‹ L'IndochineChapitre 127 sur 218 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les chemins de fer en Indochine ne sont guère, en 1902* qu'à 1 âge de la construction. Il est donc prématuré d'en discuter les conditions futures d'exploitation et d'en escompter les bénéfices ou les moins-vâlues : tout calcul à cet égard est voué à l'avance à l'inexactitude s'il prétend serrer les choses de trop près. L'intérêt n'en est d'ailleurs pas immédiat, puisque l'Indochine n'attend pas d'avoir des recettes de chemin de fer pour payer son premier réseau, et que les ressources ordinaires de l'impôt suflisent à en faire les frais. Il n'est pas douteux cependant que le chemin de fer constituera une voie de communication incomparablement supérieure à toute autre par sa sûreté et sa rapidité, et que ce dernier avantage lui-même n'est point négligeable, malgré l'aphorisme suranné que crie temps ne compte pas en Asie??. Le temps, pour le commerce, c'est de l'argent, en Asie comme partout : dans la région qui parait, k première vue, la mieux desservie par les voies fluviales, la lenteur et l'insuffisance des moyens de transport n'ont pas permis, au commencement de 1901, aux riz de Gantho> l'un des plus grands marchés de la basse Cochinchine, d arriver en quantité suffisante et en temps utile aux rizeries de Gholon et de Saïgon. Un navire venu de Manille pour prendre un chargement de 5,ooo tonnes a du attendre douze jours avant d'avoir terminé ses opérations. On voit donc que la ligne de Mytho-Cantho ne sera pas superflue; et, s'il en esl ainsi dans les régions des deltas sillonnées de canaux, on imagine que l'utilité du chemin de fer est encore plus marquante pour les hautes régions, et la région yunnanaise en particulier, complètement dépourvue de voie de communication commode et sûre. Toutefois la rapidité n'est pas tout pour la prospérité future du chemin de fer : elle peut même , à vrai dire , n'être rien si les tarifs n'\ sont pas appropriés aux besoins du commerce. Des tarifs élevés suffiraient à mettre l'interdit sur les plus admirables voies, et à rendre inutiles les millions lépensés pour elles; le bas tarif, au contraire, malgré qu'il semble

donner immédiatement un rendement moindre, compense cette apparente infériorité par l'encouragement qu'il donne à la fréquentation des voyageurs sur la ligne, et par l'accroissement continu du trafic. L'exploitation du chemin de fer de Haïphong à Laokay et à Yunnansen est concédée pour soixante-quinze ans à la Compagnie française des chemins de fer de l'Indochine et du Yunnan, moyennant une participation éventuelle aux bénéfices, et avec faculté de rachat après l'expiration des quinze premières années de l'exploitation. L'exploitation des 70 kilomètres de la ligne Saïgon-Mytho est concédée £ la Société générale des tramwajs à vapeur de Cochinchine, moyennant une redevance annuelle de 8o,io5 francs et une participation aux bénéfices qui a été de 3 1,1 57 francs en 1901. Le Gouvernement général est, en revanche, chargé de l'entretien de la ligne, et cette dépense balance à peu près le montant de la redevance et de la part de bénéfices : la ligne, dans l'état actuel, ne coûte donc ni ne rapporte à l'Indochine; toutefois, comme elle rapporte des bénéfices à la société concessionnaire, on peut dire que, somme toute, elle crpaye». Les concessions du tramway électrique de la ville de Hanoï et extension, et du tramway à vapeur sur route de Hanoï à Sontav ne comportent ni subvention ni garantie d'intérêts, mais elles stipulent un partage des bénéfices. Le gouvernement se borne à aménager la route , future plate-forme de la voie , et à construire les ponts : le concessionnaire assure l'exploitation k ses risques et périls; la concession est donnée pour soixante ans. La ligne Hanoï-frontière de Chine est exploitée directement par le gouvernement : elle commence à a payera elle aussi, encore qu'elle desserve des régions jusqu'ici demeurées fort pauvres. Les recettes du chemin de fer sont prévues pour q h 0,0 00 piastres au budget général de 1 90â (1) , alors que les dé-

(1) D'après un rapport de M. l'ingénieur en dans le <r Bulletin économique* d'octobre 1 90a , chef des chemins de fer FontaneiHes , publia ces provisions seraient déjà dépassées, et les

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