‹ L'IndochineChapitre 101 sur 218 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

qui afflue de plus en plus sur le marché du monde, alors que son emploi tend, au contraire, à se restreindre en présence du développement de plus en plus généralisé de la circulation fiduciaire. Toutefois si la cause est incertaine, les conséquences ne le sont guère. La piastre indochinoise, qui était convertie au taux de 5 fr. 35 en 1881, était fixée à a fr. 4o pour les budgets général et locaux de 1909 : elle est fixée à a fr. 90 pour l'établissement des budgets de 1903W. La baisse en cours d'exercice affecte dans une certaine mesure un budget dont la plupart des recettes sont perçues en piastres, et une bonne partie des dépenses, au contraire, sont payables en francs. On a ^essayé divers palliatifs, en remontant certains tarifs d'impôt, élévation justifiée par l'abaissement correspondant du taux de conversion de la piastre (2) , et même en fixant en francs le tarif de l'impôt

(,) Le tical siamois était passé de 9 fr. 35 en 1888 à 1 fr. 53 en 1900 : la réforme monétaire va désormais en fixer la valeur. Il en était ainsi du yen jusqu'à l'adoption de l'étalon d'or, de la roupie indienne jusqu'à sa conversion forcée en souverains. L'Extrême-Orient a, d'une manière générale, une mauvaise monnaie, et l'on sait que l'avilissement du haikouan taël est une occasion de difficultés pour les diplomaties des Puissances dans le règlement de l'indemnité chinoise.

Les monnaies qui ont cours en Indochine sont la piastre mexicaine , remplaçant l'ancienne piastre espagnole, et la piastre française, ou piastre de commerce , frappée depuis 1 898 à l'hôtel des Monnaies h Paris, avec des coupures en argent de 5o, ao et 10 cents (le cent est la centième partie de la piastre). Cette monnaie, d'importation européenne, s'est substituée aux anciennes barres d'or et d'argent; mais, si elle a en Indochine qualité de monnaie légale et pouvoir libératoire à peu près illi-

mité, elle n'est, hors de l'Indochine, qu'un lingot soumis aux fluctuations du cours de l'argent. — En Indochine même, le gouvernement se préoccupe de conjurer la raréfaction de l'ancienne monnaie indigène, la sapèque, qui est nécessaire aux menues transactions de la vie asiatique, et qui les maintient à un extrême bon marché. Le remplacement de la sapèque, dont il faut , suivant les pays , 5oo , 600 ou 1,000 pour faire une * ligature» — le poids d'une ligature est d'environ 1 kilogramme et demi — par le cent et la piastre amènerait un surenchérissement notable dans le prix de la vie indigène.

(1) Les dépenses faites en francs par le budget général de l'Indochine sont notamment le contingent militaire Yersé au budget de l'Etat, le service des annuités de la dette, les frais d'achat de matériel et notamment de matériel de chemins de fer, effectués dans la métropole, et les traitements des fonctionnaires; dans certaines possessions anglaises , on paye les fonc-

IMPMMIUB KATIOSULS.

du sel : on a déclaré payables en piastres les fournitures d'origine locale. D'autres mesures ont été proposées, telles que l'ouverture d'un compte de perte au change, la substitution à la piastre indochirfoise de la monnaie d argent française, avec le corollaire de droits prohibitifs à l'importation de l'argent en Indochine, ou même l'établissement du budget en francs (l) . À la suite de l'adoption de l'étalon d'or par le gouvernement siamois, le Ministre des colonies, M. Doumergue, a, sur la demande de M. Deloncle, député de la Gochinchine, nommé une grande commission pour étudier, sous la présidence de M. Pallain , gouverneur de la Banque de France, les divers aspects de la question monétaire dans notre possession asiatique.

Pour obtenir une monnaie fixe il faudrait pouvoir adopter en Indochine l'étalon d'or, ou conclure avec les pays voisins une union extrêmeorientale analogue à notre union latine. Un certain nombre de pays sont déjà entrés dans cette voie. Au Japon, le comte Matsukala a fait voter, en 1897, une loi imposant la circulation de l'or, — le yen étant pris comme unité, — ou du billet garanti par une encaisse d'or

tionnaires eu monnaie d'argent, mais ou leur accorde une exchange compensation allomance.

— Le budget général perçoit en francs les produits des douanes, le produit de la régie des sois, la redevance du chemin de fer de Saigon à Mytho et la plus grande partie des intérêts de capitaux, soit pras d'un tiers et moins de la moitié du total des recettes.

(1) Dans son beau livre sur «La monnaie, le crédit et le change», M. Arnauné écrivait en i8q4, à propos du recours fait par les particuliers à l'administration pour en obtenir un remède à la dépréciation de l'argent : * . . . Nous pensons qu'on la convie à une œuvre au-dessus de ses forces. En Indochine, comme en France d'ailleurs, les mesures que Ton recommande

volontiers aux pouvoirs publics en vue soit d'enrayer la baisse de l'argent, soit d'en pallier les résultats, peuvent au •contraire compromettre gravement les intérêts dont ils ont la garde. . . L'administration doit être convaincue qu'il ■ n'est pas en son pouvoir de créer un change fixe , ou d'introduire en Jndochine le système monétaire français. Toutes les tentatives qu'elle pourrait faire, l'événement l'a prouvé, ne serviraient qu'à augmenter ses embarras.* — Des conclusions tout opposées sont déduites dans un très intéressant article de M. Jules Rueff : <rLa question du métalargent — Journal des Chambres de commerce.

N° du 10 décembre 19091». Adhuc sub judice lis est.

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