CHAPITRE PREMIER
mage pieux à 1 autel des dieux lares : c'est un simple rappel au souvenir du dieu de la richesse , et toute la philosophie de ses adorateurs semble tenir dans cette sentence dont un pensionnaire de l'École française a pu lire, à l'enseigne d'une boutique chinoise du Cambodge, l'ironie désabusée :
crKouang-Ti (le dieu de la guerre) est plus fort que dix mille buffles; mais une sapèque est plus forte que Kouang-Ti».
La population européenne, à l'exception d'une colonie étrangère, surtout allemande, d'environ quatre cents personnes en Cochinchine, est à peu près exclusivement française.
L'occupation française en Indochine date, on le sait, de la seconde moitié du xix e siècle. Il est remarquable combien l'Europe, qui avait fait sentir assez tôt son action à l'Asie-Mineure et aux Indes , a longtemps hésité devant l'Extrême-Orient , dont l'adroit maquillage lui donnait sans doute l'illusion de la puissance et de l'impénétrabilité. Les ambassades européennes y étaient reçues avec hauteur. Les commerçants devaient disputer l'existence des plus modestes comptoirs à l'humeur instable des marchands et des mandarins locaux. Seuls les missionnaires, à force de persévérante ténacité, réussissaient à s'établir et à se maintenir, dans des conditions d'ailleurs des plus précaires. Ils furent, avec les commerçants, l'occasion de l'intervention européenne, à partir du jour où les canons du commodore américain Perry et les cosaques du comte Mourawiew eurent ouvert effectivement à l'Europe les portes de l'Extrême-Orient. Un missionnaire pourtant, qui peut être considéré comme le précurseur de l'intervention française en Indochine, M* p Pigneaux de Béhaine, n'avait pas attendu cette intervention Je l'Occident, que le roi Louis XVI avait promise. C'est à peu près par ses seuls moyens, et avec le concours d'officiers français de la Compagnie des Indes, qu'il aida l'Empereur d'Annam Gia-Long,
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dont il devint le conseiller et l'ami, à reconquérir, à la fin du xvm e siècle, son empire. Plus tard les massacres de missionnaires et de chrétiens en pays annamite, de même qu'ils avaient déterminé, en Chine, la campagne de i858-i86o, déterminèrent, au retour de cette campagne , l'occupation de Tourane par l'amiral Rigault de Genouilly, suivie bientôt de la conquête de la basse Cochinchine. Mais, après la pacification de la Gochinchine, le véritable dessein de la conquête se révéla dans l'envoi, que fit l'amiral de la Grandière, de la mission Doudart de Lagrée, pour explorer si le Mékong, dont nous tenions alors le delta, ne serait pas pour nous une voie de pénétration en Chine analogue à celle du Yang-tseu-kiang. Doudart de Lagrée mourut au Yunnan, où, quarante ans plus tard, un chemin de fer français devait reprendre et continuer son œuvre. Son successeur, le lieutenant de vaisseau Francis Garnier, payait de sa vie, en 187&, la réalisation du même dessein, qui l'avait conduit sur les bords du Fleuve Rouge pour le règlement de l'afTaire Jean Dupuis. Ce fut l'origine de notre établissement au Tonkin, suivi de l'occupation de l'Ànnam, puis de celle du Laos en 1 8 9 3 , et enfin de celle du territoire de Quang-tcheou , cédé à bail en 1899.
Le gouvernement civil fut inauguré en Cochinchine par M. le Myre de Viiers, qui succéda, en 1879, au gouvernement des amiraux, et au Tonkin, en 1 886 , par le Résident général Paul Bert. Un essai d'union indochinoise fut tenté, en 1887, et M. Constans, aujourd'hui ambassadeur de la République à Constantinople , fut, au retour d'une mission diplomatique à Pékin, le premier Gouverneur générai de l'Indochine. Mais le Gouvernement général ainsi ébauché n'avait pas été doté de ressources suffisantes pour vivre, et la tentative ne dura pas. fille fut reprise dans des conditions meilleures par le libéralisme élevé du grand ministre Jules Ferry, qui est, avec le comte de Chasseloup-Laubat, l'un des hommes d'Etat qui ont le mieux servi l'Indochine en France,