CHAPITRE VIL
pensable de corriger la nature. La situation y était devenue telle, en ces dernières années, que, si on n'y avait porté un remède énergique, le Tonkin courait le risque non seulement de n'avoir pas un bon port, mais même de n'en avoir plus du tout. Haïphong avait été choisi sans grand discernement, au moment de la conquête, parce qu'il paraissait avoir avec l'intérieur des communications fluviales aisées : elles le sont en effet pour la batellerie native, mais nous avons vu que la navigabilité des cours d'eau tonkinois n'est ni complète ni continue pour les chaloupes européennes. On se mit cependant à assainir le marais, alors fort malsain, de Haïphong, et on éleva sur son sol vaseux la jolie ville qu'on y voit aujourd'hui, et qu'on s'empressa de munir d'installations importantes et coûteuses. Quand ce fut fait, on s'aperçut que, tandis que, devant la ville, sur une longueur de 9,5oo mètres environ, la rade du Cua-cam se maintenait avec des fonds acceptables, l'entrée même de cette rade, c'est-à-dire l'embouchure du Cua-cam, exhaussait progressivement le seuil que lui avait formé l'apport des eaux limoneuses du Fleuve Rouge. Un phénomène identique s'était déjà produit pour le Lach-tray et devait se reproduire pour le Gua-nam-trieu. On s'inquiéta alors de chercher un nouveau port au Tonkin, et des projets intéressants signalèrent tour à tour Quangyen, Hongay, Port-Courbet, et jusqu'à Tieny en, dans la région excentrique de Moncay. Pour des raisons diverses , aucun de ces projets n'était satisfaisant en lui-même, et tous avaient l'inconvénient de ne pas tenir compte des intérêts engagés à Haïphong, où les millions dépensés, si l'on abandonnait la ville, restaient définitivement engloutis en pure perte. Cependant les bouches des fleuves s'envasaient de plus en plus : la barre du Cua-cam devenait infranchissable, et celle du Cua-nam-trieu se prenait à son tour. C'est alors que la loi d'emprunt de 80 millions de 1896, qui ébauchait si heureusement un programme de travaux publics, se préoccupa du sort de Haïphong :
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elle lui consacra 3 millions de francs, qui devaient permettre d assurer la communication entre le Gua-cam, où était la rade, et le Cua-nanitrieu , où était l'entrée de la mer, par une coupure pratiquée à travers la presqu'île de Dinh-vu. Un chenal devait en outre être pratiqué dans la barre du Cua-nam-trieu. Enfin des ponts et appontements étaient construits à Haïphong, et l'entrée de la passe devait être éclairée s en mer, notamment par la construction des phares de Hondau et des Norways. Ce programme était excellent, sauf sur un point, le dragage de la barre du Cua-nam-trieu, que l'expérience démontra impraticable. Gomme il fallait opérer en pleine mer, le flot et le jusant défaisaient tous les jours le travail des dragues , tandis que les bancs déposés par les eaux fluviales venaient tous les jours aussi s'accumuler sur la barre : bientôt le sommet de cette barre ne fut plus qu'à 3 m. 5o au-dessous du niveau des plus basses mers. Il était évident que l'embouchure du Cua-nam-trieu allait se fermer comme les autres : c'était, de tous côtés, le blocus. — Pour éviter cette nécessaire échéance, il eût fallu, non pas recommencer chaque jour avec des dragues impuissantes un travail de Pénélope , mais pouvoir débarrasser une bonne fois le Fleuve Rouge, sur toute la longueur de son parcours, du limon dont ses eaux étaient chargées. Comme c'était là une entreprise impossible on abandonna donc ce mode d'accès, et l'on s'avisa de reprendre une indication donnée jadis par M. l'ingénieur hydrographe Renaud, dont les travaux hydrographiques sur la baie d'Along font autorité , et qui avait signalé que cette baie, abritée contre le colmatage des fleuves, offre en tout temps un accès facile et sûr, avec des fonds invariables. Le dernier Gouverneur général fit une étude personnelle, et fit procéder à une étude approfondie de la question , pour pouvoir arrêter une solution définitive. Une commission nautique nommée par lui se prononça unanimement, après enquêtes et contre-enquêtes, pour l'adoption d'un chenal partant de cr l'entrée profonde», toujours accessible, de