COMMENT ON SE REND EN INDO-CHINE
sujets intéressants d'observation ; peut-être, en ne flânant pas trop, aura-t-on le temps de donner un coup d'œil à quelques monuments. On laissera décote ceux d'architecture et de destination... britanniques : on a vu en Europe assez de bâtisses, de casernes, d'édifices plus ou moins administratifs. On ira voir de préférence une pagode, ou la demeure de quelque seigneur indigène. D'ailleurs l'heure du départ approche rapidement. On regagne le bord, non sans admirer en passant l'activité du port et la vie que mettent en ce coin de l'univers la batellerie et les pêcheurs cinghalais.
En six jours, on va de Colombo à Singapoure. On retrouve là des spectacles aussi pittoresques, une nature aussi exubérante ; mais la vie dans ce grand port est infiniment plus active qu'à Colombo, car Singapoure est un port marchand de premier ordre, fréquenté par une quantité incro^'-able de navires de toutes nations, de toutes formes, de tout tonnage, de toute destination, depuis la jonque chinoise jusqu'aux beaux vaisseaux de commerce à quatre mâts, et aux somptueux paquebots européens.
De tout ce que Ton voit là se dégage pour nous un exemple et un espoir. Aussi insalubres à l'origine que notre Indo - Chine tant décriée, les possessions anglaises des détroits : Straits Setllements, n'en sont pas moins devenues un centre de commerce, de colonisation, dont la prospérité émerveille l'Européen de passage, surtoutlorsqu'il sait que cette richesse, cette abondance, sont
L INDO-CIIINE FRANÇAISE
l'ouvrage d'Européens comme lui, lesquels résident à cette extrémité de l'Orient dans d'aussi bonnes conditions que sous le ciel de leur pays natal.
En arrivant enfin à Saigon on se rend vite compte que nous rattraperons pourtant le temps perdu pour la prospérité de la colonie : la légende du Saigon meurtrier et insalubre s'oublie de jour en jour un peu plus. Le pays n'est foncièrement malsain que pour les oisifs, à cause de la quantité effroyable d'apéritifs dont ils abreuvent leurs loisirs ; mais les gens occupés sérieusement sont à Fabri des atteintes du climat. C'est un chapitre sur lequel nous reviendrons tout spécialement.
En attendant, on quitte le paquebot ; on pourrait aller, en eaux françaises, jusqu'à Haïphong, le grand port du Tonkin, dont on pourra sans doute dire bientôt, comme du grand empire jaune, que c'est « un pays charmant. »
Aperçu général du pays.
L'Indo-Chine française, formée delà réunion de la Cochinchine, du Cambodge, de l'Annam, du Tonkin et du Laos, est arrivée aujourd'hui à des limites à peu près définitives. Il n'y a guère d'espoir de voir s'agrandir nos possessions que du côté du Siam, si nous arrivons un jour à faire cesser la neutralité de cet état, en partageant son territoire avec l'Angleterre. Du côté de la Chine, une augmentation de notre influence commerciale et économique est certaine, mais l'annexion par nous des provinces du Yun-Nan, du Kouang-Si et du Kouang-Toung, ainsi que de l'île d'Haïnan (que la Chine s'est engagée à ne céder à aucune autre nation) paraît encore assez problématique; elle serait tout indiquée pourtant si on liquidait l'Empire du Milieu, mais cela paraît de plus en plus improbable.
L'Indo-Chine française actuelle est bornée au nord par l'Empire chinois, à l'est et au sud par la mer, à l'ouest par une petite portion de la Birmanie anglaise et surtout par le royaume de Siam.
Sans pouvoir prétendre nous dédommager de la perte irréparable des Indes, dont la population représente les trois quarts de la population totale de tous les pays soumis à l'Angleterre, notre Indo- Chine, désormais unifiée et solidement constituée,
nous assigne pourtant un rôle important en Extrême-Orient.
Remontant au dix-huitième siècle, nos relations avec l'Annam n'ont été reprises que dans la deuxième moitié du dix-neuvième. L'œuvre de la conquête a été laborieuse ; elle a été faite à une époque où la majorité des Français, mal renseignée, n'avait aucune confiance dans la politique coloniale. Mais finalement, malgré les hésitations du gouvernement, provoquées précisément par cette hostilité à peine déguisée du pays, les idées coloniales ont triomphé.
Bien que nous ayant coûté beaucoup plus cher qu'elle n'eût dû le faire dans des circonstances plus favorables, la conquête de l'Indo-Chine orientale par la France est enfin réalisée. Nous n'avons plus dans cette région de sérieuses difficultés à surmonter.
La paix qui règne maintenant et qui, il faut l'espérer, est bien assise, a permis d'inaugurer l'œuvre d'utilisation pratique, la mise en œuvre par le colon qui, d'accord avec l'indigène, met en valeur des ressources hier encore insoupçonnées.
Un gouvernement sage, énergique et humain ; l'entreprise de grands travaux publics ; le progrès constaté dans toutes les branches de l'activité commerciale et agricole, la confiance partout, tel est dans son ensemble le tableau que présentent actuellement nos possessions indo-chinoises.
C'est grâce surtout à la bienfaisante activité des derniers gouverneurs généraux et de leurs collaborateurs que nous assistons ainsi à l'élaboration