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COMMENT ON SE REND EN INDO-CHINE

en diagonale la Méditerranée, on s'arrête d'abord à Alexandrie, qui s'est bien relevée du bombardement de 1882, dont on ne voit plus que de faibles traces — et où s'offrent aux regards du touriste de vrais tableaux de vie arabe dans le cadre tout occidental de rues superbes, bâties et correctement alignées à l'européenne.

Le lendemain on est à Port-Saïd, où le paquebot fait le plein de ses soutes à charbon. Puis on entre dans le canal, en longeant les immenses dragues à vapeur de la Compagnie du Canal, qui se reposent au mouillage de leurs pénibles labeurs. On les dépasse, et soudain le champ de l'horizon s'élargit. Le spectacle embrasse les vastes nappes d'eau tranquille qui se déroulent le long de la rive égyptienne et qui se confondent très au loin avec une frange de brumes chaudes, d'où émergent ça et là des silhouettes de villages indigènes, avec des mâtures de bateaux. Le mirage recule démesurément les limites et les contours des grands lacs, et transporte même leur aspect sur la côte d'Asie, où pourtant le désert est d'une sécheresse de roc. Cela se déplace dans le ruissellement de lumière du jour, au caprice de la brise, tout en gardant parfois une netteté absolue de dessin, des apparences merveilleuses de réalité.

On passe à toute vapeur devant Ismaïlia, puis l'on atteint Suez, à l'entrée — ou au fond, comme on voudra — de la mer Rouge.

Il faut être accoutumé aux traversé&s, connaître le charme des heures passées à rêver, accoudé sur le bastingage, avoir le sens de la poésie de la mer,

L INDO-CIIINE FRANÇAISE

pour rapporter de la mer Rouge autre chose qu'une impression de désolation. Le fait est que durant quatre jours on n'aperçoit que rarement les côtes : elles sont calcinées, montagneuses et désertes. Ce qu'on en devine, plus encore que ce qu'on en voit, semble rendre plus énervante la monotonie du parcours, pour ceux qui n'aiment pas la mer « pour la mer ».

Heureusement que le paquebot marche vite. On dépasse Périm, forte position britannique en arrière de laquelle la France laisse inutilisé, inoccupé, oublié le site bien meilleur de Cheick-Saïd.

Autrefois on faisait escale à Aden, où les passagers jouissaient d'une température qui leur faisait regretter celle de la mer Rouge. Depuis quelques années, pour les services français, l'escale de Djibouti, capitale de la Côte française des Somalis, a été substituée à celle d'Aden — et personne ne s'en plaint — excepté peut-être le commerce de ce dernier port.

De Djibouti le paquebot pointe sur Colombo. Et c'est un ravissement pour le voyageur de voir émerger des flots la masse verte de Ceylan. Ici encore on fait escale. Les passagers descendent à terre. Ils ne peuvent certes pas voir grand chose durant les quelques heures que leur accorde l'horaire de la compagnie. Mais ils peuvent parcourir les faubourgs frais et fleuris de la ville, où de coquettes villas se dispersent sous les cocotiers, parmi des jardins élégants et ombreux. Puis, faire un tour par la ville, où la population hindoue, avec ses costumes aux vives couleurs, ofl"re mille

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