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LA COCHINCHINE

La Cochinchine est la plus ancienne de nos possessions indo-chinoises et elle est encore la seule qui soit soumise au régime de l'annexion absolue.

Elle forme l'extrémité méridionale de l'Indo- Chine française ; elle est, au point de vue de la grande navigation, la mieux située de nos colonies asiatiques, sur la route d'Europe et de l'Inde en Chine, à proximité du détroit de Malacca, non loin des Philippines, à2i5 lieues marines de Singapoure, à 310 de Hong-Kong, le grand emporium anglais en Chine. Baignée à l'ouest par le golfe de Siam, au sud-est par la mer de Chine, la Cochinchine française « semble placée là, en vue de l'avenir, comme un grenier d'abondance où viendront s'approvisionner la Chine et le Japon ». Le cours inférieur du grand fleuve Mékong traverse la Cochinchine, où il se termine, après un parcours de 4,000 kilomètres depuis le Tibet jusqu'au Cambodge, en passant par le Yun-Nan et le Laos. Le delta considérable du Mékong et ses nombreux affluents, notamment les deux Vaïco, la rivière de Saigon, le Donnai", fournissent abondamment d'eau ce pays, dont les plaines sont, grâce à ces cours d'eau, très fertiles, très fécondes, très riches. En dehors des grands

cours d'eau, de nombreuses ramifications, des arroyos à l'infini sillonnent les campagnes, les forêts, traversent les villages et les villes et apportent partout la vie et presque toujours même l'abondance.

I.a Cochinchine a une superficie de 60,000 kilomètres carrés environ. Sa population est de 2,843,000 habitants d'après le recensement de 1906, c'est-à-dire 40 habitants par kilomètre carré contre 72 en France. Sur ce total, on compte 2,400,000 Annamites, qui forment ainsi la grande masse de la population. Les Chinois sont au nombre de 120,000 et les asiatiques sont encore représentés par un nombre restreint de Malais, de Cambodgiens, d'Indous et de Mois.

• Les Européens sont encore fort peu nombreux, puisqu'ils n'atteignent pas plus de 5,000 âmes.

Les Célestes établis en Cochinchine y ont souvent fomenté des désordres. Pour la plupart en effet ils sont affiliés à des sociétés secrètes, et notamment à la Société du Ciel et de la Terre.

Les émissaires des foyers politiques du Céleste Empire viennent de temps en temps en Indo- Chine pour ranimer la foi et le courage des affiliés-

Les plus sectaires, les plus convaincus, se recrutent dans les classes inférieures de la Société chinoise, et c'est sous couleur de mutualité et de socialisme que les coolies, les petits artisans, les gens du peuple en un mot, se groupent pour assurer quelquefois l'exécution des plus noirs desseins.

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Les défections sont rares parmi eux, car le traître est sûr de son affaire : on ne lui fera pas de quartier.

Le but de ces sociétés secrètes est indiqué dans les extraits suivants d'une proclamation adressée aux affiliés de l'Annam :

(( En Chine, la misère est grande : le peuple meurt littéralement de faim. Vous avez bien fait de vous. expatrier pour aller chercher le bien être que le pays de nos ancêtres vous refuse. Mais il faut venir en aide aux malheureux.

(( La d^aïastie mandchoue opprime depuis longtemps le peuple de la Chine. Il faut que cette famille disparaisse et fasse place à celle des Ho-nam {??)

c( Bientôt, dans tout le pays, nos généraux marcheront à la tête des armées populaires, pour expurger les voleurs du gouvernement qui sucent notre sang et qui ont permis à la race maudite des Fancouaï (Européens) de venir s'emparer de nos terres, de nos villes, de nos maisons et de nos biens.

(( Bientôt, ces diables viendront en grand nombre pour nous asservir comme ils ont fait des Cochons d'Annamites. Tenez-vous prêts au premier signal et quand le tamtam de la pagode de Houn-San (? ?) sonnera l'alarme, cela voudra dire que le soulèvement est général en Chine et que vous devez marcher aussi. Tenez-vous prêts., préparez vos bannières et courez sus aux diables infâmes qui veulent vous réduire en captivité.

« Tous les riches Chinois, tous les commerçants

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repus de Cholon et de Saigon sont des lâches, des accapareurs et des voleurs.

« Ce sont eux qui font du commerce avec les Kouaï (diables de l'Ouest). Il faudra aussi les tuer comme des chiens, car ils trahissent leurs frères, etc., etc. ».

En somme, ces Chinois sont à la fois — si l'association de ces deux termes ne jure pas trop — des nationalistes et des anarchistes. On leur laisse parfaitement le droit de professer dans leur pays telles opinions de leur choix ; mais il n'est que prudent de tenir nos sujets et régnicolesd'Indo- Chine à l'abri de pareilles excitations.

SAIGON ET CHOLON

Saigon, capitale de la Cochinchine, est sans contredit l'une des plus belles cités de l'Extrême- Orient. La population de cette ville seule, sans y comprendre les agglomérations voisines, est de 40.000 habitants, sur lesquels on compte 2,700 Français, non comprises les troupes métropolitaines déterre et de mer.

Saigon renferme de beaux monuments construits par nos compatriotes : le palais du gouverneur, la cathédrale, l'hôtel des postes et télégraphes, l'hôpital militaire, le collège Thaberd, le palais de justice, etc. La ville est vraiment belle et s'est embellie beaucoup depuis quelques années. Les Européens y trouvent un confortable réel, peuvent y mener une vie large. De nombreuses avenues, de beaux jardins, des maisons coquettes, des villas, des promenades pittoresques, des constructions gracieuses donnent à Saigon son caractère de ville bien aménagée, pourvue de confortable et d'espace.

« Le jardin botanique, le jardin de la ville, le boulevard Charner, la rue Catinat, la rue Nationale, le quai du Commerce, la promenade de la route de l'Inspection, etc., ajoutent, aux agréments de la ville, des artères spacieuses, où c'est plaisir

de voir passer la foule nombreuse des promeneurs à l'heure du soleil couchant. »

Les grandes voies sont plantées d'arbres, tamariniers, saos, badamiers, teks, etc., et la ville est éclairée à la lumière électrique.

Saigon, au début de l'occupation française, en 1862, était une ville crasseuse, percée de ruelles torses et de cloaques lépreux. Grâce à la vie paisible qui n'a cessé d y régner depuis, elle s'est littéralement transformée. Peu à peu, les Européens ont comblé ses arroyos, creusé ses égouts, affermi son sol incertain par un solide macadam, tiré la ville au cordeau.

Notre ami M. Gaston Donnet (i) que sa rude exploration dans le Sahara des Maures n'a pas guéri de la passion des grands voyages a évoqué d'une plume alerte, pour les lecteurs de France, le tableau pittoresque de Saigon :

« Des rues. — Rue Catinat, la plus animée. Boutiques chinoises, échoppes malabares, hôtels, cafés, — et le monotone défilé des maisons de fonctionnaires, triomphe de l'architecture dite administrative : le trésor, le cadastre, l'enregistrement, les contributions directes, l'enseignement... Et, tout au bout, sur une place carrée, l'hôtel des Postes, au gigantesque hall reluisant de lampes électriques; la cathédrale, un imposant paquet de briques rouges coiffé de deux tours en pain d'épice.

« Des rues. — Rue d'Espagne, rue La-Grandière, rue de Bangkok, sous une voûte d'arbres de si

(i) Journal des Débats, 1899.

SAIGON ET CHOLON jî

exubérante poussée tropicale qu'elles semblent glisser dans un tunnel de verdure.

Des rues encore. — La rue Nationale partant de la place Rigault-de-Genouilly où se trouvent le buste de Tamiral et le monument élevé à la mémoire de Doudart de Lagrée et de ses compagnons. La rue Thabert, la rue Vannier, la rue des Mois, la rue Boresse dont l'ouverture a été le premier acte d'assainissement de cette partie de banlieue qui se trouvait en plein marais.

« Et, pour en finir avec cette énumérafion à la Bœdeker, voici tout un lot de boulevards : le boulevard Norodom, fier de porter, on n'a jamais su pourquoi, la statue de Gambetta en pardessus de fourrure, et l'hôtel du gouverneur général : 80 mètres de façade blanche, deux pavillons, un magnifique vestibule que commande un escalier à double rampe, un immense parc... de quoi frapper d'admiration les Annamites : architecture roublarde où le stuc et le plâtre jouent souvent le rôle du marbre et de la pierre.

« Le boulevard Charner et sa grande chaussée jalonnée de phares électriques et ses deux allées latérales bien correctes, bien propres sous leur tapis de ciment comprimé.

« Les boulevards de l'Hôpital et de la Citadelle, le boulevard Bonard... Et puis, le marché, ses tas visqueux de poissons et de viandes, ses pauvres chats mart^a-s suspendus aux crochets ! Et puis les nouvelles casernes, et puis l'hôpital, une merveille de construction hygiénique, l'ancien collège d'Adran, la Sainte-Enfance, la justice de paix,

l'arsenal, le jardin zoologique et son inépuisable provision de singes et d'ours, d'éléphants et de tigres....

« Les maisons plates à terrasses et à vérandah enchifrenées d'amaryllis, de lianes et de flamboyants, rient de toutes leurs façades blanches. L'or du soleil ruisselle sur les feuilles, broie le sol rouge en poudre. Là-bas, le long des quais, le fleuve, sans mouvement, pâmé de chaleur, reflète cet or comme une glace. Et les bateaux amarrés semblent autant de bûchers destinés à flamber dans cet incendie universel, et les palmiers droits sur l'autre rive, silhouettes immobiles, semblent les cierges qui devront présider au sacrifice.

« Au sommeil de midi, il n'y a d'éveillés que les sampangs déchirant l'eau gélatineuse, des couples accroupis triant leurs poux et sur l'arroyo chinois qui conduit à Cho-Len, les barques ventrues à demi-penchées dans la vase^ leurs grandes voiles roulées autour du mât, ainsi que des squelettes d'ailes.

« Mais, prenez la peine de repasser vers quatre heures, tout ressuscite alors dans la cohue des pousse-pousse et des voitures malabares. Les boutiques s'ouvrent, les cafés s'emplissent, les rues se bigarrent, se bariolent de blanc et de jaune. C'est de l'Orient et c'est de l'Occident.

« On a mélangé l'Extrême- Asie à la Provence. Et Saigon entier se retrouve dans ce mélange. »

En 1907, le mouvement du port de Saigon a été de 1,671 navires, tant à l'entrée qu'à la sortie, jau-

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géant 2,638,600 tonnes. La part de la France est à 599 navires et 1,183,000 tonneaux.

A 5 kilomètres de Saigon se trouve Cholon, la ville Chinoise ; sa population peut atteindre 130,000 habitants, dont plus de 50,000 Chinois proprement dits.

C'est là que les fils du Ciel ont concentré leur commerce, leurs industries ; là, que s'étalent leurs coutumes, là qu'ils vivent suivant leurs habitudes.

Ils y vivent de la vie même dont ils auraient vécu dans leur pays, travaillant, trafiquant, économisant à l'abri de nos lois, sous notre protection.

Boutiques, pagodes, jeux, fumeries d'opium, associations, tout y révèle la Chine, la vraie Chine, vivante, remuante, bruyante même.

« Le Chinois, tenace, sobre, industrieux, réussit partout où il entreprend quelque chose ; il s'implante, étudie et accapare le commerce, l'industrie, les métiers, depuis le petit marchand ambulant jusqu'au grand directeur d'entreprise de décortiqures à vapeur modernes ! »

Gaston Donnet, pendant son séjour là-bas, a eu quelques relations dans la bonne société indigène. Il nous donne, d'un intérieur chinois sélect, vu à Cholon, une description colorée et intéressante :

« Beaux salons ; au plafond, des lanternes à glands rouges, des lampes enrichies de perles ; contre le mur, un divan, des sièges de bois noir, des tables et des bahuts, — et une profusion, une avalanche de paravents et de tentures, d'objets de jade et de quartz, de pancartes surchargées de

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sentences, d'écrans d'anniversaires, de brûle parfums en bronze et en cuivre repoussé, de vases en porcelaine, de crachoirs, combien de crachoirs !... Beaux salons, certes, mais que leur luxe, si grand qu'il soit, est donc de peu de prix à côté de celui de la maison de plaisance de M. Chang-Fzé... Le Chinois a des goûts bucoliques ; il adore la campagne et quand il a acheté ses femmes, sa plus grosse part de revenus passe dans la construction de grandes bâtisses, poussées en largeur et hachées de petites cours, de petites et de grandes salles, de petits pavillons, de petits corridors, — le tout, ceinturé de jardins aux arbres contournés, de kiosques pointus, de laguets couverts de nénuphars, de ponts gibbeux, de volières, de cages, de singes, de coquilles, de poissons rouges, de grenouilles et de hérons. On pénètre là-dedans par une large porte à toiture massive, élevée sur deux colonnes à chapiteaux représentant des chimères aux yeux de feu.

« J 'aurais voululier connaissance avec M. Chang- Fzé. Mais il était sorti en compagnie de sa femme, une demi-heure auparavant. Que faire ? Pour passer le temps, je me suis transformé en détective, et j'ai suivi M. Chang-Fzé. Je l'ai vu faire son tour de ville, s'arrêter devant les fabricants de cercueils, — oh, pas longtemps I — examiner, d'un air connaisseur, les parcs à caïmans, — oh ! le régal de leur queue à la broche ! — entrer chez les pâtissiers, les orfèvres, où des vendeurs, le buste nu, le ventre arrondi en futailles, le nez chargé de lunettes grosses comme des hublots,

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ont cessé d'égrener leur machine à calcul pour le venir recevoir avec de fort respectueux tchimtchim.

« ^I. Chang-Fzé a bien voulu leur acheter quelques menus objets et puis, précédé de son parasol, il s'en est allé droit à la pagode finir sa journée saintement. Ce n'est pas qu'il soit très religieux M. Chang-Fzé. Le mysticisme est bien, au fond, ce qui l'embarrasse le moins. Il n'admet avec Confueius que trois vérités : la faim, la douleur et le besoin de se vêtir. Il a coutume de répéter que l'homme ne sait que fort peu de chose ayant rapport à la divinité. Et, sachant peu de chose, pourquoi diantre irait-il se creuser la tête à la recherche de ce qu'il peut y avoir après la mort ? Quel besoin d'adorer des forces inconnues ?

« M. Chang-Fzé croit cependant à l'immortalité de l'âme, mais vaguement, brumeusement, par habitude ancestralc. Il sacrifie des parfums, des viandes et des vêtements avec autant de mauvaise grâce que s'il allait payer sa part de taxe au bureau des contributions. Et pourtant le temple dans lequel il pénètre est bien fait pour donner une haute idée de la puissance céleste et imposer le respect à ses créatures. Sur les murailles de faïence bleue, le long des arêtes, l'œil s'épouvante devant un cauchemar, une ménagerie de monstres de tous ordres et de tous poils : des dragons bleus à la gueule de braise, à l'échiné hérissée de dards, à la queue tumultueuse.

« Et, à l'intérieur, spectacle plus terrifiant encore : nous sommes au seuil de la pagode des

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divinités guerrières. Le Kouang-Ki (le Mars taoïste), son fils Kouang-Ping et son fidèle écuyer sont assis, front sourcilleux, sur des trônes. Autour de leurs personnes sacrées, l'art chinois a exaspéré la folie de ses lignes. Ce sont des portes habillées de dentelles, des peintures à la gouache sur fond rouge et or, représentant pêle-mêle, sans perspective, des combats équestres, des mandarins, des dames de la cour... Dans des niches de précieux bois laqué s'enfoncent des génies barbus. « Un dais abrite cet état-major céleste. Le tamtam et le gong appellent les croyants et trois tables à offrandes chargées de thé, de fruits et de gâteaux me rappellent, révérence parler, les petits buffets que l'on donne aux soirs de bals dans les sous-préfectures. M. Chang-Fzé, très recueilli, s'agenouille sur un coussin, brûle une demidouzaine de bâtonnets de santal devant l'image, tire quelques sapèques de sa poche et contre cette obole le bonze tourne le moulin à prières, — invention ingénieuse qui permet à ceux qui en font usage de penser à tout autre chose, pendant que se déroule le flot d'invocations.

« A quoi pense M. Chang-Fzé ? Ou plutôt, élargissons le problème, à quoi pensent tous les Chinois, ses frères ? Car, ne vous y trompez point, M. Chang-Fzé est bâti sur le même patron que ses 450 millions de frères. Et cela renverse toutes les idées que nous pouvons avoir sur la valeur des nombres. Même en employant les signes algébriques : I Chinois + i Chinois = 2 Chinois... Eh bien ! non, décidément, c'est l'algèbre qui a tort :

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ces deux Chinois ne font qu'un Chinois, tant rhomogéncitc de la substance « céleste » est parfaite.

« A quoi pense donc M. Chang-Fzc, et, avec lui, tous les Chang-Fzé, les Long-Tao, les Do-To, les A-Ba, les Chau-Tam de Canton, de Changhaï et de Pékin ? A l'avenir politique de son pays ? A sa puissance passée ? A sa liberté menacée par toute l'Europe ? Non, M. Chang-Fzé pense à son commerce, à ses affaires, aux centaines de piculs de riz qu'il a vendus hier, aux centaines de piculs de riz qu'il vendra demain... M. Chang-Fzé pense à ses femmes, à ses enfants, à ses aïeux, quand il a le temps... Jamais, au grand jamais, ses préoccupations ne dépassent le cercle de sa famille. Et vous allez voir qu'au fond (je commence à m'en persuader) c'est lui, Chang-Fzé, qui tient en dépôt la sagesse. Vous comprendrez que son gouvernement étant basé sur ce même principe de famille, toutes les familles éparses, depuis les monts Altaï jusqu'aux plateaux du Tonkin, n'en forment plus qu'une seule, dont l'empereur est le chef— et que M. Chang-Fzé, tout en n'étant pas patriote, est cependant patriote par ce seul fait qu'il aime sa propre famille, et que cette famille est intimement liée à la grande famille, c'est-àdire à la race tout entière. »

Il y a en Cochinchine d'autres villes à voir : nous n'avons voulu parler que des deux principales, auxquelles les autres s'efforcent de ressembler. Bienhou, Mytho, Gocong, Vinh-Long, Com-

tho, chefs-lieux d'arrondissements entourent à des distances inégales la capitale, Saïgon. Il faut citer aussi, à 70 kilomètres de Saigon, le cap Saint- Jacques, station balnéaire, fraîche et salubre, où les colons viennent quand ils le peuvent oublier de temps à autre le climat étouffant de la ville et les tracas des affaires.

Productions, Industrie et Commerce de la Cochinchine.

L'agriculture, en Cochinchine, porte sur des cultures très variées, principalement sur le maïs, la canne à sucre, le bambou, Faréquier, le bananier, le bétel, le tabac, le manioc, le cotonnier, le mûrier, etc. Autour des villes existent, en outre, des jardins potagers d'une certaine importance.

Les forêts comprennent deux zones. Des permis de coupe délivrés chaque année tiennent lieu de patente pour l'exploitation des bois. Dans les arrondissements de l'est, ce permis coûte 140 piastres par an. Dans les forêts de l'ouest, l'exploitation est libre, mais la coupe est soumise à un tarif spécial. En outre, les bois exportés de la colonie sont soumis à un droit de sortie qui varie de 5 à 20 francs et de 50 à 100 francs, suivant leur catégorie.

Le bambou, qui joue dans le pays un rôle si important pour la construction des cases indigènes, est soumis à un droit de une piastre le cent à son entrée à Saigon.

Les principales essences qu'on trouve en Cochinchine portent les noms plus ou moins bizarres de trac, cam-laï, vap, sao, gao, goi, go, dau, etc.

Les recettes pour droits sur les forêts exploitées sont de près de 500,000 francs.

Le poivre et le riz sont les cultures les plus importantes de notre colonie.

Le poivre de Saigon, qui jouit à son entrée en

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France, depuis 1892, du privilège des demi-droits de douane, a pris une grande extension depuis quelques années. La culture en est de plus en plus soignée. Il sort de la colonie, par an, environ 1,600,000 kilogrammes de poivre de Cochinchine, valant 2,800,000 francs.

Cependant, le riz est le produit en quelque sorte essentiel du pays ; c'est lui qui fait la richesse de la région; l'avenir de la Cochinchine est lié intimement au développement de la culture du riz.

Le riz (pi'yza saliva) couvre, en effet, les trois quarts du sol cultivé delà Cochinchine ; le terrain y est particulièrement propice.

Les rizières occupaient, en 1878, une surface d'environ 300,000 hectares ; vingt ans après , en 1898, les terrains cultivés en riz offraient une superficie de 900,000 hectares, soit environ la moitié de la surface occupée par les vignobles en France. Mais si les rizières se sont beaucoup étendues en Cochinchine, il leur reste encore une grande place pour s'étendre, puisque les trois quarts de la surface de la colonie ne sont encore consacrés à aucune culture.

Le rendement du riz est très variable, suivant le terrain où on le cultive, et dépend surtout de l'état de la température avant et après les semailles.

Dans certaines provinces, le rendement en riz a atteint jusqu'à 50 piculs de 60 kilogrammes par hectare; mais c'est un maximum, carie rendement des dernières années se tient plutôt aux environs de 2,000 kilogrammes par hectare.

PRODUCTION, INDUSTRIE ET COMMERCE 8l

C'est vers mai et juin que se pratiquent les ensemencements ; en juillet et août, on procède au repiquage; décembre et janvier voient la maturité de la plante; la récolte, enfin, se fait en janvier et février.

Dans certaines régions, traversées par des cours d'eau, arroyos ou canaux, dont les crues annuelles ont une grande régularité, les semailles, le repiquage, la récolte se font à époques à peu près fixes. Mais dans d'autres régions, là où les rizières sont insuffisamment arrosées par les eaux courantes, cette culture, par le fait de l'irrégularité des pluies, présente de grandes variations.

Les cultivateurs annamites ont le tort de pratiquer parfois leurs ensemencements trop tôt, dans le but de ne pas être en retard, mais ils en sont souvent punis en voyant leurs semis brûlés par le soleil, la chaleur, la sécheresse, avant que le riz n'ait eu le temps de germer, avant le repiquage. C'est donc une perte importante de temps pour l'Annamite, qui a voulu trop se presser, et qui doit refaire les semis brûlés, s'imposant ainsi un travail qu'il aurait pu éviter avec un peu de prévoyance.

« Les premières ondées préparent le sol; les semailles sont faites dans des champs relativement réduits. Quand les plants ont germé et sont parvenus à une hauteur déterminée, ils sont repiqués dans des terrains plus étendus où, étant plus espacés, ils se développent; et, à l'aide d'une irrigation bien comprise, et qui varie suivant les moyens dont dispose le cultivateur, les riz bien soignés arrivent à maturité.

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« Quelquefois, après les semailles, les rats détruisent les semis; une pluie tardive, des ouragans, une trop grande sécheresse nuisent aussi aux riz avant leur entière maturité, et les résultats ne répondent pas à ce qu'avaient été les espérances.

« Les riz ou paddys (i), une fois récoltés, sont battus, séparés de leur paille ou gerbe et mis en tas, ensachés et dirigés vers la ville où l'acheteur de paddy en prend livraison, soit pour la consommation locale, soit pour l'exportation par Cholon ou Saigon vers la France et l'étranger, »

Les riz et paddys exportés de la Cochinchine atteignent de 500,000 à 700,000 tonnes par an.

En calculant la consommation locale des indigènes, la nourriture des animaux, la fabrication de l'alcool, la réserve pour la semence, M. Louis Imbert estime que la production atteint 2 millions de tonnes de paddy par an.

La colonie trouve une ressource budgétaire de plus de dix millions de francs dans la culture du riz, par suite des droits spéciaux perçus sur cette production.

L'agriculture a un grand avenir en Cochinchine ; la culture du riz surtout peut se développer énorT mément.

L'industrie est encore restreinte, en Cochin^ chine, à quelques spécialités seulement. Les industries locales exploitées par les indigènes sont la

(l) Paddy, riz dans sa coque,

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