‹ L'IndochineChapitre 118 sur 218 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

certaines contrées ravagées par les guerres, ont conservé, jusqu'à nos joUrs, une population des plus clairsemées. L'un des services que Ton attend des voies de communication nouvelles, et de la voie ferrée en particulier, est précisément d'assurer une répartition meilleure de la population sur la surface du territoire. C'est là une expérience que des faits déjà encouragent, le long du chemin de fer de Langson; on commence de même à signaler dans la région de Thaïnguyen, desservie aujourd'hui par de bonnes routes, l'apparition d'Annamites du delta qui consentent à y séjourner, ce qu'ils auraient jadis refusé de faire.

La voie ferrée assurera également une répartition meilleure des produits de la terre. Ils sont, eux aussi, fort inégalement distribués sur sa surface. Bien que l'Indochine, d'une superficie d'ailleurs incomparablement moins étendue que l'Inde anglaise, ne connaisse pas, comme elle, ces désastreuses sécheresses qui plongent des millions d'êtres dans la famine, elle a pu connaître, il y a quelques années, des disettes locales et partielles provoquées par l'insuffisance de la récolte dans telle ou telle province mal desservie parles voies de communication. Gomme ce ne sont jamais que des cas isolés , et que la variété des conditions météorologiques aussi bien que la variété des cultures placent, dans les diverses récoltes de l'ensemble de notre possession, l'excès à côté de la disette, la solidarité indochinoise peut venir aisément au secours des provinces passagèrement disgraciées en leur faisant tenir des approvisionnements de riz , à condition toutefois que les communications soient faciles. Dans l'Inde, c'est avec raison que l'on considère les travaux d'irrigation et les voies ferrées comme des remèdes au moins aussi efficaces contre les conséquences des grandes sécheresses que les secours directs , les modérations et exemptions d'impôt foncier, les prêts aux états indigènes et les avances à l'agriculture. L'exécution des mêmes travaux en

Indochine la mettra définitivement à l'abri des caprices des saisons, et

vaudra mieux, pour la sécurité du ravitaillement de ses habitants, que les ce greniers d'abondance», le plus souvent vides de riz, des ancien*s administrations natives.

L'utilité du chemin de fer pour la mise en valeur agricole et industrielle du pays ne se démontre plus : c'est une vérité banale en économie politique que la circulation de la richesse augmente et suscite la richesse. Mais, pour nous en tenir au terrain de l'expérience et des faits, plus sûr en politique que celui des doctrines, il n'est pas douteux, d'après les exemples des autres pays asiatiques, et ceux que nous commençons à observer en Indochine même , que , si le chemin de fer n'a pas la vertu magique de faire sortir quelque chose des contrées où il n'y a rien, du moins, en reliant les centres de production , qui sont si nombreux sur le territoire indochinois, mais que leur isolement a condamnés jusqu'ici à rester inutilisés, aux marchés de consommation et d'échange, il éveille de leur «sommeil léthargique», et appelle véritablement à la vie, des contrées qui, sans lui, resteraient indéfiniment à l'état de mort latente.

Enfin, le chemin de fer a un intérêt stratégique de premier ordre. Cet intérêt ne saurait jamais être perdu de vue dans un pays protégé , et dans un pays que son développement brillant et rapide présentera de plus en plus aux méditations rrpeu amicales» comme une tentation toujours offerte. Un peu de vigilance avertie suffira, là comme ailleurs, à empêcher les désirs de naître , et à prévenir l'obligation fâcheuse d'avoir à les réprimer. Après l'alerte de 1 867 les Anglais ont pensé ne pouvoir mieux tenir leurs possessions indiennes qu'en sillonnant de chemins de fer la péninsule, et l'événement a justifié leur espérance. Ils ont de même couvert de lignes stratégiques autour de Peshawar toute la frontière délicate du Nord-Ouest. Enfin les chemins de fer leur permettent, en faisant remonter, chaque été , les troupes blanches sur les stations saines des plateaux, de les soustraire aux rigueurs des chaleurs de la

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