CHAPITRE VIL
La première étude d'un programme de chemins de fer fut proposée à* la première session du Conseil supérieur à peine organisé , le 6 décembre 1897 : elle portait sur un réseau de 3,9 00 kilomètres, dont 600 à 700 seulement seraient immédiatement exécutés. A ce moment les réformes n'étaient pas achevées encore : le budget général n'avait même pas d'existence officielle. Alors que le budget du protectorat achevait péniblement avec son emprunt la ligne de Langson, commencée depuis dix-huit ans, et qui n'avait pas 200 kilomètres, il paraissait quelque peu téméraire d'en projeter plus de seize fois davantage. Dès 1898 pourtant les résultats obtenus permettaient l'exécution immédiate d'un réseau de près de 1,700 kilomètres, qui a été adopté par la loi d'emprunt. — Le programme des chemins de fer à construire en Indochine était tracé par la configuration même du pays. Il consistait à relier les parties jusque-là séparées du Nord et du Sud, à doubler les voies naturelles de communication notoirement insuffisantes par des voies parallèles meilleures, et à rattacher à la circulation générale les voies naturelles passables par des voies perpendiculaires à leur tracé. On peut contester un picul de riz à telle ou telle ligne particulière, mais, quelles que soient les variantes locales, le dessin général du réseau est hors de conteste. Il comprend d'abord un cr grand Péninsulaire y> , qui unit le tronçon déjà existant de Saigon à Mytho (prolongé cette fois jusqu'à Cantho) à la ligne également existante de Hanoï à la frontière de Chine, en franchissant la chaîne annamitique et en longeant toute la côte d'Annam , — où le petit nombre des ports empêchera le chemin de fer d'être en concurrence avec la voie maritime : de ce tronc central se détacheront des embranchements servant de chemins de pénétration vers le Cambodge, le Siam, et le Laos, sans compter le chemin d'accès tout local au plateau du Langbian ; le plus important de ces embranchements , qu'on peut aussi bien considérer comme une ligne indépendante , est
IIIUIIUI KATIOIALI.
la grafide ligne tonkinoise et chinoise qui met le port de Haïphong en relations avec le plateau du Yunnan par la vallée du Fleuve Rougè.
Toutes ces lignes ne pouvaient être construites à la fois : il a donc fallu établir des degrés d'importance et d'urgence. La loi du 2 5 décembre 1898 a fixé les lignes à construire sur l'emprunt de 200 millions à une longueur totale de 1,6a 5 kilomètres, et des décrets d'autorisation sont déjà intervenus pour une bonne partie d'entre elles. Les lignes de Haïphong à Laokay (38 1 kilomètres), de Hanoï à Vinh par Namdinh (3â6 kilomètres), sont autorisées sur toute leur longueur. La ligne de Tourane à Quangtri n'est autorisée que sur le parcours Tourane-Hué (10 5 kilomètres); celle de Saigon au Khanhoa et au Langbiang seulement sur le parcours Saïgon-Tanlinh (1 3 2 kilomètres). La ligne de Mytho à Cantho (93 kilomètres) n'est pas encore autorisée. La dépense totale approuvée est de 116,900,000 francs, correspondant à un coût kilométrique moyen de iâ3,ooo francs.
L'Indochine méridionale , où s'amorce le grand Péninsulaire , avait été, du côté de l'Est, fort négligée. Le magnifique delta du Mékong accaparait assez légitimement les soins de l'administration locale, et, presque derrière Bienhoa et Thudaumot, la région dite moï ou «sauvage 7) était laissée aux explorations des seuls chasseurs d'éléphants et de tigres. Là venaient se terminer les derniers contreforts de la chaîne annamitique. On hésita quelque peu sur la meilleure manière d'aborder cette montagne : on put songer même à la contourner par l'Ouest, où les missions envoyées découvrirent des régions intéressantes, et dont le développement pourra venir à son heure; un examen plus attentif fit rejeter toutefois ce tracé, qui, dans l'état actuel du pays, eût entraîné des frais immédiats énormes pour des profits assez lointains. Au contraire, en contournant la chaîne à l'Est, on trouve, entre son massif et la mer, une province, le Binhthuan, que les guerres ont ravagée, mais qui fut jadis peuplée et prospère et ne demande qu'à