CHAPITRE VH
ne les exécute pas, ou guère, en régie. Il fait appel, par voie d'adjudication, à des entrepreneurs, qui sont astreints aux clauses et conditions générales des marchés des travaux de l'Etat, c'est-à-dire à un cautionnement, au contrôle des délais de garantie contre la mauvaise exécution éventuelle de leur contrat, et aux conditions spéciales d'un cahier des charges particulier à chaque ouvrage. Les travaux sont divisés suivant leur nature et suivant leur étendue ': les divisions ordinaires de l'infrastructure, du ballastage, de la pose de la voie, des bâtiments, des tabliers métalliques, tantôt séparées, tantôt groupées, sont elles-mêmes réparties en lots soumis à l'adjudication. Des amendes ou des retenues sanctionnent la malfaçon et les retards dans la livraison des travaux. Des dispositions spéciales sont prévues pour assurer la sécurité des ouvriers : l'entrepreneur en est responsable, et il est, pour cela encore, contrôlé; il doit faire construire des logements propres et hygiéniques à ses ouvriers indigènes, et leur assurer le service médical gratuit dans des ambulances dont le médecin doit être agréé par l'administration.
Le programme de grands travaux qui est appelé, semble-t-il, a modifier du tout au tout la physionomie de l'Indochine se poursuit, malgré les inévitables difficultés du début, malgré le retard apporté dans l'expédition du matériel par les grèves et par l'accaparement que l'envoi du corps expéditionnaire de Chine, en 1900, fit un moment de notre marine marchande, malgré les tâtonnements que comportait l'adaptation des travaux au pays et la nécessité de faire l'éducation des ingénieurs, des entrepreneurs et des ouvriers. Tout un personnel d'entrepreneurs s'est installé en Indochine, avec des ouvriers français qui sont devenus là-bas contremaîtres, et qui dressent et dirigent à leur tour les travailleurs indigènes. Le recrutement de ces travailleurs est assez difficile dans les régions du Sud, et l'on sera sans
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doute obligé, pour le chemin de fer de Saïgon-Tanlinh et pour la ligne du Langbian, de faire appel à la main-d'œuvre chinoise, qui est d'ailleurs plus résistante : elle a déjà donné de bons résultats dans certaines régions fiévreuses entre Yenbay et Laokay. L'insalubrité des passages en forêt est en effet le plus rude obstacle qu'aient à franchir les chemins de fer en pays montagneux. Dans les pays de plaine, une autre difficulté , d'ordre technique , provient du nombre , de la largeur et de la profondeur des rivières qu'il faut franchir. H a été nécessaire de détacher de la construction propre du chemin de fer, avec ses tabliers, métalliques, quelques grands ponts qui font l'objet d'une adjudication spéciale, et sont parfois payés sur le budget ordinaire. Quelquesuns de ces ponts, comme celui qui relie la ville française à la citadelle impériale par-dessus la rivière de Hué, ou le pont qui franchit, sur la ligne de Saïgon-Tanlinh, la rivière de Saigon à Binhloï, sont des travaux d'art remarquables, exécutés avec un soin qui fait grand honneur aux ingénieurs et entrepreneurs français. D'autres ouvrages moins importants sont exécutés aux deux extrémités de la frontière du Tonkin, à Moncay et à Laokay, sur la rivière tonkinoise le Day, sur l'arroyo chinois dans le port de Saïgon, et sur diverses routes et lignes de chemin de fer* 15 . On sait que le franchissement des rivières a également été une des principales difficultés du chemin de fer transsibérien, dont les ponts, mis bout à bout, atteindraient, paraît-il, une longueur totale de Zi8 kilomètres.
(l) La voie adoptée est celle de 1 mètre de largeur comme celle de nos chemins de fer départementaux en France et d'une partie des chemins de fer de l'Inde anglaise. Dans les régions plates des deltas, les déclivités ne délassent pas o m. ooS et les rayons des courbes sont supérieurs à 4oo mètres: dans les régions montagneuses on a porté ces limites de pente
et de courbure respectivement à o m. 010 et o m. 01 5 et à 3oo et 1 5o mètres, sans jamais dépasser les limites extrêmes de o m. o 35 et de îoo mètres. Le matériel roulant est fourni à part, et, là encore, les ingénieurs du Ministère des colonies rendent le service de contrôler en usine la confection du matériel indochinois.