LE BUDGET LOCAL
Jusqu'en 1884, le Cambodge n'avait pas de budget. Le roi percevait directement, pour son compte personnel, les fermages des jeux, de l'opium, de l'alcool ; les mandarins percevaient, par l'intermédiaire d'agents spéciaux, les taxes diverses, les droits sur les pêcheries et tous les impôts, dont le produit n'arrivait au Trésor qu'après de fortes saignées en route.
Le protectorat français introduisit quelque* régularité dans les comptes. Le fermage des jeux — et surtout celui du fameux « jeu des trente-six bêtes » — exploité non sans scandale par les Chinois et qui ruinait le pays, avait été supprimé. Mais, jusqu'en 1891, le budget du protectorat comme celui de la couronne, demeurèrent misérables. En 1889, le protectorat encaissait 644.400 piastres et le roi — dont les recettes étaient difficiles à connaître exactement — ne touchait guère que 280 à 300.000 piastres. En 1891, les recettes du protectorat se montèrent à 699.927 piastres et celles du roi à 350.000. En
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1893, M. de Lanessan proposa au roi de fondre en un seul les deux budgets et de les faire gérer par des comptables français. Cette réforme, acceptée avec empressement, produisit un effet immédiat. En 1894, le budget se trouva porté à 1.413.S00 piastres dont 459.505 représentaient « l'abonnement » de la Cochinchine, c'est-à-dire la part proportionnelle qui revenait au Cambodge dans les recettes de l'union douanière perçues par la Cochinchine.
L'impôt personnel des Cambodgiens et Malais se montait à 206.325 piastres. La capitation des Chinois et Indiens à 100.000 ; le produit de l'impôt sur les paddys à 120.000 ; la ferme des alcools de riz — choum-choum — à 127.000 ; la ferme des pêcheries, 127.000 également.
Sur ces ressources, la liste civile du roi recevait 372.000 piastres, ce qui lui constituait une très notable augmentation de revenu ; d'autant que ses fils recevaient une dotation de 15.000 piastres — un peu plus de 1.000 piastres par tête — et que Yobbareach était aussi doté de 25.000 piastres, ce qui dégrevait d'autant le budget du roi. Les fils de Xobbareach recevaient, pour eux treize, 3.000 piastres. Les résidences, y
compris la Résidence supérieure, prenaient 109.500 piastres ; Tadministration cambodgienne, 112.000 Le cadre européen des milices. — qui n'existaient pas auparavant, « l'armée » de Norodom se composant d'une soixantaine de Tagals et d'une vingtaine de gardes du corps — exigeait 15.000 piastres, le cadre se composant de sept personnes ; l'armée, — un millier d'hommes environ, plus vingt miliciens Annamites — se soldait avec 78.620 piastres.
Le budget de 1900, diminué de 650.000 piastres environ que produisent les douanes et taxes indirectes, désormais incorporées au budget général, se monte à 2.315.587 piastres.
C'est-à-dire qu'en réalité, de 1894 à 1900, les recettes ont plus que doublé, puisque si le budget était établi sur les bases de 1894, il faudrait ajouter aux 2.315.587 piastres du budget local les 650.000 versées au budget général, ce qui donnerait presque 3 millions de piastres au lieu des 1.413 de 1894.
Les augmentations de charges sont significatives. Sans que le taux des taxes ait été sensiblement majoré, le produit s'est fortement accru. Ainsi l'impôt personnel des Cambodgiens et des
MaldLs a passé de 2<>t>.0iN) piastres, en 1894, à iOO.OOO en 1%0. Le taux de la taxe est resté presque le même : 2 piastres 50 pour les « inscrits /i de 21 à 50 ans et piastre 80 pour ceux de 50 à 60 ans. Au-dessous de 21 ans, au-dessus de 60, la taxe n'est pas due. L*inunatriculation des Chinois a passé de 100.000 piastres à 255.000. Les Chinois immigrent volontiers au Cambodge, pays de riz, et les capitaux de Hong-Kong s'y placent avec empressement. Il n'y avait au Cambodge qu'une grande usine française — égrenage d(;s cotons et ouates, huile et tourteaux — qui vendait au Japon pour à peu près 200.000 piastres de ses produits. Cette usine est passée récemment entre des mains chinoises.
L'impôt sur les paddys, dont la perception laisse encore à désirer à cause des difficultés du mode de taxe, — 5 °/o sur la quantité de paddy trouvée chez le contribuable, cette quotité devant être convertie en une somme d'argent — rend lUJO.OOO piastres au lieu de 120.000 ; la ferme des piVlierios, 215.000 au lieu de 127.000. La ferme des alcools est passée au budget général.
t-etle évidente prospérité a permis de donner au Cambodge des routes, des ponts, des services
publics dont il n'avait jamais été doté. La ville dePnom-Penh est sortie de la boue. Les cloaques infects qui lui servaient de voies de communication se sont changés en rues propres et pavées ; des quais ont été construits. Le budget local des travaux publics pour 1900 est de 237.000 piastres. Jamais pareilles sommes n'avaient été consacrées à l'utilité publique. On a fait un budget de 25.000 piastres à l'instruction publique qui n'avait jamais été à pareille fête. Il y a des écoles à Pnom-Penh. Il y a une justice au Cambodge : un tribunal supérieur à Pnom-Penh, un tribunal secondaire (Sala-Lukan). Le Cambodge possède une armée d'un millier d'hommes, une police régulière, un service médical organisé. C'est tout une révolution politique et sociale. Dans ce pays où il n'y avait qu'un pouvoir absolu et une masse inorganisée, des institutions, une organisation, des services réguliers ont été créés. Des lois, des droits, une justice ont été donnés à un peuple qui, jusque là, vivait sous l'unique bon plaisir de son souverain.
Aussi n'avons-nous aucune insurrection, aucune rébellion à craindre au Cambodge. Et nous pouvons attendre beaucoup d'un pays
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naturellement riche et dont les richeses naturelles peuvent être facilement exploitées.