CHAPITRE VIL
débarquement des marchandises. Le plus souvent d ailleurs, les navires devaient mouiller au milieu même de la rivière, après avoir exécute la délicate manœuvre de l'ccévitage», et c'est là qu'une flottille de chalands ou de barques devait venir leur porter le fret, ou le reprendre. Ce laisser aller trop asiatique ne laissait pas d'être affligeant, surtout si on le comparait à l'extraordinaire activité des villes maritimes comme Singapore, Chang-haï, Hong-Kong, Kow-Loon et les ports japonais, munis des derniers perfectionnements d'Europe. Saigon serait pourtant resté encore à cet état primitif si le budget général n'avait été plus généreux pour lui que ne l'avait jamais été le budget cochinchinois. Après études ordonnées par le dernier Gouverneur général, tout un programme d'outillage fut décidé , comprenant la construction d'un kilomètre de .quai droit à l'arrivée même dans le port, sur la rive droite de la rivière (1) et de postes d'amarrage sur la rive gauche, une gare maritime et des docks en arrière du quai , desservis par des appareils élévatoires et des voies ferrées, le tout se rattachant au grand réseau de chemins de fer par un pont franchissant l'arroyo chinois. Enfin, dans cet arroyo, un port spécial sera aménagé pour la batellerie indigène , qui laissera k la navigation européenne la libre disposition de la rivière. La réalisation de ce programme permettra aux navires de commerce d'exécuter rapidement leurs opérations d'arrivée et de départ, et, partant, de diminuer d'autant les frais et droits qui grèvent leur séjour. Avec ces facilités de manutention, avec une politique douanière libérale et une marine marchande plus entreprenante, Saïgon , qui sera bientôt le terminus d'un réseau important de lignes fluviales et ferrées, peut devenir, d'ici à quelques années, un des
(l) La hauteur totale du quai, qui s'étendra les hautes et les basses eaux à Saïgon est
entre la rizerie chinoise Kiat-fat-Seng et le de 3 m. 60 , il sera de 4 mètres au-dessus des
fort du Sud, et reposera sur 93 piles, sera basses eaux et de m. 4o au-dessus des hautes
de 19 mètres, et, comme la différence entre eaux.
grands ports de cet Extrême-Orient dont il jalonne si heureusement la route.
C'est encore sur cette même route, ou du moins au prix d'un détour de quelques milles, que les navires rencontrent le port de Tourane, le premier auquel la France ait songé en venant s'établir en Indochine. S'il faut faire un crochet pour atteindre Tourane — les navires descendant du Nord allant d'ordinaire reconnaître un point de la côte d'Anna m situé un peu plus au Sud — du moins n'est-il pas nécessaire, pour gagner le port, de suivre un chenal ou de remonter une rivière. L'accès est direct en venant du large : c'est là , sans doute , un avantage, qui est d'ailleurs aussitôt compensé par la nécessité d'abriter une rade assez exposée aux vents de la haute mer. Le programme des grands travaux prévus pour Tourane comporte donc , avec le curage du port et la construction d'un quai en maçonnerie, l'établissement d'une forte jetée de protection. Il est difficile de mesurer dès aujourd'hui l'avenir réservé à ces travaux. La mise en valeur de 1 arrièrepays est récente, et les résultats ne s'en peuvent évaluer encore : on sait toutefois avec quelle activité les cultures indigènes et les exploitations françaises agricoles, industrielles, et minières, s'y développent déjà. Le chemin de fer reliera ces divers centres de production , en ouvrira peut-être d'autres au Laos, et fera converger tous les produits vers ce point central, l'unique port, ou à peu près, de la côte d'Annam, qu'est Tourane. Le port aura donc, semble-t-il, dès son achèvement, un fret appréciable à échanger avec des ports étrangers tels que Manille et Hong-Kong, avec lesquels il est en relations directes, et les autres ports du Nord et du Sud, avec lesquels il est en relations faciles.
L'urgente nécessité des travaux d'aménagement des ports maritimes semble croître à mesure qu'on s'élève sur la côte indochinoise, et jamais peut-être plus que pour le port de Haïphong il ne fut indis-