, à 3.600 mètres carrés, ce qui fait un carré de 60 mètres de côté, soit, en mètres annamites, un carré de 150 mètres de côté.
L^uaité de poids était le picul ou ta représen* tant, selon les cas, 43, 45 ou 50 ligatures. Le picul de 45 ligatures est le plus courant. Son poids est fixé à 60 k. 400 gr. Comme sous-multiples, le picul a le can = k. 604, et le yen = 6 k. 040. Une autre série de poids usitée dans certains commerces est d'origine chinoise : le taël ou tuong vaut k. 37 gr, 750 ; le dông k. 03775; le phàn k. 003775, soit un peu plus de 3 milligrammes et demi. Ces poids étaient et sont encore usités dans le commerce pour Tor, la soie et les nids d'hirondelle.
Il y a des mesures de capacité spéciales pour
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le commerce du riz : Je vuong, qui représente 38 litres H3; le ftoc — 76 litres 226; le thang représente 2 litres 932. Le hoc est la mesure du paddy; le vuong celle du riz décortiqué. Le hoc de paddy et le vuong de riz sont de valeur égale. La décortication, comme on voit, double le prix du paddy.
L'arrêté du gouverneur général qui a fixé à m. 40 la longueur du mètre annamite et à 360 mètres carrés la superficie du. maû, a simplifié bien des transactions. Les progrès du commerce dans le pays exigeaient cette mesure qui sera, nécessairement, suivie d'autres dispositions a leffet d'unifier le système des poids et mesures en Indo-Chine. Et l'Annam, qui fut longtemps le pays le plus réfractaire à la pénétration française, sera probablement celui où se fera le plus rapidement cette accommodation.
HISTORIQUE
Le Cambodge n'appartient que géographiquement à l'Indo-Çhine. Il est bien situé dans la péninsule indo-chinoise, mais il n'a jamais fait partie de l'empire d'Annam, et les deux pays n'avaient rien de commun, ni l'origine des populations et des races, ni la religion, ni les lois, ni les mœurs.
L'Annam procédait de la Chine, le Cambodge de l'Inde. La tradition cambodgienne, conservée à l'état de pratique superstitieuse pour la prise de possession de toute habitation nouvellement bâtie, fait faire au propriétaire, au moment de son installation, cette déclaration symbolique : « Je viens de Lanka ; ma barque a sombré, je viens m'établir ici avec ce qui me reste. » Lanka,
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c'est Ceyian, Les monuments qui restent de • l'empire Khmer accusent une origine hindoue ; et une autre tradition, vaguement conservée, afUrme qu'un prince de Delhi vint avec son peuple s'établir sur les bords du Mékong.
L'origine aryenne de la race cambodgienne est également confirmée par sa langue qui n'est point dérivée du chinois, par son écriture phonétique, proche parente du pâli, par ses mœurs et par ses institutions qui sont empruntées aux monarchies despotiques et aux castes de l'Inde et non aux institutions constitutionnelles et démocratiques de la monarchie annamite.
En effet, il n'existe au Cambodge ni conseil de gouvernement, ni mandarinat basé sur l'examen et sur les diplômes. Le roi, maître absolu des hommes et des choses, armé d'un pouvoir personnel sans limites et sans contrôle, choisit et nomme lui-même, au gré de son caprice ses fonctionnaires et ses serviteurs. « Il n'y a pas, a (1 dit Doudart de Lagrée, de classe moyenne au (1 Cambodge. Il n'y a que des mandarins arbitrai- 'I rem en t choisis par le roi, ne travaillant pas et « une population misérable exploitée à outrance. « Tout le commerce est aux mains d'étrangers : Chinois, Malais Annamites, n
On voit combien était grande, en 1860, la décadence de ce qui avait été le puissant empire des Khmer. L'époque de sa splendeur remonte probablement aux environs de Tère chrétienne. L'épigraphie encore incertaine des monuments Khmer et principalement des temples d' Angkor- Wat semble fixer aux premiers siècles de cette ère la construction de ces temples grandioses.
Dans le courant du xv® siècle, le royaume Ciampa — dénomination de l'empire cambodgien à cette époque — se trouva pris entre la poussée des Annamites venant du Nord et celle des Siamois venant de l'Ouest. Les Ciampas furent chassés de la Cochinchine où quelques Tiames — ou Ciames — représentent actuellement les derniers restes de la population Khmer. Les premières notions quelque peu sérieuses que .possède l'Europe sur l'histoire de ce pays lui sont venues parles Portugais, qui, au temps de leur plus grande expansion coloniale, au commencement du xvj^ siècle, s'établirent au Siam et visitèrent les embouchures du Mékong. Plus tard, en 1644, les Hollandais envoyèrent de Batavia une expédition pour punir l'assassinat de quelques trafiquants. La France n'intervint au
Cambodge qu'en 1862. Elle avait envoyé déjà en 18oo un de ses agents diplomatiques à Oiidong, alors capitale du royaume. Mais les Siamois défendirent au roi de cette époque, Ang-Duong, de recevoir l'envoyé français qui ne fut point accueilli. En 1862 le gouvernement français comprenant qu'il ne pouvait s'établir sérieusement en Cochinchine s'il n'était maître des embouchures du Mékong, envoya le capitaine de vaisseau, Doudart de Lagrée, auprès du roi à Oudong. A ce moment, Norodom, chassé du Cambodge par la révolte de son frère Ang-Sor, venait d'être restauré par une armée siamoise ; mais en échange de ce service, le Siam lui imposait une vassalité exigeante et lui prenait les provinces d'Ang-Kor, Battambang, Tonlé- Repou. Le Siam en même temps réclamait à la France l'extradition d' Ang-Sor réfugié à Saigon. L'amiral Bonard saisit l'occasion d'intervenir dans les affaires cambodgiennes et, refusant de rendre le fugitif, il envoya à Oudong le chirurgien Hennecart qui parlait le cambodgien, pour servir d'interprète à M. de Lagrée qui devait se mettre en rapport avec le roi et faire une enquête sur le pays.
M. de Lagrée eut bientôt fait d'acquérir une influence morale très puissante sur le rçi.
Norodom, d'ailleurs, supportait impatiemment la tutelle du Siam et s'inquiétait des appétits et des convoitises de la cour de Bang-Kok, qui avait placé auprès de lui un véritable maire du palais^ le mandarin Chao-Koun-Darat pour le surveiller et lui imposer ses volontés. La protection française lui partit capable de le défendre contre les Siamois et, cédant aux conseils de l'envoyé français, Norodom congédia le mandarin siamois et signa, en 1863, un traité qui le plaçait sous le protectorat de la France. Toutefois, avec une duplicité tout asiatique, il concluait en même temps une convention secrète avec le gouvernement de Bang-Kok qui lui envoya, en signe de vassalité, les insignes royaux pour son couronnement.
Jusqu'en 1884, le protectorat français n'eut pas l'occasion de s'affirmer activement. 11 y avait un résident français à Oudong et plus tard à Pnom-Penh où Norodom transporta sa capitale en 1 886 ; mais l'action de la France ne se manifesta point autrement. Même, en 1867, un agent diplomatique français eut le tort de con-
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dure, sans consulter le gouverneur de la Cochinchine, une convention qui reconnaissait les droits prétendus par le Siam sur les provinces de Battanibang et Siem-Réap, enlevées au Cambodge, En 1884, les choses changèrent. La Cochinchine, à ce moment, prétendait s'agrandir par voie de conquête et le gouverneur de Saigon imposa à Norodom, en date du 17 juin, un traité qui détermina une insurrection.au Cambodge.
Un des frères du roi, Si-Votha, se mit à la tête des insurgés et, pendant plusieurs années, l'anarchie et la misère ne cessèrent de grandir, jusqu'à ce que les conventions conclues en 1891 et 1892 eussent remis un peu d'ordre au Cambodge en lui donnant un budget, en lui créant des ressources en même temps qu'on lui imposait des économies. A ce moment, le gouvernement de rindo-Chine se chargea du budget cambodgien, organisa la perception des impôts qui donnait lieu à des exactions et des malversations intolérables et, dès la première année, 'aisance reparut i\ Pnom-Penh, Depuis cette late, l'histoire du Cambodge n'a plus d'événenents et chaque année, enregistre de notables )rogrès. Depuis 1898, la création du budget
général a encore amélioré la situation et l'acquisition du Laos, depuis que des communications régulières sont établies, augmente le commerce et les ressources du Cambodge.
GÉOGRAPHIE
Les Cambodgiens appellent leur pays Sroc Khmer province Khmer ; et ce n'est évidemment qu'une faible partie de l'ancien empire du Ciampa. Le Canibodge actuel est compris entre 10o30" et 14o de latitude nord et 100<>30 — 104^30 de longitude est. Ces coardonnées oat été quelque peu modifiées par la délimitation avec le Laos au nord. Elles devraient être changées si dans le Cambodge on comprenait les pays « neutralisés », c'est-à-dire les provinces de Battambang et Siem Réap, celles de Mela-Prey et de Tchon-Kan. Dans ses limites anciennes le Cambodge a une superficie d'environ 100.000 kilomètres carrés. Sa population est évaluée à 1.500.000 habitants, dont 1.300.000 Cambodgiens et 200.000 Annamites.
On y compte un peu plus de 300 Français.
Le Cambodge est formé pour la plus grande partie du delta du Mékong, Cependant les provinces du Sud-Ouest, la « Terre de Pursat » et la « Terre de Tréang » sont des terres hautes,
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accidentées de collines et, par endroits, couvertes de forêts denses, dont quelques-unes sont exploitées. Près du littoral occidental se
I trouvent diverses îles^ les îles Samit, Ko-Kong,.
! Rong-Sam-Len, habitées par des pêcheurs et.
dans lesquelles on récolte de la gomme-gutte.
Dans la première partie de cette étude, les.
traits essentiels de la géographie cambodgienne: ont été indiqués, notamment Vexistence du Grand lac ou Tonlé-Sap qui, long de 140 kilomètres, sur une largeur de plus de 30, joue le rôle d'un réservoir régulateur des crues du Mékong. Sans cette immense cuvette où s'emmagasinent les eaux des hautes crues, le Delta serait ravagé par le courant violent de» montées, rapides et l'inondation bienfaisante qui féconde les rizières deviendrait torrentielle et dévastatrice.
Le Tonlé-Sap se distingue en trois parties :
au sud-est, le VéaUPhoc — plaine de boue — dans laquelle, au mois d'avril, on ne trouve guère'. que 30 à 40 centimètres d'eau et où pousse le « riz sauvage » dont la récolte est permise à tous. Au nord-ouest du Véal-Phoc se trouve une sorte de fosse, profonde de deux mètres, où Ton pêche
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de gros souffla ars, marsouins ou dauphins, emprisonnés par la baisse des eaux. Le Petit lac est également un haut-fond, presque k sec aux basses eaux et traversé par un canal tortueux de m. 80 de profondeur. Enfin le Grand lac qui garde aux plus basses eaux plus d'un mètre de profondeur. Au moment de la forte crue — qui monte de 12 à 14 mètres à Pnom-Penh, en juillet — le lac s'étend de plus de 23 kilomètres dans les terres et inonde d'immenses forêts.
Plus de 30.000 pêcheurs vivent du Tonlé-Sap. Le poisson salé, séché, le nuoc-mam, Thuile de poisson, la colle de vessies, sont l'objet d'un commerce fort actif. Sur les bords du lac existent des villages flottants, vastes radeaux de bambous entrecroisés sur une grande épaisseur et formant un plancher, sur lequel sont construites les paillettes en bambous et feuilles de palmier. Le village suit le mouvement des eaux, descend jusqu'au Grand lac en avril et s'ancre aux endroits profonds. En juillet, il remonte vers les bords et s'amarre aux arbres des forêts inondées, dont les eaux montantes ont chassé les fauves dangereux.