‹ L'IndochineChapitre 111 sur 218 · CHAPITRE VIL v · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL v

celle-ci , aux hautes eaux , vers les terres qu'auparavant elle ne visitait pas , et d'assurer même leur irrigation aux basses eaux au moyen de machines élévatoires. Le fonctionnement régulier de ce double système permettrait aux rizières de donner, par an , deux récoltes. L'irrigation se fait tantôt par un canal de dérivation et d'amenée , comme dans la province de Bacgiang, tantôt par une prise d'eau dans le fleuve, comme à Bazan: des surfaces dont l'étendue dépasse la superficie d'une province peuvent être arrosées ainsi. L'administration s'est trouvée secondée dans cette entreprise par l'initiative de colons français , qui tantôt ont lié partie avec elle , et tantôt, en Ànnam notamment, ont agi seuls. Son action se borne alors à contrôler les contrats d'irrigation passés avec les villages et à en surveiller l'exécution. Les questions d'eau ont toujours été en effet l'occasion de plus de procès entre les paysans annamites que les questions de bornage et de mitoyenneté dans nos campagnes françaises : c'est à qui s'arrangera à faire dériver dans son champ le plus d'eau possible, et à en payer le moins possible. D'autre part il est difficile de rendre l'usage de l'eau obligatoire : si incontestable que soit le bienfait, il doit être toujours permis de refuser un bienfait, d'autant que celui-ci s'accompagne, en l'espèce, du payement d'une taxe d'abonnement, — compensée d'ailleurs, et bien au delà, par l'accroissement du rendement des rizières. Cette taxe, perçue par le gouvernement, peut être acquittée sous forme de majoration k l'impôt foncier : perçue par les particuliers, elle n'est que la rémunération d'un service rendu* : mais encore faut-il que d'abord le service ait été accepté (1) . C'est le rôle des résidents d'y tenir la main, et de

(,) La législation anglo-indienne ne laisse 60,000 réservoirs alimentes par les pluies, et

pas au cultivateur indigène la liberté du choix. combinés avec tout un reseau de canaux pro-

Dans la présidence de Madras, ou les ou- cédant du grand système deltaïque du Goda-

vrages er majeurs» et «mineurs» de l'hydrau- veri, de la Kistna et du Cauvery, Yact V, de

lique agricole ne comprennent pas moins de 1900, modifiant Yact VII de i865; n'admet

rendre le service acceptable, La meilleure des persuasions est d'ailleurs celle qu'employa un jour Franklin dans une expérience agricole restée célèbre : en voyant, au moment des récoltes, le contraste entre les rizières soumises à l'irrigation et celles qui lui seront demeurées soustraites, les agriculteurs natifs ne sauraient être, semble-t-il, réfractaires à leur propre intérêt trop longtemps.

L'aboutissement nécessaire des fleuves et de toutes les autres voies de communication qui peuvent être établies, ce sont les ports. Pendant longtemps l'Indochine n'en a possédé qu'un, que la nature avait fait excellent à la vérité, celui de Saïgon. La facilité même de son accès avait insensiblement accrédité cette conviction qu'il n'avait pas besoin qu'on ajoutât à ses avantages naturels : quelques appontements, un essai malheureux de dock flottant, le dragage, à l'embouchure de la rivière, de la levée dite rcbanc de corail », tel était, jusqu'à ces toutes dernières années, le maigre bilan des travaux d'aménagement du grand port de la Cochinchine. La marine de guerre seule y avait des installations convenables. L'encombrement des appontements fort étroits laissés à la marine de commerce, l'absence d'un outillage moderne de déchargement et de transport, compliquaient, avec des retards inutiles, les moindres opérations de l'embarquement et du

pas que les paysans se dérobent à la taxe de l'eau sous prétexte que l'eau leur a été imposée : l'évidence du bien public doit l'emporter ici sur les routines particulières : «The gênerai object ofthis measure, dit l'analyse* de ce texte, is to provide for the levy of water-cess in cases where Government water reaehes a cultivaied field mith bénéficiai effect, otherwise than a/ter application by the cultivator. In view of the immense importance of irrigation to the community at large , and the right of Government to daim

a share in the greaterproductiveness of land due to water suppliedfrom public irrigation morks, it was considered essential thaï individual cultivators fthould not be able to daim exemption from water rate (when the supply is bénéficiai and sufficient) on the plea thaï the water was forced on (hem. Under the old Act such plea* had been successfuUy urged in the law courts. » — C'est l'application de la raison d'Etat à l'agriculture.

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