CHAPITRE VIL
seul la construction de son interminable chemin de fer de Langson. Rien n'était fait pour l'Annam ni pour le Cambodge. Il n'était même pas question du Laos. A plus forte raison ne pouvait-on songer à des chemins de fer de pénétration au dehors. Plus d'un plan hardi et ingénieux avait été dressé à la vérité : les cartons des ministères métropolitains et des administrations indochinoises n'en ont jamais été pauvres. Mais il n y avait pas , pour les exécuter, un seul cent de piastres dans les caisses. Il est donc assez naturel que, quoi qu'on ait fait depuis, il reste sûrement aujourd'hui bien davantage encore à faire.
De tous les besoins urgents , le besoin le plus urgent était celui des voies de communication. On sait combien l'Indochine est à cet égard médiocrement servie par la nature. Elle est proprement coupée en deux par cette sorte de muraille de Chine intérieure qu'est la chaîne annamitique, qui eût été, située à la place du Mékong, une admirable frontière, mais qui, dans sa situation réelle, rend très difficile le passage entre les régions du Nord et de l'Est et les régions du Sud et de l'Ouest de notre possession. Ces deux régions ne sont guère reliées régulièrement que par la mer, et la voie maritime elle-même n'est point parfaite le long d'une côte que visitent les typhons , qui est restée longtemps fort mal éclairée, et où , sur toute l'étendue qui va de Saigon au cap Paklung, on ne trouve pour ainsi dire pas, à une exception près peut-être, un seul bon port naturel en eau profonde.
Les voies fluviales ne sont pas meilleures, et l'on sait à quel point les espérances de pénétration que l'on avait fondées sur le Mékong et le Fleuve Rouge furent, à l'événement, déçues. Il ne s'ensuit d'ailleurs pas qu'il faille les condamner en entier, et qu'il n'y ait, dans leur longueur, d'importantes sections utilisables. Si les 4,ooo kilomètres que l'on attribue au Mékong n'ofiFrent pas un chemin facile et continu du delta cochinchinois au massif du Thibet, son parcours est
fractionné du moins en une succession de biefs qui sont, dans de conditions variables d'étendue, de temps et de perfectibilité, prati cables à la navigation. Cette dernière est possible en toute saiso depuis la mer jusqu'à Kratié. Les navires de la Compagnie des Mes sageries fluviales de Cochinchine assurent également, pendant six moi environ de l'année, d'août à janvier, et quelquefois jusqu'à mars, le communications par les Lacs jusque vers Battambàng. Des amena gements qui restent à étudier rendraient peut-être possible la naviga tion toute l'année. L'une des difficultés de cette navigation est le.fran chissement du seuil boueux du Veal-Phoc qui sépare le Grand Lac dt Mékong : les clayonnages des pêcheries y favorisent le travail du colmatage et l'exhaussement progressif du seuil; d'autre part le déblaie ment de ce seuil ne peut être mené qu'avec prudence, pour ne pas troubler le régime intérieur des eaux du Lac. Dans le Grand Fleuvt lui-même, au-dessus de Kratié, les trois biefs inférieur, moyen et supérieur, qui correspondent aux trois grands centres du Laos : Bassac, Vientiane (Vieng-chan) et Luang-Prabang, sont autonomes, et seulemeni reliés entre eux, et quelquefois d'ailleurs entravés dans leurs parcours, par des rapides comme ceux de Sambor-Préapatang, Khône et Khong. Kemmarat, Dong-kassek, Keng-kabao, et enfin la série de tourbillons qui rendent le Mékong innavigable dans le couloir rocheux supérieur à la région de Tangho, par lequel il sort de Chine. La navigation dans ces biefs, pour des vapeurs d'un mètre de tirant d'eau, est praticable pendant presque toute l'année. Néanmoins le service des Travaux Publics de l'Indochine s'occupe de baliser et de dérocher les passages difficiles, afin d'étendre le plus possible la longueur du chenal utilisable (,) . La plupart des rapides sont parcourus par une batellerie
(1) L'hydrographie du Metong a été eom- continuée plus tard par quelques officiers de meneée, en 1866, par la grande exploration marine qui ont fait franchir successivement h Doudart de Lagree-Francis Gamier. Elle a été leurs canonnières tous les rapides du Grand