‹ L'IndochineChapitre 14 sur 218 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

et qui inspira le décret du 2 3 avril 1891 sur les pouvoirs du Gouverneur général : ce dernier y recevait la faculté d'organiser son gouvernement. 11 n'en eut pas, dès le début, le loisir. La fâcheuse situation politique , économique et financière du Tonkin réclama presque toute l'activité de M. le Gouverneur général de Lanessan, qui réussit, malgré des difficultés extrêmes de divers ordre , à mener presque complètement à bien la tâche malaisée et ingrate de la pacification. Le court passage de M. Armand Rousseau au Gouvernement général ne lui permit point de résoudre les multiples et délicates questions qui sollicitaient ses soins, et, après avoir laissé de son tranquille courage et de l'intègre dignité de son caractère le même souvenir respectueux qu'il avait laissé au Conseil d'État, au Parlement, et parmi ses électeurs finistériens, il mourut, comme Paul Bert, à son devoir. C'est son successeur, M. Paul Doumer, aujourd'hui député du département de l'Aisne à la Chambre française et président de la Commission du budget, qui, pendant ses cinq années de Gouvernement général, de janvier 1897 à février 1902, a donné à l'Indochine son organisation actuelle , fait de ses cinq régions, désormais unies, un état colonial assez riche pour payer ses propres dépenses, décharger la métropole d'une notable partie des frais du corps d'occupation, entreprendre un grand programme de travaux publics, ouvrir à l'activité française un champ très étendu dans notre possession , et la servir encore au delà , pacifiquement et utilement, en Asie.

Un décret du i cr juillet 1909 a confié le poste de Gouverneur général de l'Indochine à M. Beau, ancien ministre de la République française auprès de la cour de Pékin.

opérations appartient à 1 autorité militaire, qui doit lui en rendre compte. Il n'intervient pas davantage dans l'administration intérieure des corps, la composition des effectifs, les détails concernant l'instruction , l'armement, l'équipement et le casernement, toutes choses qui continuent d'être réglementées par les instructions des Ministères compétents de la guerre et des colonies. Toutefois, comme la correspondance militaire passe, ainsi que les autres, sous les yeux du Gouverneur général, il est bien certain que son droit de contrôle sur les affaires de l'Indochine peut s'exercer là comme ailleurs, et que son avis est toujours d'un certain poids auprès des Départements intéressés. En fait, le dernier Gouverneur général a eu l'initiative d'un grand nombre de perfectionnements dans l'organisation militaire indochinoise, tels que l'essai de nouveaux corps de troupes indigènes, la constitution des réserves, l'établissement d'une caisse de retraites pour les tirailleurs, etc. Ces expériences n'étaient d'ailleurs valables qu'après avoir été approuvées à Paris et avoir reçu la sanction métropolitaine du décret. Elles sont .devenues plus difficiles depuis que les dépenses militaires de l'Indochine ont été réincorporées au budget général de l'Etat : notre possession, qui payait sur son budget général les troupes indigènes, verse en effet aujourd'hui, en représentation de ce payement direct, un contingent de plusieurs millions dont elle augmente tous les ans l'importance.

Le Gouverneur est assisté, pour les grandes questions intéressant la sécurité de l'Indochine , par un Conseil de défense , dont le vice-président est le Général commandant supérieur des troupes, nommé par décret, après entente entre le Ministre de la guerre et le Ministre des colonies. Une tradition venue des souvenirs de la conquête et de la piraterie, et confirmée par la situation particulière faite à l'occupation militaire dans un pays où la défense doit être forte parce qu'il est convoité de toutes parts, donne au Général commandant supérieur — qui exerce, outre

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