CHAPITRE VIL
rêves : elle est aujourd'hui, grâce aux ressources budgétaires qu'il a su rendre disponibles, grâce aussi, il faut bien le dire, à son action personnelle dont aucun obstacle n a pu lasser l'opiniâtre persévérance, une réalité qui s'exécute. C'est l'article V de la convention complémentaire de la convention Gonstans du 26 juin 1887, signée par M. Gérard le 20 juin 1895 , qui est l'origine modeste du chemin de fer : cr'Il est convenu, y était-il dit, que les voies ferrées, soit déjà existantes, soit projetées en Annam, pourront, après entente commune, être prolongées sur le territoire chinois. » Cet engagement, l'adoption d'un régime commercial acceptable entre le Tonkin et les provinces voisines, l'ouverture de villes bénéficiant des privilèges des cr ports à traité » le long de sa frontière , l'abornement de cette frontière , et sa fermeture par un système de police mixte , étaient la récompense des bons offices qu une habile diplomatie avait su rendre à la cour de Pékin en liant partie avec l'Allemagne et la Russie pour arrêter la marche du Japon victorieux, et en servant à la fois la cause générale de la paix et les intérêts particuliers de la Chine et de la France. La détente sérieuse qui s'ensuivit dans les relations franco-chinoises, fort tendues à la vérité depuis dix ans, décida la Chambre de commerce de Lyon à envoyer en Extrême-Orient une grande mission commerciale, qui y mena une enquête des plus intéressantes. Le Gouvernement de la République suivit cet exemple, et, sur la demande de M. le Gouverneur général Doumer, il envoya à son tour en Chine une mission officielle d'ingénieurs dirigée par M. l'Ingénieur en chef au corps des ponts et chaussées Guillemoto , aujourd'hui Directeur général des Travaux Publics de l'Indochine, et chargée de procéder aux études des chemins de fer prévus par la convention du 20 juin 1895. La convention du 10 avril 1898 précisa la promesse faite en 189b en concédant cette fois au gouvernement français l'autorisation de construire et d'exploiter un chemin de fer entre Làokay et Yunnan-sen
(Yun-nan-fou), la Chine n'ayant que la charge de fournir les terrains. Les travaux de la mission Guillemoto, — héritière directe de la mission Doudart de Lagrée , et qui a repris , dans des conditions différentes , son œuvre au point même où celle-ci l'avait laissée , au Yunnan , où se trouve d'ailleurs le tomheau de son chef, — permirent de présenter au Parlement des éléments d'appréciation tels , qu'il inséra dans la loi (du 9 5 décembre 1898, relative à l'emprunt de 2 o o millions , un article 3 autorisant le Gouverneur général de l'Indochine à accorder une garantie d'intérêts à la compagnie qui serait concessionnaire de la ligne de Laokay à Yunnan-sen et prolongements, sans que le montant annuel de cette garantie pût excéder 3 millions et leur durée soixantequinze ans. Le versement des sommes que le Gouvernement général serait appelé à fournir devait être garanti à son tour par la métropole, qui tenait à imposer son aval, que l'Indochine n'avait pas demandé, pour une entreprise à exécuter sur territoire étranger, alors que la possession s'en passait pour les chemins de fer à construire sur son propre territoire. Les clauses delà convention à intervenir devaient être approuvées par une loi.
Mais pour qu'il y eût convention, il fallait d'abord qu'il y eût une compagnie qui voulût bien se charger de la construction et de l'exploitation du chemin de fer du Yunnan. Le Gouverneur général, qui était venu à Paris en personne pour négocier l'emprunt et le défendre auprès du Ministre des colonies et devant les Chambres, invita alors les établissements de crédit qui en avaient contracté la première partie (1) à constituer un k consortium » , qui envoya en 1899, au Yunnan, une
(1) Ces établissements étaient le Crédit lyon- dustriel et commercial. Us s'adjoignirent, pour
nais, la Banque de Paris et des Pays-Bas , la l'organisation technique, la Régie générale
Banque de l'Indochine, le Comptoir d'es- pour la construction et l'exploitation des che-
compte, la Société générale pour favoriser le mins de fer et la Société de construction des
développement du commerce et de l'industrie Batignolles. en France, la Société générale de crédit in-