CHAPITRE PREMIER
par le couloir du Fleuve Rouge. Il faut convenir, en ce cas, que l'appel porte fort loin sur la côte, puisque notre territoire de Quang- Tcheou est, lui aussi, en cette saison, voilé par les brumes. Il est à noter enfin que, tandis que les régions indochinoises où il tombe le plus d'eau par an sont les points extrêmes , ou excentriques , du Nord et de l'Ouest de la péninsule, comme Laokay et Chantaboun, où il tombe jusqu'à 3 mètres d'eau en une année, les régions les plus sèches, au contraire, sont celles du Sud et de l'Est, comme Nhatrang et comme la région de Langson.
La régularité alternée de la mousson n'affecte plus, aujourd'hui, la navigation à vapeur comme au temps où elle marquait, pour la marine à voiles, les périodes favorables de l'aller et du retour des Indes» Mais elle est traversée, au commencement de l'hiver, par des typhons dont la rencontre est fâcheuse aux navigateurs, et qui éprouvent aussi assez fréquemment le littoral, et parfois même une partie du delta tonkinois. Ce sont de vastes tourbillons aériens animés, dans l'hémisphère Nord tout au moins, d'un mouvement de rotation de gauche à droite, et d'un mouvement de translation dont la trajectoire, comme d'ailleurs l'origine elle-même des typhons, n'a encore pu être bien déterminée. Le P. Algue, directeur de l'observatoire de Manille , dans son ouvrage sur les cyclones aux Philippines et dans les mers de Chine, rapporte qu'il est tenu pour vérifié qu'aucun cyclone ne se fait sentir en Chine, au Tonkin et en Cochinchine, qui n'ait d'abord exercé son influence sur l'archipel des Philippines. Les renseignements télégraphiques donnés par l'observatoire de Manille rendent donc à la navigation indochinoise de précieux services. La récente inauguration de l'observatoire tonkinois de Phulien va étendre encore, de la manière la plus heureuse, le champ des études météorologiques et astronomiques en Extrême-Orient, déjà abordées par plusieurs côtés à la fois, tant à Manille qu'au Japon et à Chang-hai (Ghang-haï-hien).
INDOCHIXE. 3
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Le chiffre de la population de l'Indochine n'est pas exactement connu. Il faut, en cette matière, n accepter qu'avec des réserves l'apparente rigueur des plus ingénieux calculs et prendre son parti de n'avoir, d'ici quelque temps encore, que des évaluations approximatives. Dans l'Inde anglaise les opérations du recensement décennal ont pu être conduites , le 1 cr mars 1901, avec calme et méthode , et donner, grâce à un système d'énumérateurs et de fiches , des résultats d'une suffisante précision. Mais en Indochine la date encore récente de notre établissement ne permet pas, si ce n'est peutrêtre en Cochinchine, pays d'organisation administrative très développée, où fonctionne, d'ailleurs, un service démographique des plus intéressants, d'espérer mieux que les appréciations des administrateurs et des services européens , qui s'efforcent de serrer d'aussi près que possible la vérité , soit au moyen de coefficients appliqués aux listes des inscrits, soit d'après les calculs faits sur la consommation des denrées de première nécessité. Un peu partout la population associe l'idée de recensement à une arrière-pensée fiscale, et se dérobe. Il faut donc se contenter, pour le moment, des évaluations administratives, qui ne paraissent pas trop s'éloigner de la vraisemblance en fixant, sauf correction, entre 16 et 20 millions d'individus, et plus près sans doute du second chiffre que du premier, le total de la population de l'Indochine (1) .
(1) Un des éléments de ce calcul est donné par la consommation annuelle du sel en Indochine, que le Directeur général des Douanes et Régies évalue à i4o ou i5o millions de tonnes. La consommation moyenne d'un habitant est estimée quelquefois à 5 kilogrammes par an, le plus souvent h 7, et même jusqu'à 8 kil. 5oo , ce qui est apparemment une estimation large. En l'acceptant pour une consommation globale de i4o millions de tonnes on obtient un résultat de 16 millions d'habitants :
c'est la sans doute un très strict minimum.
Tout autre calcul approche beaucoup plus de ao millions. — Le Stalesmans's Year book pour Tannée 190s fixe, nous ignorons d'après quelles données, la population totale de l'Indochine à 17,606,760 habitants. — Un essai de recensement officiel a été tenté en Indochine même au cours de Tannée 190a. Nous n'en connaissons les résultats que pour le Cambodge : 1,357,569 habitants (dont 573 français en y comprenant quelques soldats) et