CLIMAT
Le climat du Cambodge est à peu près celui de la Cochinchine, chaud, humide, avec une saison des pluies et une saison relativement sèche. Mais les forêts y sont fiévreuses et la « fièvre des bois » est encore plus mauvaise que les fièvres paludéennes dont elle est, diton, une aggravation.
FAUNE ET FLORE
La faune est celle de la Cochinchine, mais les espèces sont plus abondantes en individus.
L'éléphant, le rhinocéros, le buffle et plusieurs espèces de bœufs, entre autres le Khthinff-poss, — (bœuf à serpents, parce qu'on croit qu'il mange les serpents) — qui a les cornes contournées en spirales.
Les rizières et les forêts qui les bordent nourrissent une quantité déplorable de singes et de rats qui pillent les récoltes. Le tigre, la panthère, le léopard sont fréquents, ainsi que le petit « ours à miel ». Le sanglier abonde et fait de grands ravages dans les plantations. Les
chevaux cambodgiens sont petits mais vigoureux pour leur taille qui ne dépasse guère 1 m. 20. On les attelle par paires. La bête de labour, comme dans toute Tlndo-Chine, c'est le buffle. L'éléphant est domestiqué communément et se vendait « au mètre », à raison d'environ 100 francs la coudée de m. 40, la hauteur de la bête étant mesurée au garrot, ce qui portait autrefois à 5 ou 600 francs le prix d'un éléphant de 2 m. 30 de hauteur. Mais les prix ont augmenté beaucoup et un bel éléphant se paie aujourd'hui à Pnom-penh de 2 à 3.000 fr. Le porc est très commun. Mais, faute de soin, il est souvent envahi par la ladrerie.
Les oiseaux sont ceux de la Cochinchine.
Naturellement les oiseaux d'eau pullulent.
La flore est identique à celle de toutes les provinces méridionales. Le riz est la principale culture. Mais dans les terres non inondées, on cultive le poivre, le café, le coton, la canne à sucre, le maïs, le mûrier. Les bois donnent neuf espèces de cannelle et beaucoup de cardamome. La ramie^ le chanvre de Manille, la ouate sont presque spontanés. La ouate égrenée se vend de 35 à 40 francs le picul de 60 kilogrammes.
Les terrains de culture sont répartis comme suit : Rizières, 98.200 hectares ; coton, 9.000 ; indigo, 7.000; tabac, 6.000; haricots, 8.000; poivre, 600 ; café, 50 ; cardamome, i .000.
Le protectorat français n'a pas protégé le Cambodge seulement contre le Siam ; il Ta surtout protégé contre son propre gouvernement et on peut dire que, depuis 1884, et surtout depuis 1891, le sort des populations cambodgiennes s^est grandement amélioré. Les institutions cambodgiennes avaient, en effet, conservé ce qu'il y a eu de pire daûs les antiques civilisations hindoues : l^omnipotence despotique des rois ; la théocratie plus despotique et plus dure encore des chefs religieux, plus puissants que le roi luimême; la tyrannie des puissants constitués en une caste personnelle et la complète abjection des populations, déshéritées de tout droit, privées de toute justice. Toutes les superstitions et toutes les servitudes que consacrait la civili-
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sa lion hindoue, l'esclavage et même les sacrifices humains perpétués presque jusqu'à nos jours, car en 1830, on en signalait encore dans le Kompong Soaï, presque à portée du temple d'Ang-Kor, tel était l'état du Cambodge.
Sous le protectorat français, le roi demeure virtuellement un souverain absolu ; mais ses ordres ne s'exécutent que visés par le Résident supérieur et par le Conseil du Protectorat.
Jusqu'en 1884 le roi possédait encore et souvent exerçait le droit de vie ou de mort sans jugement. Il n'y avait pas de budget au Cambodge. Le roi faisait ce qu'il lui plaisait du produit des impôts. Il payait à son gré sa famille et ses créatures, toujours affamées, toujours disposées à la révolte. Pour se les concilier, le roi multipliait les fonctions. Il y avait au Cambodge, royaume minuscule, cinquante-sept provinces gouvernées par cinquante-sept états-majors qui dévoraient le pays. Comme les radjahs de l'Inde, le roi déployait un faste extraordinaire. Outre les onze femmes légitimes qui lui sont permises il a un nombre illimité de concubines — Norodom en avait de trois à quatre cents — et un corps de ballet et de musique dont les sujets — tous
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femmes — sont généralement tirées du Siam ou de Chine et presque toutes sont recrutées vers l'âge de treize ou quatorze ans.
Le gouvernement, exercé par des ministres consistait à peu près uniquement à faire rentrer les impôts. Mais la puissance réelle dans les provinces était aux mains des bonzes.
La religiosité fanatique et passive des races hindoues s'est conservée dans les races cambodgiennes. Le bonze est tout aussi vénéré, tout aussi omnipotent que le Brahmane et la substitution du Boudhisme au Brahmanisme n'a changé que le personnel des prêtres. L'ignorance et l'absence de toute idée personnelle ont empêché le peuple de faire une différence entre sa religion d'autrefois et celle d'aujourd'hui. Le budget des bonzes était, au Cambodge, beaucoup plus riche et beaucoup plus secret que celui du roi.
La famille du roi, si l'on croit ses traditions, serait originaire de Bénarès. Elle appartient à la caste des Bakhus — ou Ba-Kous — qui est une caste brahmanique. L'ordre successoral, comme dans les pays musulmans, appelle les frères, par primogéniture, avant les fils du roi. Ce sont « les cinq grands mandarins » du royaume qui
désig-nent le roi. Mais, en 1884, la France s'est résevée de dési^^er elle-même le successeur de Xorodom.
Comme dans plusieurs Etats d'origine aryenne, il existe au Cambodge et au Laos deux rois. Le second roi, Y obbaioureach — (roi qui a abdiqué) — ou Yobhareach — premier frère du roi, héritier présomptif — n'a qu'un rôle tout à fait secondaire et n'exerce même plus, comme autrefois, le gouvernement direct de quelques provinces.
On comprend qu'avec onze femmes légitimes, le roi possède une nombreuse famille. Norodom compte quatorze lils et vingt-deux filles. L'obbareach, de son côté, n'a pas moins de treize fils et dix filles, sans compter ceux ou celles qui peuvent survenir.
Le Code cambodgien, contenu dans le livre sacré — Prathom Masat — ne se distinguait point par la douceur. Il édictait vingt et une manières d'appliquer la peine de mort, parmi lesquelles Técorchement et le « découpage » par petits morceaux. Les amendes et confiscations se partageaient par tiers entre le roi, le plaignant et les juges, ce qui ne contribuait pas peu à les rendre fréquentes et fortes.
Il n'existe pas de noblesse héréditaire au Cambodge, mais des castes en approchant : les prea-vonff, princes ou descendants des princes de la famille royale ; les preans qui se disent de la race de Brahma et les Ba-Kous descendants directs des Brahmanes. Le roi ne peut être pris que parmi les Ba-Kous.
Le Cambodgien est superstitieux, croit aux enchantements, aux présages tirés du passage des oiseaux ou de divers animaux. Il redoute les sorciers, va demander des consultations aux morts dans les cimetières, célèbre pendant trois jours, au mois de septembre, la fête des mofts et pratique « la coupe des cheveux » des enfants, auxquels, dès le premier mois de leur naissance, on rase les cheveux, ce qui s'appelle la « coupe des cheveux sauvages ». Toutes ces cérémonies s'accompagnent de présents ou de contributions payées aux bonzes.
Le Cambodgien est plus vigoureux et de formes beaucoup moins grêles que l'Annamite ; mais il ne peut se résoudre au travail. Peut-être cela tient-il à ce qu'il profitait rarement luimême du fruit de son labeur.
Aujourd'hui, le Cambodge a changé de phy-
sionomie. L'aisance y est revenue et les populations ont connu des jours meilleurs. Le protectorat a installé une justice et une police. Le pouvoir arbitraire des gouverneurs de province, tenus en bride par les résidents a cessé d'être oppressif. La création de Tunité indo-chinoise et du budget général a achevé de rendre au Cambodge son équilibre financier, à peu près réalisé dès 1893, par les conventions'douanières avec la Cochinchine. Les finances cambodgiennes révèlent d'ailleurs assez les progrès du pays.