CHAPITRE VI
pitres dont les services n étaient pas maîtres de disposer : l'expérience de tous les pays prouve que les services ont une tendance marquée à épuiser jusqu'à leur limite les crédits qui leur sont accordés (l) . La méthode inverse était suivie pour les évaluations de recettes : les évaluations des recettes de l'Indochine étaient fixées automatiquement, d'après la règle prudente de la pénultième année, avec les corrections que comportaient seulement les événements survenus dans l'intervalle, et les plus-values qu'on pouvait légitimement escompter des progrès apportés dans le fonctionnement des régies. Là aussi, l'organisation financière a voulu réserver l'avenir, et c'est à cette fin qu'elle a doté .l'Indochine d'un régime fiscal façonné à l'image de sa vie économique. Un pays qui se forme, et dont la vie varie tous les jours ses aspects, ne saurait être contenu dans les cadres étroits d'un budget rigide : il lui faut, pour se mouvoir à l'aise, une certaine élasticité dans ses prévisions de recettes et de dépenses. Le budget général est étayé sur de multiples impôts : c'est pour lui une condition essentielle de sécurité. L'Indochine n'est pas maîtresse, en effet, de régler à sa volonté le rendement de tous ses revenus, puisqu'une partie peut en être affectée par des causes qui lui sont étrangères. C'est ainsi que ses recettes de douane, par le jeu régulier du régime protecteur qui tend à éliminer les produits frappés de droits, ne sont pas susceptibles d'un grand accroissement. D'une manière générale, les rentrées qui lui viennent du commerce maritime, et notamment les produits de la taxe à l'exportation des riz, peuvent être retardées par les quarantaines imposées par la peste dans les ports d'Extrême-Orient, ou par les événements politiques : c'est même la meilleure garantie que la
(1) C'est ainsi, par exemple, qu'au cha- i5o millions sur les aoo autorisés, alors
pitre xxii du budget général : * Dettes rem- qu'il n'y en a de réalisé en fait, cette année,
boursables par annuité» , il a été prévu une que 1 ao millions, inscription de l'annuité d'un emprunt de
métropole puisse avoir de la sagesse de l'Indochine hors de ses frontières; elle ne pourrait troubler les relations pacifiques avec la Chine, par exemple, sans travailler contre son propre budget. A l'intérieur l'état des récoltes ne met plus en jeu, comme jadis, la question même de l'impôt; mais il peut en rendre, sur quelques points encore, la rentrée plus difficile. Le fonctionnement des régies est encore assez nouveau, et leur rendement dépend, dans une certaine mesure, de la qualité du personnel percepteur et surtout de la stabilité. (Test dans les pays asiatiques plus encore que dans les pays européens qu'il faut, à l'extérieur comme à l'intérieur, faire de bonne politique pour pouvoir faire de bonnes finances. Les finances de l'Indochine ont cependant déjà pu subir l'épreuve des conditions les plus défavorables : elles ont connu les variations politiques, la peste, le mouvement boxeur, les typhons, les pluies persistantes noyant les salines tonkinoises, les sécheresses nuisibles aux récoltes : mais, de plus en plus, elles s'affranchissent des dispositions des hommes et des intempéries des saisons. Elles ont, en revanche, une action directe sur la contrebande, qui les prive d'une partie de leurs revenus, et l'on sait avec quelle activité l'administration des Douanes et Régies en poursuit la répression. Surtout la multiplicité des taxes, auxquelles une sage prévoyance a accoutumé la population, permet d'avoir toujours, en cas où le rendement de l'une d'elles viendrait à être affecté, des ressources de réserve dans le régime ordinaire de l'impôt.
Il n'est, à vrai dire, qu'une seule cause de nature, non point à compromettre, mais à contrarier les prévisions de recettes : c'est la baisse continue du taux de la piastre. Cette dépréciation est commune à tous les pays à monnaies d'argent, l'argent étant devenu une assez mauvaise monnaie. La cause de cet avilissement demeure obscure. Elle est imputée généralement à la surproduction de l'argent,