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POIDS ET MESURES

Le système des poids et mesures au Cambodge a des bases qui ne manquent pas d'originalité. La série des mesures de longueur, en commençant par les plus petites, s'ouvre par VAbhamanu, atome de poussière ; — se continue par VanUj grain de sable ; — le pong-chay, lente de pou ; — le khluong-chay , corps de pou ; — le krâph'Sau, grain de riz ; — le thnaq, travers deSoigt ; — le chaman, travers de main; — le haty coudée et le phiéem bras, qui vaut six hats et = 2 mètres.

Pour les étoffes, la mesure est le thbaûng qui vaut 19 hats — environ 4 mètres.

Les mesures d'itinéraire sont : le sen valant 20 phiéem, c'est-à-dir.e environ 40 mètres; le moroï qui vaut 100 sen =4 kilomètres.

Les mesures de capacité se rapportent imiquement au riz.

Ce sont :

Le cheyp (pincée) = 1/8 de kedap.

Le kedap ^ main fermée poignée, = 1/2 lukday.. Le luk-day — main ouverte= 1/2 kombang.

Le kombang — contenance des deux mains

ouvertes et jointes = 1/2 kan teang, Kan teang' — 1/2 panier = 1/2 tau.

Tau ou kranchseu — (panier) = 1/2 thang.

r/iangr= 38 litres 113.

Modek — (charge — 20 thang = 762 litres 260.

Jfo-rd^e - charretée 80 thang = 3.049 litres 040.

Il j- a lieu d'espérer que l'unification de r Indo-Chine conduira à l'adoption d'un système uniforme de poids et mesures.

Les villes du Cambodge sont peu remarquables. L'ancienne capitale, Oudong, était plutôt une forteresse qu'une ville ; et si Pnom-Penh a pris l'aspect d'une cité de quelque importance, c'est aux travaux faits depuis 1893 qu'elle le doit. Jusqu'alors le budget du Cambodge n'existant pas, il n^ avait pas de travaux publics ; donc, pas. de monuments, pas de rues ni de ponts. Aujourd'hui, Pnom-Penh a deux ponts et plusieurs passerelles, des quais, des rues

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pavées et quelques habitations bien bâties. Les pagodes et celle du Pnom (colline) en particulier, présentent seules quelque intérêt.

Mais le Cambodge a des ruines imposantes et magnifiques, celles des temples d'Ang-Kor-Wat. Ce sont les édifices d'architecture hindoue, — ou plutôt brahmanique — de dimensions extraordinaires et d'une ornementation comparable à celle des plus beaux monuments de Tlnde. La ville d'Angkor, détruite par les Birmans, vers le milieu du xvui® siècle, était enfermée dans une enceinte rectangulaire de murs de 9 mètres de haut sur 15 mètres d'épaisseur et d'environ 4 kilomètres de côté. Le temple, situé entre les ruines de la ville et le lac, était entouré de trois enceintes étagées. On cite le grand escalier, sa bordure de dragons et ses colonnades sculptées. L'origine brahmanique des Khmers est écrite \k en caractères gigantesques. Peut-être parviendra-t-on à déchiffrer les inscriptions et les hiéroglyphes sculptés sur ces ruines et ce seront des monuments précieux pour Thistoire de l'empire disparu des conquérants Khmer.

HISTORIQUE

De toutes les parties de Tlndo-Chine, le Laos est la moins connue. L'étendue des plateaux et des montagnes boisées qui le séparent de TAnnam ont rendu les explorations difficiles et rares. Et les difficultés de la navigation du Mékong n'ont pas permis rétablissement de relations suivies avec les pays placés sur le cours inférieur du fleuve. D'ailleurs, perpétuellement dévasté par les peuples voisins, ce malheureux pays n'avait aucune force d'expansion, aucun intérêt commercial qui pût le mettre en rapport avec l'extérieur, encore moins attirer les étrangers. Le haut Laos, pauvre et ruiné, subissait alternativement la domination violente de la Chine, de l'Annam et du Siam. Le bas Laos, peuplé de rares tribus sauvages, éparses daas les montagnes boisées ou campées sur les

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rives du Mékong entre forêt et fleuve, demeurait malgré les richesse naturelles qu'il contient, un pays désert.

Il y avait, cependant autrefois sur cet immense territoire, égal en superficie à la France, un peuple, des Etats policés, des souverains d'une certaine puissance. Du 23® de latitude nord au i i® et du Mékong aux montagnes de l'Anna m, s'étendaient des « royaumes » que, dès le xx® siècle, les Chinois essayaient de conquérir. Les Annamites, d'autre part, envahirent le Laos en Tan i7iO. Battu à San-Kao, le roi de Luang- Prabang se suicida. Au dire des Annales laotiennes, le Laos fut partagé en deux :1e sud passa sous l'autorité des Annamites ; le reste fut abandonné au roi de Luang-Prabang qui devint vassal et tributaire de l'Annam, payant le tribut en cornes de rhinocéros et en ivoire. Jusqu'en 1893 se continuèrent les invasions périodiques de la Chine et du Siam. De 1820 à 1830, les Siamois détruisirent le royaume de Vien-Chang, le plus puissant de tout le pays. La ville de Vien-Chang — sur la rive gauche du Mékong, en face de Nong-Kay ^— fut détruite de fond en comble. Les Siamois occupèrent Luang-Prabang où, cepen-

dant ils laissèrent subsister la royauté' indigièné. Sur le moyen Mékong, ils s'appliquèrent à dépeupler systématiquement le pays, transportant sur la rive droite les habitants de la rive gauche et les établissant à Bassac, Outhen, Nong-Kay.

L'Annam avait protesté ; la Chine également.

Mais le Siam poussait toujours vers l'Est ses empiétements, substituant le fait accompli aux droits que prétendaient avoir l'Annam et la Chine. Ces droits existaient simultanément. Les souverains du Laos, en effet, pris entre trois voisins également gênants et menaçants, avaient fait hommage à tous les trois et leur envoyaient leur tribut. Jusqu'en 18S1 le roi de Luang-Prabang paya régulièrement son tribut à Hué. Mais en même temps, il recevait de Chine le « cachet de vassalité », semblable à ceux que la Chiné remettait aux rois de Siam et d'Anna m. Cependant, comme les Siamois rançonnaient durement le pays, les populations les prenaient en haine. En 1891, la cour de Bangkok — qui avait exigé des principaux chefs du pays l'envoi de leurs enfants dans les écoles de Bangkok — intronisa à Luang-Prabang, le « châu » Radja-Vong, fils du vieux roi régnant sans même en prévenir son

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père. Le vieux roi protesta énergiqùement et, malgré l^apathie indifférente qui fait le fond du caractère laotien, les populations commencèrent à murmurer tout haut. L'augmentation des impôts aggrava encore le mécontentement. Tout La o tien adulte fut taxé à neuf roupies de capitation et, alors qu'en Annam les mineurs et les vieillards au-dessus de 60 ans sont exempts d'impôts, les vieillards et les veuves au Laos furent imposés de six roupies. Les Laotiens, trop timides pour se révolter, émigraient. Les habitants des villes soupiraient après l'intervention de r Annam, c'est-à-dire de la France.

Au commencement de 1893, les Siamois, voyant que les protestations demeuraient platoniques, occupèrent plusieurs villages sur la rive gauche du Mékong ; ils s'établirent à Stung- Treng et Khone, occupèrent les huyens du Tran-ninh, de Com-cat et poussèrent leurs postes vers la côte dans la direction de Hué, précisément au point où, les montagnes se rapprochant de la mer, la « bande » qui compose le territoire de l'Annam est la plus* étroite. C'était une menace sur Hué.

Le gouverneur général de l'Indo-Chine, M. de

Lanessan, prit des mesures pour arrêter cette invasion. 11 envoya, par le Mékong, deux canonnières à Rhône, avec mission de passer, s'il était possible, dans le bief supérieur du fleuve. A Stung-Treng et Rhône, il envoya un vice-résident du Cambodge, M. Bastard; vers Cam-mon et Kemmerat, sur les deux routes principales, qui, de TAnnam, permettaient d'aller au Mékong — le mot de « sentier » conviendrait mieux — MM. Dufrénil, vice-résident à Quang-Tri, etLuce, résident du Nghe-Tin.

Les instructions données aux chefs de ces missions leur prescrivaient d'agir pacifiquement autant que possible, mais avec fermeté ; de n'employer la force qu'à la dernière extrémité, mais d'obtenir l'évacuation sans délai de tous les villages, postes, positions occupés par les Siamois sur la rive gauche du Mékong. Les forces dont chaque résident était accompagné demeuraient sous le commandement de leurs officiers ; mais ceux-ci étaient placés sous l'autorité du chef civil de la mission.

Stung-Treng et Khône furent évacués sans coup férir et l'île de Rong occupée. Les notables Laotiens qui, redoutant une collision, avaient

disparu, revinrent immédiatement et, les autorités laotiennes qui restaient s'empressèrent de faire leur soumission. La prise de possession fut complète et non seulement paisible, mais joyeuse, les habitants du pays se réjouissant de voir disparaître les Siamois.

Sur la route d'Aï-Lao, M. Dufrénil, avec 300 miliciens annamites, refoulant ou emmenant avec lui vers le Mékong les garnisons et les postes siamois, arriva sans avoir brûlé, une amorce, jusqu'à Kemmerat. Les Laotiens, enrôlés malgré eux dans les troupes siamoises, avaient spontanément remis leurs armes aux miliciens.

Seul, M. Luce éprouva quelque résistance.

Le commandant siamois de Cam-mon refusa pendant deux jours de se retirer. Il consentit, cependant, le troisième jour et partit, avec ses hommes désarmés, sous la conduite de l'inspecteur Grosgurin et d'une vingtaine de miliciens chargés en même temps de le surveiller et de le protéger, le cas échéant, contre l'hostilité des indigènes. Mais pendant les deux jours de répit qu'il avait obtenus, Tofficier Siamois avait fait venir au devant de lui 200 Siamois en armes; et, le 5 juin, à Kon-Kiec, ayant demandé une

entrevue à M. Grosgurin, alors malade, il Tas- * sassina d'un coup de pistolet. Les miliciens furent assaillis à Timproviste. Quatre d'entre eux et un boy annamite purent s'échapper. Les seize autres furent massacrés ; mais avant de succomber, ils avaient tué 50 soldats siamois. '

Ce guet-apens décida le gouvernement français à substituer l'action aux négociations. Nous avions, à Bang-Kok, une canonnière, le Lutin ^ qui gardait la Consulat français. Ordre fut donné aux deux chaloupes VInconstant et la Comète^ de se rendre à l'embouchure du Ménam et de la bloquer.

Pendant ce temps, sur le Mékong, les Siamois reprenaient l'offensive à Khong. Ils avaient, par surprise, enlevé le capitaine Thoreux qui, sans défiance, accompagné de trois miliciens seulement, conduisait un convoi de vivres à Khône. Notre poste de Khône avait été attaqué. Le 14 juillet, traversant le Mékong en pirogue, le capitaine Adam de Villiers enleva les forts siamois des îles de Don-Than et Ta- Phum ; le 19, les îles Don-Dua, Don-Ngo et Don-Son. Les Siamois eurent 300 hommes blessés, 200 tués. Ils laissèrent une quarantaine de prisonniers, 50 fusils, un canon.

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Les canonnières qui se dirigeaient sur Bangkok ignoraient ces hostilités et ne supposaient pas que les Siamois eussent ainsi déclaré la guerre. Elles abordèrent, sans défiance, les passes du Ménain, les franchirent et commencèrent à remonter le fleuve.

Arrivées vers six heures du soir devant les forts qui en gardent Tentrée, elles reçurent tout à coup, sans avis préalable, deux salves de huit pièces de gros calibre.

Immédiatement, elles rispostèrent et forçant de vapeur, passèrent entre sept navires siamois rangés des deux côtés de la passe. U Inconstant eut trois blessés, la Comète deux morts. Mais les deux navires forcèrent la passe et vinrent mouiller à côté du Lutin,

Le lendemain, la chaloupe le J.-jB. iSa?/, chargée du service postal de Saigon à Bangkok, était pillée et coulée par les Siamois.

Tels furent les incidents qui amenèrent le traité du 1<^^ octobre 1893 sur les bases de l'ultimatum du 15 juillet.

Ces détails, peut-être un peu circonstanciés, n'étaient point inutiles, d'abord parce qu'ils sont peu connus, puis, parce qu'ils établissent

clairement la modération et la bonne foi de la France, les agressions et la perfidie du Siam; enfin parce qu'ils montrent combien notre intervention a été pacifique, volontairement acceptée — on peut même dire : ardemment désirée — par lés populations heureuses aujourd'hui d'être passées sous la domination française.

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