CHAPITRE PREMIER
Cette population est, d'ailleurs, fort inégalement répartie à travers le territoire : très dense dans les deltas , où certaines provinces tonkinoises comme celles de Haïdzuong ou Namdinh atteignent, ou dépassent même, un million d'administrés; extrêmement clairsemée, au contraire, au Laos, et surtout dans les régions montagneuses. C'est ainsi que le commissariat de Muonghou, qui occupe à la frontière du Nord-Ouest la région qui porte, en chinois, le nom quelque peu emphatique des cr douze mille rizières??, n'a guère, sur les 4,5 oo kilomètres carrés de sa superficie, constitués à peu près uniquement, d'ailleurs, par des montagnes abruptes, des forêts épaisses et des herbes hautes, que 4,5 oo habitants, assez misérables sauvages Khas, Thos, Yaos et Lus.
La population de l'Indochine est, au reste, des plus bigarrées, et les invasions et les métissages successifs ont souvent confondu encore les éléments qui la composent. Il ne saurait être, ici, question de démêler les problèmes obscurs de leurs origines, ni d'essayer de déterminer quelle fut, en Indochine, la part de la Chine, de la Malaisie
la Cochiiichine : 3,960,635 habitants (dont 7,5a t français en y comprenant les troupes, et 51,567,981 annamites). H est à noter d'ailleurs que la population française, en Annam et au Tonkin en particulier, augmente très rapidement depuis quelques années. — La comparaison de la densité de la population indochinoise avec celle des pays voisins risque d'être spécieuse en raison du peu de rigueur scientifique des renseignements que Ton a sur certains pays d'Asie. Si l'Indochine a les 817,000 kilomètres carres et le chiffre de 16 à ao millions d'habitants qu'on lui attribue, elle est singulièrement plus peuplée que 111e de Bornéo, qui, pour une superficie d'environ 760,000 kilomètres carres, n'aurait que 1,8 a 5,ooo habitants, mais elle ne peut sou-
tenir la comparaison avec les 46 millions d'habitants du Japon , répartis sur & 1 7,38 1 kilomètres carrés,' ni surtout avec Java, qui, sur 161,733 kilomètres carrés, compterait, au dernier recensement quinquennal de 1900, environ a8,3oo,ooo habitants et serait menacée, si l'ascension continue, d'un surpeuplement critique à la fin du siècle. Le recensement de l'Inde du 1" mars 1901 a donné, pour une superficie totale (comprenant aussi bien les états indigènes que les districts britanniques), d'environ 4 millions de kilomètres carrés, une population d'un peu moins de 3oo millions d'âmes. Les établissements anglais du Malacca, pour 79,800 kilomètres carrés, ont environ 1,1 a 5, 000 habitants.
et de l'Inde. L'Ecole française d'Extrême-Orient met en garde les lecteurs de son bulletin contre la facile tentation de faire une fois de plus, à ce sujet, un roman ethnographique, et leur apprend qu'il y a parfois de la sagesse à se résigner provisoirement à ignorer. C'est donc à ses propres travaux que nous emprunterons la division en groupes cham, khmer ou cambodgien, thaï, et enfin annamite, des divers éléments ethniques qui peuplent notre possession, À ces groupes il convient d'ajouter les tribus montagnardes qui, sous le nom de Mois, Khas, Muongs, Mans, Thos, sont uniformément appelées crsauvages* par les indigènes de la plaine. L'album des races se complète enfin par la colonie des Asiatiques étrangers et par la colonie européenne.
Ces divers éléments sont nécessairement d'une importance inégale. Il est difficile d'assimiler, par exemple, le Moi de la région de Djiring qui, hier encore, ignorant l'usage de l'argent, coupait les piastres pour en faire des colliers , à l'Annamite lettré et européanisé de Hanoï , et au Chinois cantonnais millionnaire qui monte des industries à Cholon. — Des rr sauvages » il y a, à la vérité, peu à dire, leur vie étant assez obscurément consacrée à quelques travaux agricoles, à la chasse, et à la pratique de superstitions qui rappellent, en certains endroits, celles des sauvages de la Polynésie. Pourtant les Khas Sedangs, Djaraïs et Bolovens du Sud de la chaîne annamitique ont donné , il y a quelque temps, certaines difficultés à l'administration du Laos par leur humeur batailleuse et leur crédulité envers les phomibouns, ou sorciers-prophètes. — De l'élément cham il ne reste que de beaux monuments et un groupe confiné dans les provinces annamites du Khanhoa et du Binhthuan. — La race thaï, qui s'est répandue dans la vallée du Mékong, a eu, avec les principautés échelonnées sur le grand fleuve, son heure de civilisation brillante. Mais l'invasion siamoise a dépeuplé et appauvri le pays. Les Laotiens de notre époque, à l'exception des hardis piroguiers du Mékong, paraissent montrer pour les travaux qui