CHAPITRE VII
plaine, et de ménager ainsi à la fois leur santé et leur force militaire. 11 n^nous est pas interdit d'attendre de nos chemins de fer indochinois des avantages analogues.
Il n'y avait, pour ainsi dire, pas de ligne de chemins de fer en Indochine avant 1897, en dehors de la ligne stratégique de Langson : 70 kilomètres de voie ferrée reliaient seulement, dans le delta cochinchinois, Mytho à Saigon, qui était en outre desservi par les tramways suburbains à vapeur de Cholon et de Govap {I) . — Le chemin de fer, à voie étroite de o m. 60, qui devait être primitivement établi, au lendemain de l'Exposition universelle de 1889, sur la section de la route mandarine qui relie Phulangtuong à Langson, était imposé par des nécessités militaires. H traversait une région extraordinairement coupée de rochers et de cours d'eau, couverte d'une brousse épaisse, et qui avait été particulièrement meurtrière pour nos soldats. C'est là que, pendant la conquête, avaient eu lieu la surprise de Bâclé et les opérations de l'attaque, puis de la retraite de Langson. Après la conquête le pays était devenu un véritable maquis de piraterie, et c'est encore là que le dernier rebelle continua de tenir la campagne , jusqu'à ce que l'énergique intervention du Gouverneur général l'eût forcé, sans effusion de sang, à se rendre en 1897. On peut voir en certains endroits, le long même de la voie ferrée, que domine encore une série de blockhaus, aujourd'hui superflus, trop de croix noires qui témoignent quel fut jadis l'état d'insécurité du pays. Gomme on devait y passer obligatoirement pour ravitailler la haute région orientale de la frontière du Tonkin , il est certain que l'établissement du chemin de fer de Langson fut non seulement une nécessité, mais aussi un bienfait, et que, s'il coûta cher, il économisa du moins un grand nombre de vies hu-
(,) Une ligne de tramways électriques Hanoï et extension a été récemment établie dans la capitale du Tonkin , où elle parait fonctionner avec beaucoup de succès.
maines (l) : mais , toutefois , i! est certain qu'il coûta cher. Prévu à l'origine pour une dépense de k millions, il en avait, en i8()5, coûté 19, et (emprunt de 1 896 lui affecta 90 autres millions pour le prolonger et refaire la largeur de la voie. Il était né dans des conditions défavorables , à un moment où la situation politique, militaire, et financière, du Tonkin ne permettait guère à l'administration du protectorat de nourrir «■de longs desseins et de vastes pensées», et l'obligeait à vivre au jour le jour te plus discrètement possible. Le chemin de fer en porta les conséquences, et fut, jusqu'en 1896, fabriqué de pièces et de morceaux, sans grandes études préparatoires et sans grands crédits. On s aperçut alors que la voie de o m. 60, entre Phuiangtuong et Langson, était à la fois trop étroite et trop courte pour assurer convenablement les transports. L'emprunt de 80 millions en affecta donc -ïo à la transformation de la voie en voie de 1 mètre, et à son prolongement de Langson à la porte de Gbine d'une part, de Phuiangtuong à Hanoï de l'autre. Mais, cette fois encore, on n'alla pas jusqu'au bout, et la voie n'atteignit Hanoï que sur le papier. Elle s'arrêtait en réalité en pleins champs, à un endroit nommé Gialam; sur la rive gauche du Fleuve Rouge. Il fallait, par des moyens rudimentaires , gagner ensuite la berge, et traverser un fleuve large de près de deux kilomètres, avant d'atteindre vraiment la ville. La nuit, par temps de crachin, c'était pour les voyageurs une véritable odyssée : on devine quel pouvait bien être, dans ces conditions, le sort des marchandises. A son arrivée au Gouvernement général , M. Paul Doumer refusa de ratifier cette injure faite à la géographie, et il décida que le chemin de fer de la frontière de Gbine à Hanoï, puisque Hanoï était sur la rive droite, devait aller l'y chercher. Il fit donc mettre au concours un projet de pont sur le Fleuve Rouge,, et. en inscrivit la dépense au premier budget général,
;,) économisa aussi des frais de transport qui atteignaient, par le portage à dos d'homme, mi taux fort élevé, et imposaient en outre «ne lourde charfje à la population des régions traversées.