CHAPITRE VI
métallique : le cours du change a donc été fixé vis-à-vis des pays à monnaie d'or, et varie peu, par exemple, avec Londres. En 1898 il a été décidé que le souverain anglais aurait cours légal dans l'Inde, et y serait interchangeable avec les roupies, au taux de i5 roupies pour un souverain : les comptes ont été dressés sur ces bases à partir de 1898-1899. Aux Etats-Unis, après une campagne longue et mouvementée, le gold standard currency bill du ik mars 1900 a fait adopter le dollar d or comme unité de valeur : il est à présumer que cette monnaie sera étendue aux Philippines. Enfin les dernières nouvelles d'Extrême-Orient rapportent que le Siam viendrait, à son tour, d adopter l'étalon d'or. Il est à remarquer que trois sur quatre des pays qui ont réalisé cette réforme, le Japon, l'Inde anglaise et l'Amérique, ont un commerce intérieur intense, et entretiennent avec les pays à monnaie d'or des transactions considérables. L'Indochine a une surface beaucoup moins étendue et un chiffre d'affaires beaucoup plus réduit. En outre, ces affaires sont traitées pour une part appréciable avec la métropole sans doute, mais pour une part plus importante encore avec les marchés de la Malaisie et surtout de la Chine, où seule a cours la monnaie d'argent. Jamais la dépendance où notre Indochine se trouve de son milieu asiatique ne se marqua mieux que dans cette question de la piastre. Actuellement, et notamment par suite du petit nombre de ses navires de commerce , qui ne lui permet pas d'aller chercher elle-même sur les divers marchés de l'Extrême-Orient les conditions commerciales les plus économiques, elle est encore assujettie à l'intermédiaire obligé de Hong-Kong et de Singapore, et les gouvernements de ces deux colonies, qui ne sont guère que des entrepôts, et n'ont pas un arrière-pays suffisant pour avoir les préoccupations d'un grand budget d'État, ont montré jusqu'ici peu d'empressement à désirer l'adoption d'un étalon d'or qui donnerait à leurs commerçants, dans leurs transactions avec la Chine, toute la
défaveur du change. Il resterait donc à convertir la Chine elle-même, et Ton a pu s'étonner qu'un grand empire gouverné par des lettrés ne se fût pas depuis longtemps pourvu d'une monnaie meilleure. Toutefois une conversion qui suppose la perturbation des habitudes commerciales de quatre cents millions d'hommes ne paraît pas devoir être une entreprise des plus aisées.
On voit combien cette situation justifie le régime fiscal souple et extensible dont a été dotée notre Indochine : on n'a point affaire ici à un pays européen cristallisé dans des formules anciennes, mais à un pays neuf, voisin et dépendant d'un Extrême-Orient qui se transforme , et dont la fiscalité doit suivre l'ondovante diversité de sa vie économique. C'est à ce régime que notre possession doit d'avoir triomphé de toutes les circonstances contraires, et d'avoir encore des excédents de recettes à la fin de l'exercice 1901. — Ces excédents, par lesquels se clôturent avec régularité tous les exercices depuis les réformes financières de 1897-1898, sont recueillis dans des caisses de réserve, qui sont pour les finances indochinoises un élément de sécurité de plus. Le rapport préliminaire au décret du â 5 juillet 1902, autorisant la réalisation dune seconde fraction de l'emprunt de chemins de fer, estime que, malgré la baisse de la piastre, le budget général disposera, à la clôture de l'exercice 1901, d'un avoir qui, selon toutes probabilités, ne sera pas inférieur à 17 millions et demi de francs. L'avenir accroîtra à peu près certainement cette réserve jusqu'au maximum de 9 5 millions que le budget ne doit pas dépasser, pour éviter de faire des thésaurisations improductives. Mais, dès à présent, ce chiffre doit être tout près d'être atteint, si l'on ajoute à la caisse de réserve du budget général le montant de l'avoir des caisses de réserve des budgets locaux. On peut donc dire, sans affirmation hasardée, que l'Indochine a actuellement en réserve environ le quart du montant de l'ensemble de son budget ordinaire.